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La victoire des forces asymétriques, par William Lind
17 avril 2009, 20 h 17 min
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Article associé : fin-de-parcours

Lind tire le bilan de la stratégie militaire américaine, et conclut que les forces engagées dans des conflits de « quatrième génération », c’est à dire menant une guerre asymétrique, réponse du faible au fort, l’emporteront sur une machine militaire inadaptée, dont la seule supériorité est celle d’une puissance de feu dont l’usage massif retire toute légitimité à celui qui l’emploie. Sur les différents fronts, Irak, Afghanistan, Lind ne voit aucune issue se dessiner, mais il craint que la stratégie d’extension du conflit au Pakistan ne provoque son effondrement. L’incapacité de la nation américaine à réformer sa doctrine militaire, et à remettre en cause sa stratégie offensive de gendarme du monde, traduit une crise profonde d’un etablishment qui ne parvient pas à penser les transformations, juge-t-il. Cette incapacité ne se manifeste selon lui non seulement dans le domaine militaire, mais également face aux crises qui toutes ensemble dessinent un bouleversement systémique à venir : économique, climatique, énergétique, etc… « Dans les temps anciens, cela se concluait par un changement de dynastie » note-t-il. Et de s’interroger : « que pourrait-il advenir aujourd’hui ? »

Par William Lind, Antiwar, 16 avril 2009

Les événements survenus depuis que j’ai commencé a tenir cette chronique ont, je crois, validé dans l’ensemble le concept de guerre de quatrième génération. L’Irak n’a pas été une « promenade », pas plus que notre première invasion de l’Afghanistan n’a « éradiqué » les talibans. Le Mollah Omar s’est avéré le meilleur prophète des évènements à venir : avant que ne tombe la première bombe américaine, il avait déclaré, « Nous perdrons le pouvoir et perdrons Kaboul, mais cela n’a pas d’importance. »

Quelles leçons pouvons-nous tirer de mes précédentes chroniques ? Trois points me paraissent être d’une importance primordiale.

1) Tant que l’Amérique poursuivra une stratégie de grande offensive, la guerre de quatrième génération lui garantit la défaite. La raison en est à rechercher dans le concept de puissance de la faiblesse de Martin van Creveld, et dans sa relation intime avec la légitimité. Dans un monde de quatrième génération, la légitimité est la vraie richesse du royaume. En dernier ressort, les guerres de quatrième génération sont celles d’une lutte de légitimité opposant l’État et un grand nombre de loyautés non-étatiques fondamentales. La puissance américaine manque de légitimité parce qu’elle est écrasante au plan matériel. Telle est la force des faibles : ceux qui résistent à l’armée américaine deviennent des héros. A l’inverse, tout État soutenu par l’armée américaine perd de sa légitimité. Plus les USA interviennent militairement en un grand nombre de parages, plus les États perdent de leur légitimité, au bénéfice des entités non-étatiques de quatrième génération. De fait, nous assistons à un effet Midas inversé. Seule une grande stratégie de défense, où nous nous occuperions de nos propres affaires et laisserions les autres Etats s’occuper des leurs, peut nous sortir de cette spirale infernale.

2) Les armées de deuxième génération ne peuvent pas gagner les guerres de quatrième génération. Les forces armées de deuxième génération, telles que celles des États-Unis, combattent en dirigeant leur puissance de feu sur des cibles. Cela leur permet de vaincre au niveau matériel, mais ce faisant, cela se transforme en défaite au niveau moral, qui est déterminant dans la G4G. Le meilleur exemple actuel est donné par le Pakistan, où la combinaison des frappes de Predator [1] et les pressions exercées sur le gouvernement pakistanais ont sapé la légitimité de l’Etat. Cet état se trouve maintenant au bord de la désintégration, ce qui apporterait à Al-Qaïda et aux autres forces islamistes de G4G Lire la suite



Début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale
2 mars 2009, 20 h 51 min
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– Communiqué public GEAB N°32 (15 février 2009) –

Depuis Février 2006, LEAP/E2020 avait estimé que la crise systémique globale se déroulerait selon 4 grandes phases structurantes, à savoir les phases de déclenchement, d’accélération, d’impact et de décantation. Ce processus a bien décrit les évènements jusqu’à aujourd’hui. Mais notre équipe estime dorénavant que l’incapacité des dirigeants mondiaux à prendre la mesure de la crise, caractérisée notamment par leur acharnement depuis plus d’un an à en traiter les conséquences au lieu de s’attaquer radicalement à ses causes, va faire entrer la crise systémique globale dans une cinquième phase à partir du 4° trimestre 2009 : la phase dite de dislocation géopolitique mondiale.

