Electronx's Blog


Eté 2009 : la rupture du système monétaire international se confirme
16 avril 2009, 20 h 37 min
Filed under: économie | Mots-clefs: , , , , , , , ,

– Communiqué public GEAB N°34 (15 avril 2009) –
16/04/2009
approachingstorm

La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve chinois. En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d’après Washington, dans le « piège Dollar » de ses 1.400 milliards d’actifs libellés en Dollars US [1] ? D’après les dirigeants américains et leur cortège d’experts médiatiques, à continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US [2].

Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s’évader bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute que Pékin cherche sans relâche désormais [3] à se débarrasser au plus vite de cette montagne d’actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de Chinois [4] est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les « tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois dans le système économique et financier mondial afin de s’évader du « piège Dollar » d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d’un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d’une dislocation géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l’analyse dans ce numéro du Global Europe Anticipation Bulletin.

Evolution trimestrielle de l’accroissement des réserves de change chinoises – Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009

Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu’une collaboration internationale « historique » [5] était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs. Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, … essayent de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment [6] imposer une telle réforme. Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une Lire la suite



Le changement dans la continuité Les artisans de la débâcle économique continuent leur besogne au sein du gouvernement Obama

par Michel Chossudovsky
Alors que Barack Obama, entouré de ses mentors de Wall Street et de la City, est en train de choisir les membres de sa future équipe gouvernementale, le professeur Michel Chossudovsky rappelle que les personnalités sélectionnées forment une bande de coquins responsables de la financiarisation de l’économie mondiale. En fait de « changement », on prend les mêmes et on continue.

Obama a déclaré sans équivoque sa volonté de s’attaquer aux échecs politiques du gouvernement Bush, et de « démocratiser » le système financier états-unien. Barack Obama, le président élu, affirme être déterminé à inverser la tendance :

« Rappelons-nous que si cette crise financière nous a appris quelque chose, c’est que nous ne pouvons avoir une Wall Street prospère pendant que le commun des mortels souffre. Dans ce pays, nous nous élevons ou chutons en tant que nation, en tant que peuple. » [1]

Avec désinvolture, les démocrates reprochent au gouvernement Bush la débâcle financière d’octobre.
Obama a fait savoir qu’il établira un programme politique tout autre, qui servira les intérêts du commun des mortels :

« Demain, vous pourrez tourner la page sur les politiques qui poussent à la cupidité et à l’irresponsabilité de Wall Street devant le dur labeur et le sacrifice des hommes et des femmes de la rue. Demain, vous pourrez choisir les politiques qui investissent dans notre classe moyenne, créent de nouveaux emplois et accroissent cette économie, de sorte que tout le monde ait une chance de réussir, du directeur général à la secrétaire et au concierge, du propriétaire de l’usine aux ­hommes et femmes qui y travaillent. » [2]

Obama est-il engagé dans le « domptage de Wall Street » et dans la « neutralisation des marchés financiers » ?
Ironiquement, cette politique de « cupidité et d’irresponsabilité » fut instaurée sous le gouvernement Clinton.
Le Financial Services Modernization Act (FSMA ou loi de modernisation des services financiers) de 1999 a incité à abroger la Glass-Steagall Act de 1933. La Glass-Steagall Act, ce pilier du « New Deal » du président Roosevelt, fut instaurée en réponse au climat de corruption, de manipulation financière et de « délit d’initié » qui mena à la faillite de plus de 5000 banques dans les années qui suivirent le krach de Wall Street en 1929.
Dans le cadre du Financial Services Modernization Act de 1999, le contrôle effectif de l’ensemble du secteur des services financiers des États-Unis (incluant les compagnies d’assurance, les fonds de pension, les titres, etc.) a été cédé à une poignée de conglomérats financiers et à leurs associés, les fonds spéculatifs (hedge funds).

Les instigateurs du désastre financier

Qui sont les artisans de cette débâcle ?

Ironie amère, l’équipe de transition du président élu Barack Obama songe à présent aux instigateurs du désastre financier pour le poste de secrétaire au Trésor :

Lawrence Summers [3] a joué un rôle clef dans le lobbying au Congrès pour l’abrogation du Glass Steagall Act. Sa nomination opportune au poste de secrétaire au Trésor par le président Clinton en 1999 a permis de forcer Lire la suite



Urgence extraordinaire et impuissance extrême
24 novembre 2008, 20 h 31 min
Filed under: économie, politique | Mots-clefs: , , , ,

24 novembre 2008 — Les choses pressent… Paul Krugman nous en a informés dans sa chronique du 21 novembre, comme nous le relevions déjà le 22 novembre. Robert Reich, autre expert économiste de la gauche du cercle de conseillers d’Obama, en rajoute là-dessus le 22 novembre sur son blog personnel, texte repris le 23 novembre sur Truthout.org.

