Electronx's Blog


Amadouer la Chine?
29 mai 2009, 12 h 07 min
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Les Américains se précipitent en Chine. On parle des divers canaux, réseaux, officiels ou moins officiels, c’est-à-dire tout l’appareil d’influence et de représentation politique, lorsque Washington monte une offensive d’accommodement, voire de séduction vers une autre puissance. Comme avec toute initiative US de ce genre, celle-ci est cousue de fil blanc. Il s’agit d’amadouer la Chine pour empêcher que les rapports de puissance entre la Chine et les USA évoluent plus ou moins rapidement en faveur de la première. La visite (25 au 31 mai) d’une puissante délégation parlementaire en Chine, menée par l’élégante Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre), qui avale pour cette occasion une couleuvre de dimension, est le signe le plus spectaculaire de l’offensive d’amadouement.

Pelosi, farouche gardienne standard des droits de l’homme (et de la femme puisque nous y sommes), a pris plus d’une fois position contre les pratiques chinoises à cet égard, qu’elle juge déplorables; de même s’est-elle insurgée contre les affaires tibétaines, autre standard du genre. Qu’importe, elle est partie en Chine en mettant une sourdine à ses angoisses, les remplaçant en général par des appréciations très élogieuses sur les réalisations économiques chinoises. Elle suit le même chemin qu’Hillary Clinton, avec pour but général d’assurer les Chinois de la bonne volonté US et d’obtenir d’eux qu’ils ne cessent pas leur soutien aux USA, notamment via l’achat de bons du trésor. La mission Palosi a été suggérée par le député Kirk, qui a été un de ceux qui ont sonné l’alarme concernant l’évolution du comportement de la Chine.

Tout cela se déroule sur le fond des inquiétudes extrêmes des USA pour la position du dollar comme monnaie de Lire la suite



Eté 2009 : la rupture du système monétaire international se confirme
16 avril 2009, 20 h 37 min
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– Communiqué public GEAB N°34 (15 avril 2009) –
16/04/2009
approachingstorm

La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve chinois. En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d’après Washington, dans le « piège Dollar » de ses 1.400 milliards d’actifs libellés en Dollars US [1] ? D’après les dirigeants américains et leur cortège d’experts médiatiques, à continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US [2].

Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s’évader bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute que Pékin cherche sans relâche désormais [3] à se débarrasser au plus vite de cette montagne d’actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de Chinois [4] est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les « tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois dans le système économique et financier mondial afin de s’évader du « piège Dollar » d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d’un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d’une dislocation géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l’analyse dans ce numéro du Global Europe Anticipation Bulletin.

Evolution trimestrielle de l’accroissement des réserves de change chinoises – Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009

Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu’une collaboration internationale « historique » [5] était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs. Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, … essayent de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment [6] imposer une telle réforme. Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une Lire la suite



Sommet du G20 de Londres : la dernière chance avant la dislocation géopolitique mondiale
31 mars 2009, 6 h 41 min
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Lettre ouverte aux dirigeants du G20, publiée en anglais dans l’édition mondiale du Financial Times le 24/03/09
24/03/2009

Mesdames, Messieurs,

Il vous reste moins d’un semestre pour éviter que la planète s’enfonce dans une crise dont elle mettra plus d’une décennie à sortir, avec un terrible cortège de malheurs et de souffrance. Cette lettre ouverte de LEAP/E2020, qui dès Février 2006 avait annoncé l’imminence d’une « crise systémique globale », veut tenter de vous indiquer brièvement pourquoi il en est ainsi, et comment éviter cela.

En effet, si vous avez commencé à soupçonner l’ampleur de la crise il y a moins d’un an, c’est dès Février 2006, dans la 2° édition de son « Global Europe Anticipation Bulletin » (GEAB), que LEAP/E2020 avait annoncé que le monde entrait dans la « phase de déclenchement » d’une crise d’ampleur historique. Et depuis cette date, LEAP/E2020 a continué, chaque mois, à anticiper d’une manière très fiable les évolutions de la crise dans laquelle le monde entier se débat désormais. Ce qui nous conduit à vous écrire cette lettre ouverte dont nous espérons qu’elle éclairera vos choix dans quelques jours.