Selon LEAP/E2020, cette nouvelle phase de la crise sera ainsi façonnée par deux phénomènes majeurs organisant les évènements en deux séquences parallèles, à savoir :

A. Deux phénomènes majeurs :
1. La disparition du socle financier (Dollars + Dettes) sur l’ensemble de la planète
2. La fragmentation accélérée des intérêts des principaux acteurs du système global et des grands ensembles mondiaux

B. Deux séquences parallèles :
1. La décomposition rapide de l’ensemble du système international actuel
2. La dislocation stratégique de grands acteurs globaux.

Nous avions espéré que la phase de décantation permettrait aux dirigeants du monde entier de tirer les Lire la suite



Israël 2020 – Les 2 scénarios d’avenir Scénario 1 : Vers la fin de l’état d’Israël / Scénario 2 : Vers un état israélien durable
14 janvier 2009, 13 h 23 min
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Poursuivant son analyse en profondeur des conséquences de la fin de l’ordre mondial hérité de l’après-Seconde Guerre Mondiale, LEAP/E2020 a entamé depuis plusieurs mois une réflexion stratégique concernant l’avenir d’Israël. Dans ce numéro 7 du GlobalEurope Anticipation Bulletin, nos équipes présentent donc les deux grandes options qui, selon nos travaux, s’offrent aux Israéliens quant à l’avenir de leur pays à l’horizon 2020. La crise libano-israélienne de l’été 2006 a en effet permis d’identifier beaucoup précisément les paramètres qui vont désormais définir l’équation régionale du Moyen-Orient.

L’élaboration des deux scénarios intègre donc la transformation souvent radicale de sept paramètres stratégiques. Chacun des deux scénarios résulte ensuite de la nature des réponses des principaux acteurs concernés aux modifications de leur environnement stratégique. Le premier présente les conséquences, dans l’environnement radicalement nouveau qui a émergé de la crise de l’été 2006, de la continuation pour encore une décennie de la politique adoptée par Israël depuis le milieu des années 90. Le second explore le potentiel d’une rupture radicale de la politique israélienne avec celle suivie ces dernières années, afin de s’adapter aux nouvelles contraintes pesant sur le Moyen-Orient.

Sept hypothèses structurantes :

1. Des forces fondatrices désormais épuisées : La création de l’Etat d’Israël est le fruit de deux grandes tendances caractéristiques de l’immédiat après-Deuxième Guerre Mondiale, désormais en voie d’extinction voire complètement éteinte ; à savoir d’une part, le sentiment général de culpabilité de l’Occident face au génocide du peuple juif perpétré par les Nazis ; et d’autre part, le modèle colonial. La première tendance qui s’affaiblit rapidement avec l’éloignement historique croissant de son événement-fondateur est un facteur-clé de la création de l’état d’Israël qui fut en effet considérée par l’Occident comme une tentative de compensation des atrocités commises contre le peuple juif durant les années 1930-1945 en Europe. La seconde tendance, qui a pratiquement disparu suite à la décolonisation, a fondamentalement influencé le choix du lieu de création de l’état d’Israël dans la mesure où elle permis de « découper un morceau de terre » sur des territoires administrés par les Européens sur un mode colonial.

2. La fin de la période de « surpuissance » militaire : La période historique de « surpuissance » israélienne par rapport à l’ensemble de son environnement direct au Moyen-Orient s’est close avec la crise israélo-libanaise de l’été 2006. Cette période s’était ouverte avec la victoire israélienne lors de la Guerre du Kippour en 1973 et reposait en particulier sur deux hypothèses désormais caduques : l’invincibilité de l’armée israélienne et l’omnipotence de l’Allié américain. L’incapacité de l’armée israélienne à atteindre les objectifs qu’elle s’était elle-même fixée à l’origine du conflit de l’été 2006, ainsi que la capacité du Hezbollah à s’opposer efficacement à cette armée israélienne, ont replacé la puissance israélienne dans une certaine normalité régionale [1] . L’incapacité de l’Allié américain à intervenir militairement dans le conflit, comme à bloquer les résolutions de l’ONU appelant à l’interruption précoce de l’offensive israélienne, ont sanctionné l’affaiblissement significatif des Etats-Unis dans la région [2] . Cette situation contribue à diminuer encore plus fortement le concept de la « surpuissance » israélienne puisqu’il était très lié à l’impression d’un soutien total par une puissance américaine elle-même irrésistible.