Dans ce texte très court, manifestement écrit pour signaler l’urgence du moment et des événements («…and the national economy is imploding right now»), Reich signale:

«Obama’s immediate challenge is to fill the leadership vacuum created by a lame-duck president with historically-low approval ratings who seems to have lost interest in his job (at this writing, he’s out of the country) and who’s disappeared from the media, and a Treasury chief who has all but punted on coming up with any workable solution to the crisis. But Obama doesn’t become president until 12 noon eastern standard time on January 20 – and the national economy is imploding right now.

»How does Obama manage this feat? Two ways: (1) appointing a highly-capable economic team, and (2) telling the nation what he plans to do starting the afternoon of January 20…»

D’une façon très caractéristique, Reich s’emploie à nous convaincre qu’il n’écrit pas à partir d’informations exclusives, “du-dedans” («I have no inside knowledge»… «Again, I have no inside knowledge»), comme s’il voulait nous convaincre qu’il ne fait pas une démarche partisane, pour l’intérêt de l’administration Obama. Nous le croyons volontiers. Nous croyons aussi qu’il exprime une préoccupation très grande dans le camp d’Obama, et là, nous croyons que Reich a “an inside knowledge”.

D’ailleurs, la nouvelle se répand, ou, dans tous les cas, l’interprétation et l’affirmation qu’il faut agir vite et fort. Ce 24 novembre, le Times de Londres détaille l’urgence de la situation, et la pression de cette situation sur Obama (le titre : «Crisis of “historic proportions” forces Barack Obama to name his economic team»). En même temps, le Times apporte de nouvelles précisions sur la rapidité de la dégradation de la situation aux USA, ou la perception qu’on en a (et l’on sait l’importance de la perception), avec la prévision que le Lire la suite



Obama, les mollahs et le grand bargain
21 novembre 2008, 20 h 25 min
Filed under: géostratégie, politique | Mots-clefs: , , ,

Le nouveau président des États-Unis est confronté, comme il l’a assez lucidement reconnu, à un problème de billard à trois bandes  : Irak, Afghanistan, Pakistan (et il se pourrait bien que l’autre joueur soit l’Iran).
Le candidat Obama a annoncé son intention de retirer les troupes US d’Irak et de mettre fin à une guerre qu’il avait désapprouvée. Certes. Mais lundi dernier, le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, et l’ambassadeur américain en Irak, Ryan Crocker ont signé un accord de sécurité longuement négocié, le SOFA (Accord sur le statut des forces américaines en Irak). Il dit en substance que les troupes américaines qui ne tiennent déjà plus que deux provinces irakiennes se retireront sur leurs camps d’ici au 30 juin 2009 et quitteront le pays au 31 décembre 2011. C’est une base légale à la présence US, dans la mesure où le mandat du conseil de sécurité de l’ONU expire le 31 décembre prochain.
Mais cela signifie qu’en tout état de cause – peut-être un peu plus tôt avec Obama et peut-être eût-ce été un peu plus tard si Mc Cain avait gagné -, les troupes US doivent partir et laisser se débrouiller sunnites, chiites et indépendantistes kurdes. Tout cela après avoir armé cent mille miliciens, en principe chargés de lutter contre al Qaïda, c’est à dire après avoir créé des armées tribales et en courant le risque que le pays passe totalement ou partiellement sous influence iraniennes. Dans tous les cas, changer de calendrier n’est pas toujours changer de politique.
Obama l’a souligné, l’action principale se déroule en Afghanistan où, de l’aveu de nombreux experts l’Otan est en train de perdre. Comme par hasard, le président Ahmid Karzaï dont le mandat se termine l’an prochain, se manifeste en déclarant simultanément qu’il est prêt à négocier avec le mollah Omar et que la Lire la suite


Emmanuel Todd : « On vit une démocratie de la manipulation »

