Electronx's Blog


Sommes-nous égaux face au hasard ?
26 mars 2009, 7 h 02 min
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par Pierre Brunet

Pour réconcilier l’égalité avec le concept de la responsabilité individuelle, un courant philosophique de la gauche américaine, le luck egalitarianism, propose d’abolir l’inégalité des individus face au hasard. Mais, pour Jean-Fabien Spitz, cette entreprise intellectuelle appauvrit l’idée de responsabilité sans parvenir à défendre efficacement le principe d’égalité.

Recensé : Jean-Fabien Spitz, Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale, Paris, Vrin, coll. Philosophie concrète, 2008, 372 pages.

couvertureSous ce titre aux résonances mallarméennes, Jean-Fabien Spitz livre une critique radicale et décapante des théories de la justice qui ont été élaborées par la gauche américaine en réaction tant à John Rawls qu’au néo-conservatisme, et en appelle à une restauration de la dimension institutionnelle, sinon juridique, de l’idée de responsabilité.

On sait que tend aujourd’hui à se diffuser, sous divers aspects, l’idée que l’égalité est antinomique de celle de responsabilité. Ainsi, en matière de santé publique, par exemple, il n’est pas rare d’entendre qu’en contribuant à l’indemnisation systématique des soins prodigués aux fumeurs victimes de leur propre comportement dangereux, l’État encouragerait ces comportements dangereux. De tels discours en nourrissent d’autres qui tendent, de fil en aiguille, à justifier le rétablissement ou, c’est selon, le maintien de la peine de mort et autres revendications qui toutes se prévalent de l’idée que plus les individus sont responsables d’eux-mêmes, mieux la société se porte.

Ces théories conservatrices ont suscité une réaction relativement homogène dans le camp progressiste. Toutefois, plutôt que de déplacer les questions en montrant que le problème était peut-être mal posé (ou qu’il pouvait l’être autrement), ce camp a choisi de répondre en se plaçant sur le terrain de la responsabilité lui-même et tenté de montrer qu’il était possible, sinon nécessaire, de marier la théorie égalitariste de la justice à une notion forte de la responsabilité personnelle. Jean-Fabien Spitz, pour sa part, ne fait aucun mystère de sa franche hostilité à l’égard d’une telle stratégie. La conclusion à laquelle il entend parvenir est précisément qu’il faut résister à un tel mariage. L’argument est à la fois simple et ample : parce qu’il conduit soit à la négation de l’exigence égalitariste soit à l’atténuation de la notion de responsabilité en une notion post-institutionnelle, un tel mariage est essentiellement instable (p. 33-34).

Les théories qui ont tenté d’« injecter » (le terme est de Jean-Fabien Spitz) le principe de responsabilité individuelle dans la théorie de la justice comme équité défendue par Rawls émanent soit de Ronald Dworkin soit du courant dit des luck egalitarians (aucune traduction de cette expression ne semble avoir été pour le moment proposée). Dans une première partie, Jean-Fabien Spitz entreprend de reconstruire minutieusement ces théories avant d’en proposer, dans une seconde partie, une critique tout aussi scrupuleuse.

Les stratégies de neutralisation du hasard : Dworkin et les luck egalitarians

Pour Ronald Dworkin, le mariage entre l’égalité et la responsabilité individuelle trouve son fondement dans l’opposition entre deux notions d’égalité, celle des ressources et celle de bien-être, à quoi Dworkin ajoute une distinction entre le contexte et la personne. Ces deux distinctions ne se recoupent pas tout à fait. La première demeure relativement obscure en ce que la définition de chacune des notions est étonnamment circulaire (la conception de l’égalité en termes de bien-être consiste à rendre les individus égaux du point de vue de leur bien-être, tandis que la conception de l’égalité en termes de ressources consiste à rendre les individus égaux du point de vue de leurs ressources).