3. La fin de l’option unilatéraliste : Les choix stratégiques opérés par les dirigeants israéliens depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin, et tout particulièrement par la série des Premiers Ministres Netannyahou, Sharon et Olmert, consistant à utiliser cette « surpuissance » pour tenter d’imposer des solutions unilatérales aux problèmes régionaux, ont abouti à accélérer la fin de cette période de « surpuissance ». Il est probable que, comme nombre de dirigeants dans l’Histoire, ces derniers se soient eux-mêmes laissés prendre au piège de « croire à leur propres communiqués de presse » et aient surestimé les capacités de leurs propres forces. Toujours est-il que l’utilisation systématique de l’appareil militaire pour fonder et mettre en œuvre leurs politiques, en lieu et place du dialogue et de la négociation, a créé une situation qui a contribué à affaiblir ce même appareil et à renforcer le désir, chez leurs adversaires, de pouvoir s’y opposer [3].

4. Le renforcement constant de la capacité militaro-stratégique des adversaires : Le monde arabo-musulman dans son ensemble connaît une amélioration constante de sa capacité de lutte contre les stratégies et tactiques militaires américaines, ou directement inspirées de ces dernières (comme cela a été le cas pour l’offensive israélienne de l’été 2006). Depuis plusieurs années maintenant, les conflits en Afghanistan et en Iraq fournissent en effet chaque jour des enseignements en la matière qui sont analysés et diffusés dans l’ensemble du monde arabo-musulman. La supériorité stratégique ou tactique de l’armée israélienne est donc désormais durablement confrontée à un défi particulièrement complexe à relever. La question nucléaire posée par l’Iran en est un exemple plus sophistiqué que la capacité de résistance du Hezbollah ; mais fondamentalement il s’agit de la même tendance. On peut d’ailleurs constater, et ce malgré les oppositions américaine et britannique, que le reste du monde est parvenu à imposer (certes péniblement) à Israël un arrêt de la destruction des infrastructures publiques et privées du Liban. Le potentiel dissuasif de l’arme nucléaire israélienne est donc indirectement posé, car on peut se demander quelles puissances dans le monde soutiendraient la quasi-destruction des principales installations pétrolières mondiales et la stérilisation pour des décennies de zones concentrant d’immenses réserves d’hydrocarbures (en cas de frappes nucléaires sur l’Iran ou une autre puissance du Golfe persique). Là aussi, la puissance militaire potentielle pure ne mesure pas nécessairement la capacité politique réelle.

5. L’incertitude croissante sur la nature du soutien américain de long terme à Israël : Les échecs américains au Moyen-Orient, en particulier l’enlisement en Irak, sur fond d’affaiblissement généralisé des Etats-Unis, sont en train d’alimenter une remise en cause des relations privilégiées entre Israël et les Etats-Unis, alimentée tant par les adversaires d’un soutien inconditionnel américain à Israël [4] que par les avocats de ce même soutien, inquiets de l’incapacité d’Israël à mettre en œuvre les priorités américaines dans la région [5] . En fonction de l’évolution politique et économique aux Etats-Unis, Israël peut même craindre un renversement de tendances très brutal pouvant faire basculer les choix stratégiques américains au Moyen-Orient. Les dirigeants israéliens mentionnés à l’hypothèse 3 ont choisi de privilégier aux Etats-Unis l’alliance avec notamment la droite chrétienne du Parti républicain. Cette alliance de circonstance ne doit pas faire oublier que cette famille politico-religieuse américaine possède une longue tradition anti-sémite et que, étant très liée au pouvoir actuel à Washington, elle sera tentée, en cas de revers en politique intérieure, de « faire porter le chapeau » à un bouc émissaire aux échecs de sa politique au Moyen-Orient. Nul besoin d’être un grand visionnaire pour imaginer quel groupe pourrait bien être ce bouc émissaire ; et les conséquences d’une telle évolution sur les relations stratégiques Israël/Etats-Unis.

6. L’influence croissante et durable de l’Union européenne au Moyen-Orient : On peut considérer comme anecdotique le fait que les Européens reviennent militairement au Moyen-Orient exactement 50 ans après en avoir Lire la suite



Internet : l’impossible sécurité du réseau mondial

Démonstration de craquage des codes d'un certificat de sécurité au congrès du Chaos computer Club à Berlin.