Et cette crise s’aggrave dangereusement. Récemment, à l’occasion de la 32° édition de son bulletin, LEAP/E2020 a ainsi lancé une alerte très importante qui vous concerne directement, vous les dirigeants du G20 : si, réunis à Londres le 2 Avril prochain, vous n’êtes pas capables d’adopter des décisions audacieuses et innovantes en vous concentrant sur l’essentiel, et d’entamer leur mise en oeuvre d’ici l’été 2009, alors la crise entrera à la fin de cette année dans la phase de « dislocation géopolitique généralisée » qui affectera tout autant le système international que la structure même des grandes entités politiques comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou l’UE. Et vous ne contrôlerez alors plus rien pour le malheur des six milliards d’habitants de notre planète.

Votre choix : une crise de 3 à 5 ans ou un crise de plus d’une décennie ?

Hélas, comme rien ne vous a préparé à affronter une crise d’une telle ampleur historique, jusqu’à présent, vous ne Lire la suite



Jean Claude Werrebrouck : La crise globale des années 2010 (III/III)
11 janvier 2009, 22 h 48 min
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Dans ce dernier volet, Jean Claude Werrebrouck analyse les scénarios possibles de sortie de crise, et le rôle qu’y tiendront banques centrales et Etats, qui doivent désormais poursuivre l’accompagnement du processus de deleveragging, assister l’apurement du secteur financier, tout en relançant des économies atones. Les « hélicoptères » des banques centrales vont donc continuer de tourner à plein régime, estime-t-il, permettant ainsi de consolider la finance et de prévenir le risque systémique. Les Etats devront quant à eux s’endetter lourdement pour financer les relances économiques – et éventuellement assumer les garanties qu’ils ont accordées au secteur bancaire. Mais les difficultés croissantes qu’ils ne vont pas manquer de rencontrer dans leurs tentatives d’émettre de la dette pourraient bientôt contraindre à la généralisation du financement par émission monétaire, les banques centrales jouant alors le rôle d’acheteurs de dernier ressort des bons du trésor grâce à de l’argent créé pour l’occasion, en une remise en cause totale des dogmes du monétarisme, A terme ce processus est bien sûr potentiellement hautement inflationniste. Faut-il pour autant s’en inquiéter ? Pas forcément estime M. Werrebrouck, qui considère que l’inflation représente une partie de la solution requise pour la sortie de crise. Elle permettrait en effet de limiter les tensions spéculatives, de diminuer l’endettement des Etats, et du même coup l’ardoise intergénérationnelle accumulée depuis trente ans, sans oublier une remise en cause du statut du dollar, la devise de la mondialisation. Restent évidemment de nombreuses inconnues, au premier rang desquelles le comportement de la zone euro. Les tensions actuelles et futures risquent en effet d’aggraver le processus d’eurodivergence. « Les différentiels de compétitivité et d’inflation entre les pays de la zone se sont accumulés déjà depuis de longues années et la crise va jeter de l’huile sur un feu qui risque de ne plus être maîtrisable, » s’inquiète-t-il.

Par Jean Claude Werrebrouck, 21 décembre 2008

6) Soyons raisonnables et sortons de son grenier la planche à billets

Le scénario du miracle sans lendemain

Une partie de l’opinion notamment occidentale pense encore que le bœuf est aussi léger que la grenouille, que les garanties ne seront jamais utilisées, que les capitaux publics prêtés aux banques seront en fait un placement paradisiaque, que les dénationalisations à venir seront juteuses, que les dépenses budgétaires massives pour relancer les échanges réels entraineront mécaniquement de nouvelles rentrées fiscales, etc. il s’agit du scénario optimiste. Son occurrence semble faible laquelle est, d’une certaine façon, une vraie chance.