Photo C. Daumerie Emmanuel Todd : « Je ne crois pas à un  »retour de l’Etat » providentiel. Le renflouement des banques est un nouveau pas dans la mise en question de la démocratie ». : Photo C. Daumerie

Au rayon pensée unique, on ne trouve nulle trace d’Emmanuel Todd, historien, démographe, sociologue, autrefois proche des milieux souverainistes avec lesquels il a rompu, anti-Maastricht quelque part entre Séguin et Chevènement, concepteur de la « fracture sociale » revisitée par Jacques Chirac… auteur incommode, notamment de « L’illusion économique », Todd ne pratique pas cette légère flexion qui caractérise les penseurs en phase de récupération intellectuelle par le pouvoir. Il serait même « tabou et irrécupérable » sur ce plan. L’esprit de famille ! Il publie aujourd’hui (1) un essai sur la société française et ses dérives, le vide éducatif et religieux, l’aveuglement des responsables politiques, la perversion du libre-échange, la possibilité d’une nouvelle lutte des classes… Lucide constat sur la crise de notre système démocratique. Et rude charge contre Nicolas Sarkozy, même si des personnalités de gauche (Delors, Strauss-Kahn, Lamy…) en prennent aussi pour leur compte. On trouve enfin dans ce livre de chercheur l’espoir en un « protectionnisme européen ». L’une des issues – et sa préférence – pour échapper à la crise et sauver la démocratie.

Tout d’abord, quelle leçon de démocratie vous inspire l’élection de Barack Obama ?

On a assisté à un phénomène où le plus important est la désignation du candidat par les sphères supérieures de la société et la présentation d’un programme économique minimum acceptable par le peuple. Très clairement, les milieux financiers et les élites avaient fait le choix d’Obama avant même qu’il soit élu et la surprise a été l’élimination du facteur « racisme », pourtant ancré structurellement et historiquement dans la société américaine.

Quelle démocratie peut se dessiner aux Etats-Unis ?

L’Amérique va retrouver un président intelligent, exceptionnel, capable d’affronter une situation de déroute économique. Gestionnaire d’un pays en décomposition, Obama peut soit « conserver l’empire » et continuer à vivre aux crochets du monde avec un gigantesque déficit commercial, ou, s’il est un grand président, commencer la longue marche vers le retour à l’équilibre des échanges extérieurs, la reconstruction de l’industrie… Je ne suis pas très optimiste : dans cette Amérique qui a perdu l’habitude d’affronter ses problèmes, les fondamentaux de l’économie sont catastrophiques.

Comment jugez-vous la volte-face des dirigeants et des gouvernements qui sont passés du tout libéral à l’interventionnisme d’état ?

Je ne crois pas à un « retour de l’Etat » providentiel. Le renflouement des banques est un nouveau pas dans la mise en question de la démocratie. En France, Nicolas Sarkozy n’est qu’un courtier dans cette affaire. Les banques ont pris les états en otages et nous avec ! Ce qui choque, c’est l’état au service des banques, des milliards injectés sans pour autant changer le système, des politiques qui s’autocongratulent, décrochés de la réalité. Je trouve les élites en panne de solutions égalitaires et progressistes et la société très amorphe.

Qu’est-ce qui, en France, indique pour vous un déclin de la démocratie ?

Je mets en perspective une longue évolution historique, une situation économique très complexe, l’évolution idéologique et religieuse depuis les années 60, la croyance catholique qui structurait le champ politique, la décomposition de ce dernier… et ce n’est pas réjouissant. J’essaie notamment d’expliquer comment Nicolas Sarkozy a surgi dans ce contexte et en quoi il est une clé d’entrée des problèmes de la société française.

Vous y allez fort avec ce président dont vous faites un « symptôme » des mauvaises tendances de cette société ! Comme on dit, pourquoi tant de haine ?

Sarkozy a été « l’élu de la peur », notamment grâce à la crise des banlieues et face à Ségolène Royal, candidate absurde dont l’incompétence faisait aussi peur que la brutalité de son adversaire. Il s’est aussitôt affiché avec des amis milliardaires et ne sait pas se tenir. Jamais, comme lui, un président n’avait provoqué ainsi dans les banlieues pour récupérer les voix du Front National, inclus des socialistes dans son gouvernement, insulté des gens dans des manifestations publiques, exposé sa vie privée… Je n’attaque pas le personnage, mais le symptôme. Il s’est créé un état d’apesanteur dans lequel il peut se permettre tout cela et il a surgi dans un système sans croyance collective structurante. Car ce sont les idées dominantes qui importent, notamment, en économie, ce que dictent les classes supérieures pensantes.