CC-BY-NC
Démonstration de craquage des codes d’un certificat de sécurité au congrès du Chaos computer Club à Berlin.

Eric Filiol, cryptologue issu du monde militaire, dirige le laboratoire de virologie et de cryptologie opérationnelles de l’ESIEA-Laval (Ecole supérieure en informatique, electricité et automatique). Au moment où, pour la troisième fois en quatre ans, des chercheurs viennent de démontrer que certains certificats électroniques peuvent être contrefaits, il commente l’évolution de la sécurité informatique.

Pourquoi cette faille essentielle dans la sécurité d’Internet n’a-t-elle pas été comblée ?

C’est le problème éternel de la sécurité : celle-ci a un coût, financier et humain. Dans le cas présent, les différentes autorités de certification, et plus généralement les industriels de l’informatique, n’ont pas jugé utile d’investir, préférant relativiser la portée des avertissements. Un laxisme dont risquent de faire les frais les utilisateurs, qui se connectent sur des sites apparemment dignes de confiance.

Espionnage, vol de données, racket : le pouvoir de nuisance des « cyberbandits » va bien au-delà du piratage des sites sécurisés. Cette délinquance électronique augmente-t-elle ?

Les cyberattaques réussies étant par définition indétectables, il est très difficile d’évaluer leur portée réelle. D’autant que les entreprises comme les banques ne s’en vantent pas, et ne déposent pas plainte tant que le préjudice n’est pas supérieur au bénéfice. Tout ce que l’on peut dire, c’est que n’importe quel bon informaticien, en n’importe quel point du monde, est une menace potentielle. Et qu’il est beaucoup plus rentable et moins risqué de pratiquer le rapt de données informatiques que le rapt d’enfant. Ou que d’aller braquer une banque.

Quelle est l’arme la plus efficace pour les pirates du Web ?

La grande menace, ce sont les « botnets » : un ensemble de machines zombies tombées sous le contrôle d’un attaquant, via un « ver » ou un cheval de Troie, et exploitées de manière malveillante. Les plus gros botnets découverts dans le monde impliquaient la prise de contrôle de trois à quatre millions de machines : avec ça, un Lire la suite



Le protectionnisme et le contrôle des changes conduisent-ils à la guerre?

Par Jacques Sapir

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sapir@msh-paris.fr

Leçons des années 1930 pour comprendre la crise actuelle.

L’ampleur de l’actuelle crise économique et financière n’a d’égale que celle de 1929. Elle affecte l’ensemble du système financier et monétaire international, qui a du faire face entre le 15 septembre 2008 et le début du mois de novembre à une crise des liquidités internationales sans précédant. L’ensemble des systèmes bancaires et financier est touché. Les effets sur les économies nationales se dévoilent aujourd’hui dans toute leur importance.

Si, au contraire de la crise de 1997-1999 les grands pays « émergents » (ceux que l’on appelle les BRIC, soit le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) resteront capables de performances économiques acceptables (environ 3,5% de croissance en Russie et sans doute 7-8% en Chine), les pays développés sont entrés en récession.

Celle-ci s’annonce particulièrement sévère aux Etats-Unis où le PIB devrait se contracter de -2% à -3% durant 2009 et peut-être une partie de 2010. Les économies européennes seront elles aussi touchées, mais avec des différences significatives. Si la Grande-Bretagne et l’Espagne, qui avaient imité le « modèle américain » d’une économie très ouverte et financiarisée vont elles aussi connaître une récession très sérieuse, avec un recul du PIB certainement supérieur à 2%, la France et l’Italie devraient subir un choc de moindre ampleur. Notons cependant qu’il faut s’attendre à une contraction du PIB proche de 1% pendant la plus grande partie de 2009.

Quant à l’Allemagne, son modèle « neo-mercantiliste », fondé sur une contraction de la demande intérieure et la délocalisation des chaînes de sous-traitance dans les économies à faibles coûts du travail des « nouveaux entrants » de l’UE lui avait assuré jusqu’à présent de bonnes performances en matière de balance commerciale. Mais, on avait tendance à oublier que ce succès s’était payé au prix d’une montée du chômage et d’une baisse de l’investissement. La crise va affecter durablement aussi ce modèle et aura des conséquences importantes outre-Rhin.