Selon Dworkin, une interprétation du principe d’égalité en termes d’égalité de bien-être conduirait à des « conséquences contre-intuitives et éthiquement inacceptables ». Aussi lui préfère-t-il la notion d’égalité en termes de Lire la suite



La justice donne raison à l’homme qui accuse la Française des jeux de tricherie
26 novembre 2008, 22 h 21 min
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Selon Robert Riblet, il n'existe qu'un seul "gros lot" par rouleau de 150 tickets à gratter. Une fois ce ticket vendu, les suivants sont perdants à coup sûr, ce qui induit une discrimination entre joueurs.

AFP/LOIC VENANCE

Selon Robert Riblet, il n’existe qu’un seul gros lot par rouleau de 150 tickets à gratter. Une fois ce ticket vendu, les suivants sont perdants à coup sûr.

La Française des jeux (FDJ) a perdu, mercredi 26 novembre, le procès en diffamation qu’elle avait intenté à Robert Riblet, un ingénieur à la retraite qui dénonce le manque d’intégrité des jeux de grattage en France. En quelques années, ce sexagénaire est devenu le cauchemar de la FDJ. Selon lui, l’opérateur n’aurait pas hésité à lui proposer 450 000 euros pour acheter son silence, ce que la FDJ dément. L’histoire est d’autant plus sérieuse pour la FDJ qu’une instruction est en cours à Nanterre pour « escroquerie et abus de confiance », à la suite d’une plainte de M. Riblet.

A Paris, le retraité était poursuivi pour avoir déclaré en février 2006, sur Europe 1 ainsi que dans des entretiens au Journal du dimanche (JDD) et à 20 Minutes, que les joueurs étaient « victimes de discriminations », certains d’entre eux « grattant parfois sans avoir aucune chance de gagner ». A ses yeux, la Française des jeux est responsable d’une « tricherie organisée ». Jugeant ces propos « diffamatoires » et « blessants à l’égard des neuf cents collaborateurs, trente-neuf mille détaillants et vingt-neuf millions de joueurs » de France, la FDJ avait assigné M. Riblet en justice.

UN GROS LOT PAR CARNET DE 150 TICKETS

Mercredi, la 17e chambre correctionnelle a relaxé M. Riblet, tant dans le dossier Europe 1 que dans le dossier JDD et 20 Minutes. Le tribunal lui a accordé le bénéfice de la bonne foi, estimant que le propos, « pour vif qu’il soit, ne dépasse pas les limites admissibles de la liberté d’expression dans une telle controverse ». Le tribunal relève même que l’ensemble des éléments de preuve apportés par M. Riblet « confère un assez large crédit aux faits objectifs » qu’il a relevés.

Selon Robert Riblet, dans chaque carnet de tickets, dont la valeur totale est de 150 euros, il y a environ 50 euros (soit environ un tiers) de petits lots afin de maintenir l’addiction des joueurs, les deux tiers restant étant perdants. M. Riblet reproche ainsi à la FDJ de court-circuiter le hasard en proposant des gains qui n’ont rien d’aléatoire. Lors de l’audience du 22 octobre, deux buralistes ont témoigné avoir constaté que seul un lot significatif était présent par livret. Certains accros du jeu au courant de la faille – voire certains buralistes – augmentaient ainsi leurs chances de gagner en ne piochant que dans les livrets n’ayant pas encore fourni le précieux ticket. A l’inverse, une fois le gros lot du carnet parti, les clients suivants n’auraient plus la moindre chance de toucher un gain important jusqu’à épuisement du rouleau.

En 2007, les jeux de grattage ont représenté 36 % du chiffre d’affaires de la FDJ, soit 3,441 milliards d’euros sur un chiffre d’affaires global de 9,306 milliards d’euros. Contactée, la Française des jeux n’avait pas encore réagi mercredi en fin d’après-midi.