Si la finance rentre dans sa boîte, presque par enchantement, les conditions d’une nouvelle crise seront vite réunies. Des « fire walls » efficaces ne seront pas mis en place et on se contentera d’un toilettage minimum du système : normes comptables nouvelles, et agences de notation revisitées feront l’affaire. La finance pourra d’autant plus facilement sortir de sa boite que l’expérience aura montré une fois de plus que les Etats sont là pour payer les coûts sociaux des orgies financières. il s’agit de la question tant débattue des comportements opportunistes chez les économistes. Au surplus le règlement, comme par enchantement, de la crise, aboutira à l’édification de nouveaux comportements opportunistes, cette fois dans la « paisible économie ». En effet nous constatons aujourd’hui, partout dans le monde l’allongement des files d’attentes de secteurs économiques venant au nom de la crise demander ce qu’ils croient être un juste soutien des Etats : automobile, mécanique ,sidérurgie, banques etc. L’acceptation dans l’urgence risque d’entrainer injustices et gaspillages de toutes sortes : pourquoi Toyota installé dans le sud des USA ne pourrait-il pas bénéficier du plan qui se prépare pour les « big three » ? Les banques tricolores qui reçoivent des fonds publics ne vont t-elles pas en profiter pour renforcer leurs positions internationales ? La prime à la casse n’aurait-elle pas pu être utilisée dans un secteur davantage porteur d’avenir ? « L’ordre spontané » qui alloue si efficacement les ressources et récompense les meilleurs serait ainsi une fois de plus pollué par les marchés politiques : GM est une entreprise obsolète mais le coût qu’il faut normalement payer pour cette inefficacité est reporté sur la collectivité. Ce que l’on perd sur les marchés économiques peut être gagné- comme d’habitude, pourrait-on ajouter- sur les marchés politiques. Nous avions abordé ces questions essentielles lors de notre séminaire de décembre.

Au total parce rien ne changerait dans ce scénario optimiste les vrais problèmes du monde continueraient de se poser : que faire du mercantilisme chinois ? Comment régler les déséquilibres financiers intergénérationnels ? Comment régler les problèmes d’environnement ? etc.

Le scénario de la catastrophe prometteuse

Beaucoup de nos collègues économistes pensent à l’inverse que si la grenouille, ou les grenouilles (les Etats sont Lire la suite



Jean Claude Werrebrouck : La crise globale des années 2010 (II/III)
10 janvier 2009, 20 h 11 min
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Dans cette deuxième partie de son étude, l’économiste Jean Claude Werrebrouck analyse le deleveragging – ce cycle destructeur de désendettement et de liquidation qui entraîne les actifs dans une spirale déflationniste – puis il évalue les contre mesures qu’ont mises en place les autorités pour combattre et tenter de maîtriser ce processus, et s’interroge sur leurs chances de succès. La réussite ne peut être garantie, avertit-il, car les Etats sont « beaucoup plus faibles qu’en 1929, » comparativement au poids du secteur financier. Mais le problème n’est pas uniquement celui de la finance et de sa réglementation. Le couple étrange que forment la Chine et les USA, dont le déficit structurel est financé en partie par l’épargne chinoise, porte également une responsabilité dans l’ampleur exceptionnelle de cette crise. Jean Claude Werrebrouck estime qu’il faudra « revenir sur l’actuelle division internationale du travail, donc la tacite mondialisation sous sa présente forme. »

Par Jean Claude Werrebrouck, 21 décembre 2008

3) Le « Deleveraging » comme retour catastrophique dans la boîte

De la même façon que la technique de la pyramide financière, et ses rendements paradisiaques, ne peut correctement fonctionner, que si les apports de capitaux frais sont en volume continuellement supérieurs aux sorties, la hausse des prix de l’immobilier ne peut se poursuivre que si la machine à prêter et à titriser fonctionne sur des volumes rapidement croissants et… sans défauts. Que le taux de défauts augmente légèrement, par exemple parce que des ménages ne peuvent plus rembourser et toute la machinerie peut s’effondrer en entrainant un énorme « crédit Crunch ». Le risque systémique devient un événement relativement probable.