La crise aura aussi des conséquences importantes dans les économies qui sont à la périphérie des grandes économies développées touchées par la crise. La récession a déjà transformé les Pays baltes, imprudemment désignés par certains comme les « petits dragons de la Baltique » en pays ne devant leur salut que dans les prêts du FMI. L’effondrement Islandais, un pays qui avait appris par cœur la leçon du néo-libéralisme et avait joué à fond la carte de la financiarisation de son économie, est bien connu. Quant à l’Irlande, que l’on donnait en modèle de la réussite d’un pays européen combinant les réformes structurelles si chères au cœur des néo-libéraux avec une totale ouverture aux marchandises et aux capitaux en oubliant un peu vite l’ampleur des aides européennes reçues, elle était déjà cet été dans une récession de -1,5% du PIB.

Plus dramatique encore est le cas de certains pays du Maghreb ou de l’Amérique Latine. La violence de la contraction de l’activité en Espagne a pour conséquence une explosion du chômage qui touche en premier lieu les immigrés les plus récents. Les effets s’en font sentir au Maroc, mais aussi en Équateur. Le Mexique, dont la croissance était tirée par la consommation américaine va lourdement pâtir de la crise qui s’installe au nord du Rio Grande, sans oublier le fait que ses exportations souffraient déjà de la concurrence asiatique, et Chinoise en particulier.

La crise est bien mondiale.

1.  Une crise de la globalisation.

Cette crise trouve ses origines dans les déséquilibres de fond entre production et consommation qui se sont mis en place à la suite du précédent choc, celui de 1997-1999. Ces déséquilibres sont dans une très large mesure le produit de la libéralisation financière et commerciale, entamée dans les années 1980, et qui a connu son paroxysme dans les années 1990.

1.1. Les conséquences de la crise financière de 1997-1999.

La crise de 1997-1999 a marqué un changement de régime dans l’ordre financier international[2]. La libéralisation de la finance internationale avait fragilisé les systèmes bancaires, conduisant à une instabilité financière de forte amplitude[3]. Sous l’impulsion des Etats-Unis et du FMI[4], de nombreux pays – sauf la Chine – ont du adopter une convertibilité totale de leur monnaie, incluant le compte de capital. Or, une telle convertibilité totale, si elle favorise à l’évidence le développement des services financiers transnationaux, n’a que peu d’intérêt du point de vue du développement réel des pays considérés[5]. Elle accentue en réalité la dichotomie entre la logique financière et la logique du secteur réel des économies.

La crise de 1997-1999 est dans une très large mesure le résultat de la situation créée par la libéralisation financière. Elle a conduit de nombreux pays asiatiques qui avaient été les premières victimes de cette crise, à vouloir se doter de réserves en devises excessives pour se prémunir contre cette instabilité.

La Chine a adopté une politique similaire moins en raison de l’impact immédiat de la crise – la convertibilité limitée du Yuan l’en avait protégé – que parce qu’elle avait du éponger par un déficit commercial accepté vis-à-vis de ses voisins immédiats les conséquences de cette crises. La Chine avait été en 1997-1999 le grand stabilisateur de l’économie asiatique face à l’incurie du FMI qui s’était révélé incapable de gérer cette crise, et face à la pression des Etats-Unis qui avaient empêché la constitution du « Fonds Monétaire Asiatique » que le gouvernement japonais souhaitait mettre en place (avec l’accord implicite de la Chine).

Cette politique fut un succès et les réserves de change accumulées par la Chine et ses voisins immédiats se sont accrues de manière considérable. Cette politique a eu cependant un coût interne non négligeable, qui aurait pu être évité si l’on avait eu un système financier international plus efficace et moins instable[6]. La croissance des pays qui ont eu recours à cette stratégie aurait pu être mieux équilibrée, tant sur le plan social qu’écologique.

Tableau 1 :

Réserves de change au 31 août 2008

Montant en milliards de Dollars

République Populaire de Chine

1884

Hong Kong (*)

158

Taiwan

282

Corée du Sud

240

Singapour

170

Total pays émergents d’Extrême-Orient

2734

Japon

972

Total Extrême-Orient

3706

Inde

286

Brésil

206

Russie

581

Total BRIC

2957

Total Eurozone

555

* Hong Kong est ici comptabilisé séparément de la RPC. Source : FMI.

1.2. La « Déflation salariale » et la responsabilité du Libre-Échange

Mais, il y a eu aussi un coût pour l’ensemble du système qui a directement conduit à la crise actuelle. Pour accumuler les devises dans les quantités voulues, ces pays ont été poussés à développer des politiques prédatrices sur le commerce international. Celles-ci ont été mises en oeuvre par des dévaluations très fortes mais aussi des politiques de déflation compétitive limitant drastiquement la consommation intérieure.