Source : lemonde.fr



Etats-Unis: Obama va nommer pour la première fois un Noir ministre de la Justice
19 novembre 2008, 11 h 50 min
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WASHINGTON (AFP) – Le président élu américain Barack Obama va nommer pour la première fois un Noir au poste de ministre de la Justice, Eric Holder, 57 ans, un ancien de l’administration Clinton qui va retrouver un département miné par les scandales des années Bush.

Alors que les couloirs de Washington bruissent toujours de rumeurs sur les futurs responsables du Département d’Etat ou du Pentagone, l’équipe de Barack Obama a laissé transpirer mardi dans des médias américains la nomination prochaine de cet avocat très en vue qui était un de ses proches conseillers de campagne.

Même si elle n’a pas été confirmée officiellement à l’AFP par l’équipe de transition, il s’agit de la première annonce d’une nomination au gouvernement Obama.

Diplômé de l’université de Columbia (New York) et ancien adjoint de la ministre de la Justice Janet Reno entre 1997 et 2000, il est le premier Noir à être devenu en 1993 procureur général de Washington, un des postes les plus cotés parmi les juristes américains.

« Obama lui a offert le poste (de ministre de la Justice) et il a accepté », assuraient mardi l’hebdomadaire Newsweek et la chaîne NBC, en citant des sources proches de l’équipe de transition.

Aujourd’hui avocat dans un grand cabinet de Washington, Eric Holder a participé avec Caroline Kennedy à la sélection du candidat à la vice-présidence pour le ticket démocrate.

L’équipe du président élu doit encore effectuer toutes les vérifications nécessaires sur son passé, avant que celui-ci ne soit effectivement nommé. Il devra ensuite être confirmé par le Sénat.

Parmi les épisodes jugés fâcheux dans sa carrière, son rôle dans la décision de Bill Clinton d’accorder la grâce présidentielle à Mark Rich à quelques jours de son départ de la Maison Blanche en janvier 2001.

L’ancien avocat américain Eric Holder (d.) à Washington le 14 février 2001
©AFP/Archives – Luke Frazza

Le pardon de cet homme d’affaire poursuivi aux Etats-Unis pour évasion fiscale a été ressenti comme scandaleux à l’époque, d’autant plus que l’homme avait fui en Suisse.

Mais selon Newsweek, « il n’y a aucune preuve que M. Holder ait poussé Clinton à accorder cette grâce » et cette erreur de jugement ne sera pas un obstacle à sa nomination.

L’annonce de sa nomination ne devrait quoiqu’il en soit pas intervenir avant celles, très attendues et plus symboliques encore, des secrétaire au Trésor et secrétaire d’Etat.

Le choix du ministre de la Justice de Barack Obama est crucial alors que le département de la Justice (DOJ) sort d’une période de scandales qui ont conduit au départ de deux ministres de l’administration Bush.

Outre les excès de zèle policiers et judiciaires qui ont succédé aux attentats du 11-Septembre, dont un cas doit passer devant la Cour suprême au mois de décembre, le département fait encore aujourd’hui l’objet d’une investigation du Congrès quant à ses dérives partisanes pendant les années Bush.

En 2006, le limogeage de neuf procureurs généraux jugés trop progressistes pour occuper ces postes clés par l’équipe Bush avait provoqué une vive émotion.

Un rapport a également révélé fin juillet des dérives dans les pratiques de recrutement au DOJ, où les candidats, même à des postes subalternes, devaient dire s’ils étaient favorables ou non à l’avortement ou au mariage homosexuel.

Une des premières tâches du nouveau ministre sera de déterminer la posture de la nouvelle administration dans les quelque 250 procédures menées par les détenus de Guantanamo devant des cours fédérales pour contester leur détention.

La plupart des éléments à charge dont dispose en effet l’accusation – le gouvernement – sont faibles ou ont été recueillis sous la contrainte selon la défense et les associations de défense des Droits de l’homme. Et la pertinence même d’essayer de garder ces hommes enfermés préventivement est encore à déterminer.

Source : AFP