Le mécanisme du « deleveraging » ou de « crédit Crunch » fonctionne de la manière suivante :

Les actifs d’une banque sont bien sûr financés par des fonds propres mais aussi par de la dette. La banque est réputée solvable si ses actifs permettent de rembourser les dettes, y compris les fonds propres qui ont été financés par des apporteurs de capitaux. Le poids des fonds propres se doit d’être significatif dans le total du bilan si l’on veut qu’une éventuelle perte de valeur des actifs puisse néanmoins assurer le remboursement des dettes. ce qu’on appelle « levier » est le rapport entre les actifs et les fonds propres. Plus le levier est élevé et plus le risque est grand de voir la banque être dans l’incapacité de régler ses dettes en cas de défaut d’actif, par exemple un ménage américain incapable de rembourser son crédit immobilier. Il existe bien sûr toujours un certain « taux de défaut » dans les actifs (un pourcentage de ménages américains qui cesse de rembourser) et si ce taux augmente les risques augmentent car la banque compense les pertes sur ses fonds propres. Il en résulte que le levier augmente dangereusement, augmentation vite repérée sur les marchés et augmentation qui sera sanctionnée par une baisse du cours des actions de la banque concernée… la méfiance pouvant entrainer une contagion mimétique. Et la contagion est – nouvelles technologies obligent -aujourd’hui ultrarapide. La banque réagit en vendant des actifs pour rembourser une partie de ses dettes, ce qui à pour effet de rétablir le levier c’est-à-dire de le diminuer. Mais le mimétisme atteint le système bancaire dans son entier, et ce d’autant plus qu’il est de nature holistique. En effet d’autres banques vont connaitre, pour les mêmes raisons, une augmentation du taux de défauts. Toutes vont donc se libérer d’une partie des actifs, toutes vont vendre, ce qui va se traduire par un effondrement des cours , une dégradation de tous les bilans, mais aussi par la disparition du marché interbancaire puisque les banques ne prêtent plus. Selon la terminologie adoptée : « la liquidité a disparu ».

Ce retour dans la boîte est évidemment catastrophique puisqu’il va se traduire immédiatement sur le marché immobilier par un effondrement de la demande dans le sillage de l’effondrement du crédit. Et cet effondrement de la demande sera suivi d’un effondrement des prix du logement d’où de nouvelles difficultés financières pour des ménages américains qui ayant du vendre à vil prix seront incapables de rembourser les banques. La « chaotique finance » est en marche et les forces déstabilisatrices à l’œuvre. Sans frein ou blocage exogène l’implosion finale n’est qu’une question de temps. De nombreux ménages américains peu solvables se sont endettés jusqu’au début de l’année2007 sur la base de taux d’intérêts croissants alors que le bien acheté voit sa valeur décroître. Le taux de défaut ne pourra que gonfler surtout si ces ménages sont parmi les 1800000 chômeurs supplémentaires de l’année 2008. Simultanément les défauts sur les cartes de crédit (environ 7000milliards de dollars) vont augmenter. La « chaotique finance » vient dans sa chute briser la « paisible économie » qui en retour accélère le deleveraging qui….etc.

4)L’Etat sort de sa boîte : la grenouille peut-elle se faire aussi grosse que le bœuf ?

La crise qui s’annonce dispose théoriquement d’une puissance dévastatrice autrement plus importante que la crise de 1929. Les interconnexions étant bien plus importantes, la mondialisation bien plus prégnante, sa vitesse de développement laisse pantois tous les spécialistes. En 1929 la « chaotique finance » ne représentait qu’un poids quasi- négligeable dans le total du PIB mondial. Les instruments financiers étaient eux- même peu nombreux et peu sophistiqués et leur pouvoir de contagion éventuelle très faible. Aujourd’hui les techniques de titrisation développent une opacité totale et permettent de polluer tous les bilans avec une redoutable efficacité. Ce qui accroit le degré de méfiance généralisée et ce y compris à l’encontre d’établissements financiers réputés sains. C’est le sens qu’il faut donner à l’expression de « salade niçoise » employée parfois dans les milieux concernés : tous les ingrédients de la salade sont d’excellente qualité, tous sauf un… ce qui rend la salade incomestible. Au surplus la plus grande partie du monde était à l’écart de qui s’appelait à l’époque la seconde mondialisation : l’Asie n’était guère réellement concernée. Aujourd’hui elle est selon l’expression consacrée ensemble de « pays émergents » et représente 40% de l’humanité. Le salariat mondialisé s’y développe sur une base massive (environ 25 millions de nouveaux emplois salariés crées chaque année) tout au moins jusqu’à l’automne 2008 puisque l’on sait maintenant que l’Asie sera très largement confrontée à la nouvelle grande crise. Tous ces faits sont parfaitement connus et il est inutile d’insister.