Ces politiques ont eu un effet très puissant en raison du cadre de libre-échange généralisé mis en place par l’OMC. Celui-ci a induit un puissant effet de déflation salariale dans les pays développés. On voit dans la totalité des Lire la suite



1929 jusqu’au bout?
20 décembre 2008, 6 h 57 min
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l’Enfer, détail du panneau de droite (Der Heuwagen, triptyque antérieur au Jardin des Délices de Jérôme Bosch)

19 décembre 2008 — L’industrie automobile US est au bord de l’effondrement, représentant ainsi une crise sectorielle typique et symbolique de la tragédie économique qui est en train de frapper les USA. Si une aide d’urgence ne lui est pas accordée par l’administration GW Bush, il est possible, sinon probable, que General Motors et Chrysler se déclarent en faillite au début janvier 2009. Même si cette aide est accordée, la situation restera tragique, et le sort funeste repoussé de quelques semaines sans aucune issue garantie. La situation tragique de l’industrie automobile US est décrite dans un texte de WSWS.org, ce 18 décembre.

«Mark Zandi, chief economist at Economy.com, a web site associated with Moody’s, said that a “freefall” bankruptcy at one or more of the Big Three “would throw the broader economy into chaos, costing the economy 2.5 million jobs at its peak impact in summer 2010 and pushing the unemployment rate to a depression-like near 11 percent.” Zandi’s estimate of job losses resulting from a collapse of the auto industry corresponds to an earlier estimate made by the Center for Automotive Research.

»On Friday, Standard and Poor’s predicted that if no bailout is arranged, GM and Chrysler would be forced into bankruptcy by the first week of January, when major payments to part suppliers come due. But even if an “orderly restructuring” for the Big Three based on federal funds takes shape, it will do nothing to resolve the crisis of the auto industry, which is accelerating in the US and internationally.

»Johnson Controls Inc., one of the auto industry’s biggest parts makers, released its 2009 outlook Tuesday, which predicted that only 9.3 million cars and light trucks will be sold in the United States next year, down from 16 million in 2007 and about half of the nearly 18 million cars sold in 1999. Johnson Controls is predicting auto production will fall 25 percent and 32 percent next year in North America and Europe, respectively.

»If US car sales drop to 9 million vehicles next year, it will be the first time—with the exception of the World War II years—that the number of cars sent to the scrap yard will top the number of new cars sold. Economists call this “auto deflation”…»

Cette situation sectorielle est en train de prendre effectivement des dimensions de tragédie nationale, donc de prendre une substance différente, – une sorte d’enjeu central de la crise économique qui se développe avec une rapidité effrayante. De ce fait, les tensions engendrées par cette crise deviennent nationales et politiques. Les perspectives envisagées dépassent désormais largement la seule question à court terme de la possibilité d’une aide Lire la suite



Puisque “le temps est venu de dire ces choses”…
3 décembre 2008, 21 h 48 min
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Drapeau israélien

Il est difficile de suspecter le Premier ministre démissionnaire israélien Ehud Olmert et le chroniqueur du New York Times Roger Cohen d’anti-sionisme, voire d’antisémitisme, – puisqu’il s’agit des “jugements” favoris à l’encontre de ceux qui émettent quelques doutes sur le bon sens et la raison de la politique israélienne telle qu’elle est suivie, dans sa version maximaliste, depuis quelques années. De plus, ils sont aux premières loges pour cet exercice d’appréciation, notamment Ehud Olmert, actuel PM israélien démissionnaire.

On lira avec le plus grand intérêt deux textes qui viennent d’être publiés, qui sont de ces deux personnalités citées.

• Le premier est une interview d’Ehud Olmert, de fin septembre, au journal Yedith Aronoth, reprise par le New York Review of Books daté du 4 décembre. Le titre de NYRB est, présenté sous la signature de Olmert: «The Time Has Come to Say These Things.»

• L’autre est une chronique de Roger Cohen, dans le New York Times du 1er décembre, sous le titre, adressé à Hillary Clinton: «Try Tough Love, Hillary», – “Essaie l’amour vache, Hillary”; cet “amour” est bien celui que la nouvelle secrétaire d’Etat prétend porter à Israël. Cohen s’appuie essentiellement sur l’interview d’Olmert pour conseiller aux USA d’adopter une politique responsable vis-à-vis d’Israël, autre chose que ce soutien aveugle, inconditionnel, irresponsable, aux tendances israéliennes les plus extrémistes; ce qui s’avère en Lire la suite