Electronx's Blog


Navigation à vue, par Paul Jorion
25 novembre 2008, 8 h 00 min
Filed under: économie, politique | Mots-clefs: , , , ,

Je ne sais pas si Mr. Obama s’en rend compte mais il va hériter d’un pays en ruines. Il a été élu au début du mois président d’un pays qui faisait encore relativement bonne figure mais sur les 77 jours qui séparent son élection de son inauguration, l’administration sortante joue ses dernières cartouches et le spectacle n’est pas beau à voir.

Par Paul Jorion, 24 novembre 2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je ne sais pas si Mr. Obama s’en rend compte mais il va hériter d’un pays en ruines. Il a été élu au début du mois président d’un pays qui faisait encore relativement bonne figure mais sur les 77 jours qui séparent son élection de son inauguration, l’administration sortante joue ses dernières cartouches et le spectacle n’est pas beau à voir.

On pouvait encore supposer derrière le sauvetage de Bear Stearns, un plan, ou derrière le lâchage de Lehman Brothers, une stratégie. La navigation à vue dans le cas d’AIG, avec moult changements de cap suivis de machine-arrière toute ! a cassé l’illusion. Si l’on espérait encore un sursaut, la formule inventée hier pour sauver Citigroup devrait dissiper toute méprise : le poulet court toujours mais il a perdu la tête depuis beaucoup plus longtemps qu’on ne l’imagine.

Vingt milliards de dollars de recapitalisation – qui viennent rejoindre dans le puits sans fond les 25 avancés le mois dernier, et 306 de plus offerts par l’union sacrée de la Fed, du Trésor et de la FDIC [1] en garantie de produits toxiques gracieusement mis en gage : Asset-Backed Securities (ABS), Collateralized-Debt Obligations (CDO), prêts hypothécaires commerciaux, dettes d’entreprises, etc. et qui ne valent plus tripette. En échange de quoi ? de warrants qui permettront de nationaliser un jour, si l’envie leur en prend : pour permettre au contribuable américain de ramasser la nouvelle ardoise une fois les 326 milliards épuisés.

La bourse de New York pousse un ouf de soulagement : + 2,7 % ! Elle se réjouit de voir que le poulet court toujours. On pensera à sa tête l’année prochaine. Bonne année Mr. Obama !

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Article communiqué par Paul Jorion

[1] La Federal Deposit Insurance Corporation est un organisme fédéral américain qui garantit les dépôts bancaires à hauteur de 100 000 dollars pour les comptes ordinaires et 250 000 pour les comptes-retraites. C’est elle aussi qui dirige aujourd’hui les banques en redressement judiciaire.



Peut-on s’attendre à une refondation du système financier international ? (France Culture, Audio, avec Paul Jorion)
19 novembre 2008, 12 h 00 min
Filed under: économie, politique | Mots-clefs: , , , , ,

Le G20 réuni dimanche dernier à Washington à la demande de Nicolas Sarkozy et Gordon Brown a-t-il accouché d’une souris ? On nous avait annoncé un remake de Bretton Woods dans le domaine financier, avec en prime la refondation, la moralisation – et pourquoi pas l’auto-dissolution du capitalisme, sur le modèle du dépôt de bilan du système communiste en URSS à la fin des années 80….

On nous avait promis en tous cas une nouvelle architecture financière, dotée de règles de fonctionnement plus strictes et supervisée par des arbitres internationaux dotés de pouvoirs contraignants. Les Etats devaient s’engager à fermer les paradis fiscaux qui permettent à leurs établissements financiers d’échapper à toute réglementation.

Il était question de doter la finance mondiale d’un Grand Superviseur international – avec – pourquoi pas ? – le grand retour du FMI dans ce rôle, un FMI désormais doté de moyens et de compétences s’imposant aux banquiers comme aux Etats. On nous avait même laisser entrevoir un accord international sur les marges de fluctuation acceptables des prix du pétrole et du gaz. La relance de l’économie mondiale allait passer par la concertation des politiques budgétaires…

Au final – comme disent les journalistes – au final, donc, la réunion de Washington débouche sur une série d’incantations plus ou moins rituelles, l’annonce de « grands chantiers » et une invitation faite aux banques de rendre enfin publiques le niveau réel de leurs pertes…

Tout cela est-il suffisant pour éviter une récession mondiale ?

Invités

- Paul Jorion au téléphone. Anthropologue Sociologue Professeur invité à UCLA

- Philippe Martin. Professeur à l’école d’Economie de Paris et à Paris 1

- Jean Marc Vittori. Editorialiste au quotidien Les Echos

- Jérôme Sgard. Directeur de recherche à Sciences -Po Ceri Professeur associé à Paris Dauphine

Fichier audio

Source : contreinfo.info / france Culture