Nous n’insisterons pas non plus sur les actions concrètes des Etats qui s’activent massivement depuis l’automne 2008. Ils n’ont pas fini de s’activer et le présent texte serait rapidement obsolète s’il devait trop décrire une réalité qui bouge au quotidien. Par contre il nous faut insister sur le sens de l’action des dits Etats.

A priori ils sont tous redevenus keynésiens et semblent considérer que « l’ordre spontané » ne saurait être hégémonique, ce qui devrait laisser une place à un peu « d’ordre organisé ». Ils sont conscients que la politique monétaire est devenue assez largement inefficace et que le monde est bien dans la « trappe à liquidités » chère à Lire la suite



Jean Claude Werrebrouck : La crise globale des années 2010 (I/III)
9 janvier 2009, 21 h 05 min
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Jean Claude Werrebrouck, professeur d’économie à l’université de Lille 2, nous fait l’amitié de proposer en avant première aux lecteurs de Contre Info son analyse de la crise économique et financière et de ses conséquences, reprenant ici de façon accessible à un public non initié les thèmes qu’il a développé lors d’un récent séminaire. Dans cette première livraison, après avoir rappelé le caractère fort singulier d’un secteur d’activité où, contrairement à tous les autres, la hausse des prix déclenche la ruée des acheteurs et non une réduction de la demande, il insiste sur le potentiel intrinsèquement déstabilisateur de ces mécanismes de la finance qui justifieraient amplement qu’elle soit domestiquée, « mise en boîte, » pour l’empêcher de nuire. Pourtant, l’histoire récente a vu se développer le processus inverse. La boite a été largement ouverte, et le secteur financier, de dérégulation en déréglementation, a pu acquérir, relativement à l’économie réelle, une prépondérance inconnue jusqu’alors. Alors que les profits de la finance ne représentaient que 14% du total réalisé par les entreprises américaines en 1960, ce chiffre atteignait 37% en 2007.

Par Jean Claude Werrebrouck, 21 décembre 2008

Nous ne reviendrons pas sur les faits qui s’accumulent depuis l’été 2007 et qui bien sûr vont continuer à produire le bruit et les fureurs de la crise. Nous en avons déjà parlé et ce qui doit nous intéresser est davantage l’intelligence d’un processus qu’une description. Mais il est vrai que tout commence avec une réalité concrète : la crise financière. Comment comprendre la logique de la crise financière ?

1)« Paisible économie » et « chaotique finance »

On sait que « l’ordre spontané » hayekien est au fond un réseau de routes parsemé de feux de signalisation fonctionnant au service des acteurs consommateurs et producteurs. Feu rouge pour le consommateur lorsque les prix montent et vert lorsqu’ils baissent. Feu vert pour le producteur lorsque ces mêmes prix s’élèvent et rouge lorsqu’ils baissent. Quantités offertes et quantités demandées sont ainsi fonction du niveau des prix. Lorsque la demande est faible les prix peuvent être bas et induire une hausse des achats. En retour la demande plus élevée, toutes choses égales par ailleurs, provoquera une hausse des prix. Toutefois le mouvement de hausse est très contenu, car logiquement la demande est d’autant plus faible que le prix est élevé. Ainsi une élévation de prix vient limiter la demande, alors même que l’offre est stimulée par ladite élévation de prix. Il faut alors en conclure que si les forces du marché peuvent impulser des hausses de prix, des forces de même nature viennent en limiter l’importance : la hausse de prix limite l’appétit du consommateur et stimule le producteur…ce qui bloque la hausse…

Au surplus sur les marchés économiques traditionnels de biens et de services tout aussi traditionnels, les biens sont en quelque sorte destinés à la consommation et disparaissent dans l’acte correspondant. Même lorsqu’il s’agit de biens capitaux (une machine par exemple) il y a de fait disparition dans une consommation productive (la machine connait une usure). Cette disparition ou quasi disparition fait qu’il n’y a pas à spéculer sur la valeur future de ce qui doit être consommé. En dehors de quelques cas particuliers (vin par exemple) il n’y a pas de valeur future pour un objet sans avenir.