Votre charge anti-sarkozyste semble « datée », des premiers mois de sa présidence. N’a-t-il pas changé depuis, notamment à l’épreuve de la crise mondiale ?

Je ne pense pas, mais ce n’est pas la question ! Je parle du « moment Sarkozy ». Ce qu’on a vu pendant dix mois est édifiant et concerne le vrai sujet : vide religieux, islamophobie, possible émergence d’une lutte des classes, baisse de niveau de vie des jeunes diplômés, tentation de la droite d’instrumentaliser toutes les inquiétudes, notamment autour de l’immigration… On a vu la récupération ridicule de la Marseillaise sifflée au stade de France. Mais le Parti socialiste – sa hiérarchie – est presque plus inquiétant pour le suffrage universel. Il se refuse à proposer un programme économique de type protectionniste et se comporte comme un parti de notables face à un « bas peuple » incapable de comprendre.

Quelle est la faute majeure de cette élite qui vous désespère ?

Elle ne présente pas un choix clair sur les questions économiques – globalisation, libre-échange, écrasement des salaires… et chaque élection devient plus problématique. On est dans une démocratie de manipulation où l’on crée des problèmes et des affrontements artificiels. Pour ce système il n’y a que trois solutions possibles : l’ethnicisation et la thématique identitaire, tentation de la droite après l’implosion du Front National – mais Sarkozy n’a pas convaincu grand monde sinon la base électorale des petits commerçants – la perversion ou la suppression du suffrage universel, enfin le protectionnisme européen. Mais on ne pourra indéfiniment laisser en place un système économique qui angoisse et affaiblit autant la population.

Peut-on dire que la lutte des classes, sous des formes nouvelles, a de beaux jours devant elle ?

Il n’y a pas de structuration collective, mais on sent monter une révolte, sans violence mais déterminée, des classes moyennes contre les classes supérieures. L’histoire s’accélère et nous rapproche de cette échéance. Seul le 1 % supérieur de la société profite de la richesse, dans un système économique « auto bloquant » : si tous les gains vont à cette frange, on risque des affrontements désordonnés et des dérives autoritaires et le système s’arrête. C’est cette menace qu’on est en train de vivre.

Le « protectionnisme européen », dernière chance de la démocratie. Pouvez-vous préciser ?

C’est la seule issue possible à une échelle raisonnable, l’économie française ne pouvant se protéger seule. La pression externe à la baisse sur les salaires (Chine, Asie…) paralyse la demande intérieure. Le protectionnisme européen permettrait de mettre en place des barrières dans un espace de 450 millions d’habitants pour la faire cesser et échapper à cette spirale d’étouffement qui rend invivable une démocratie. Je décris l’incertitude, pas la disparition d’un système… C’est une forme d’optimisme ! Mais quelle confusion dans l’esprit des gens qui associent libre-échange et liberté ! Je distingue la mondialisation – formidable pour la conscience collective, le rapprochement des connaissances et des cultures – et son côté obscur, la globalisation, qui nous asphyxie. Je donne enfin un carnet de route pour négocier avec l’Allemagne, notre partenaire historique.

Et vous enfoncez à nouveau Nicolas Sarkozy !

Oui mais la réalité est que sa personnalité – agité, donneur de leçons… – est un problème. Et, vu de l’étranger, une souffrance ! Il exaspère et navre la classe politique internationale, surtout ceux qui sont stratégiquement importants pour nous au coeur de l’Europe, dont l’Allemagne. Et si le couple franco-allemand ne communique plus, rien ne peut se passer.

Après la démocratie… la démocratie ?

A condition de faire fonctionner l’Europe à l’endroit pour qu’elle devienne l’instrument d’une véritable régulation économique et impose la préférence communautaire. Elle sera alors le centre d’une nouvelle forme de démocratie, à l’écoute et dans l’intérêt des populations. Mais tout dépendra de l’intensité de la crise économique mondiale. Si elle empire, même les Etats-Unis, qui sont allés loin dans leur déstructuration industrielle et leur dépendance aux importations du monde, seront incapables, Obama ou pas, de la maîtriser.

1. « Après la démocratie », Gallimard, 250 pages, 18,50 euros.

Par Jacques Gantié
Nice-matin