Les forces du marché sont aussi des forces stabilisatrices et les prix concrets ne connaissent pas le plus souvent de mouvements de grande ampleur. Bien sûr lorsqu’une économie est victime d’une inflation galopante, les prix montent à rythme vif mais les prix relatifs ne bougent pas : seule leur expression monétaire connait une modification.

Ainsi donc « l’ordre spontané » c’est-à-dire ordre social abandonné aux seules forces du marché, ne connaît pas de dérapages spectaculaires s’il cantonne ses échanges aux biens et services traditionnels. Le fait de limiter les échanges à des capacités ou quasi- capacités à consommer fait que les routes de l’ordre spontané sont pratiqués par des automobilistes prudents qui ne connaissent que fort exceptionnellement les dérapages. Bien sûr il existe des exceptions et ce n’est pas parce que les biens sont consommés ou quasi consommés qu’il n’existe pas d’incertitudes temporelles à propos desquelles il convient de se prémunir. Ainsi il est compréhensible que l’on puisse imaginer un marché à terme sur certains biens sensibles qui devront être en disponibilité demain. Concrètement on comprendra qu’Air France cherche à se prémunir des modifications du prix du pétrole en devenant acteur sur le marché à terme du kérosène.

Le marché économique traditionnel, même s’il est fait de compétitions sévères, est donc d’une certaine façon paisible : la notion de « bulle » est généralement absente de son vocabulaire.

Tel n’est évidemment pas le cas des marchés financiers.

Dans la finance la marchandise prend le nom d’actif, et un actif n’est pas réellement consommé : il est aussi pure valeur qui cherche à se mettre en valeur. Cela signifie qu’à l’inverse de ce qui se passe dans la « paisible économie » la demande ne faiblit pas avec la hausse des prix. Elle peut même augmenter. Ce phénomène, inversion de ce qui est classique sur les marchandises traditionnelles, résulte du fait que le bien financier est évalué par le marché en fonction de l’idée que l’on se fait de sa valeur future. Parce que non consommé, ce qui est acheté est le prix futur du bien en question.

Quand, dans la finance un prix monte, le phénomène est interprété comme une espérance de gain futur et donc plus le prix monte et plus le bien est désiré. Nous sommes ici au cœur de la bulle : la hausse de prix attire alors qu’elle devrait repousser. La hausse aujourd’hui implique presque mécaniquement une hausse nouvelle demain. Symétriquement il en est de même pour le phénomène de baisse : la baisse aujourd’hui suppose une raréfaction de la demande et simultanément une élévation de l’offre, d’où, tout aussi mécaniquement une baisse de valeur demain.

Ainsi, dans la finance, les forces stabilisatrices du marché classique sont remplacées par des forces déstabilisatrices. « L’ordre spontané » devient ainsi ordre social où les automobilistes accélèrent lorsque les feux Lire la suite



Les marchés craignent un effondrement du dollar et de la livre
22 décembre 2008, 12 h 44 min
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Après avoir dévasté les marchés de crédit puis les places boursières, après avoir envoyé au tapis de petites monnaies, comme la couronne islandaise ou le forint hongrois, la crise des subprimes frappe aujourd’hui les grandes devises internationales. Le dollar et la livre sterling plongent, tandis que l’euro et le yen s’envolent.

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Au lendemain de la baisse sans précédent, mardi 16 décembre, des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (Fed), ramenés à 0 %, le billet vert a connu la chute la plus violente de son histoire face à l’euro et il est tombé à son niveau le plus bas depuis treize ans face au yen. La livre sterling, elle, décroche, se rapprochant de la parité face à l’euro. Vendredi matin, l’euro cotait 1,43 dollar, contre 1,25 dollar il y a à peine un mois. La livre sterling valait 1,06 euro contre 1,30 euro début octobre.

Le billet vert avait longtemps résisté, de façon un peu surprenante, à la crise des subprimes. En dépit de la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, le dollar avait même gagné du terrain face à l’euro. Mais cette progression avait une explication mécanique. L’aggravation de la crise financière avait conduit les grands Lire la suite