Electronx's Blog


Amadouer la Chine?
29 mai 2009, 12 h 07 min
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Les Américains se précipitent en Chine. On parle des divers canaux, réseaux, officiels ou moins officiels, c’est-à-dire tout l’appareil d’influence et de représentation politique, lorsque Washington monte une offensive d’accommodement, voire de séduction vers une autre puissance. Comme avec toute initiative US de ce genre, celle-ci est cousue de fil blanc. Il s’agit d’amadouer la Chine pour empêcher que les rapports de puissance entre la Chine et les USA évoluent plus ou moins rapidement en faveur de la première. La visite (25 au 31 mai) d’une puissante délégation parlementaire en Chine, menée par l’élégante Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre), qui avale pour cette occasion une couleuvre de dimension, est le signe le plus spectaculaire de l’offensive d’amadouement.

Pelosi, farouche gardienne standard des droits de l’homme (et de la femme puisque nous y sommes), a pris plus d’une fois position contre les pratiques chinoises à cet égard, qu’elle juge déplorables; de même s’est-elle insurgée contre les affaires tibétaines, autre standard du genre. Qu’importe, elle est partie en Chine en mettant une sourdine à ses angoisses, les remplaçant en général par des appréciations très élogieuses sur les réalisations économiques chinoises. Elle suit le même chemin qu’Hillary Clinton, avec pour but général d’assurer les Chinois de la bonne volonté US et d’obtenir d’eux qu’ils ne cessent pas leur soutien aux USA, notamment via l’achat de bons du trésor. La mission Palosi a été suggérée par le député Kirk, qui a été un de ceux qui ont sonné l’alarme concernant l’évolution du comportement de la Chine.

Tout cela se déroule sur le fond des inquiétudes extrêmes des USA pour la position du dollar comme monnaie de Lire la suite

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Crise systémique globale : Juin 2009 – Quand le monde sort définitivement du cadre de référence des soixante dernières années
18 mai 2009, 7 h 47 min
Filed under: économie | Mots-clefs: , , , , , ,

Le surréalisme financier qui aura présidé aux évolutions boursières et aux indicateurs financiers et commentaires politiques de ces deux derniers mois est le chant du cygne du cadre de référence dans lequel le monde vit depuis 1945.

De la même manière que, en Janvier 2007, dans le GEAB N°11, LEAP/E2020 avait décrit la charnière 2006/2007 comme caractérisée par un « brouillard statistique » typique de l’entrée en récession et conçue pour faire douter les passagers que le Titanic était bien en train de couler [1], notre équipe considère aujourd’hui que cette fin de Printemps 2009 marque la sortie définitive du référentiel utilisé depuis une soixantaine d’années par les acteurs économiques, financiers et politiques mondiaux pour effectuer leurs prises de décisions, et en particulier de sa version « simplifiée », utilisée massivement depuis la chute du bloc communiste en 1989 (le référentiel étant alors devenu purement américano-centré). Au-delà de tout aspect théorique, cela signifie concrètement que les indicateurs que chacun a l’habitude d’utiliser pour ses décisions d’investissement, de rentabilité, de localisation, de partenariat, etc… sont devenus obsolètes, et qu’il faut désormais chercher ailleurs les indices pertinents si l’on veut éviter de prendre des décisions désastreuses.

Ce phénomène d’obsolescence s’est accentué fortement depuis quelques mois sous la pression de deux tendances :

. d’une part, les tentatives désespérées de sauvetage du système financier mondial, et en particulier des systèmes américain et britannique, ont de facto « brisé les instruments de navigation » du fait des manipulations en tout genre effectuées par les établissements financiers eux-mêmes et par les Etats et banques centrales concernées. Parmi ces indicateurs affolés et affolants, les bourses sont le meilleur exemple. Nous y revenons d’ailleurs plus largement dans les recommandations de ce GEAB N°35. Et les deux graphiques ci-dessous illustrent magistralement comment ces efforts désespérés n’ont pas empêché un bouleversement majeur du classement des grandes banques mondiales (c’est essentiellement depuis 2007 que s’est enclenchée la fin de la domination historique américano-britannique de ce classement)

. d’autre part, les quantités astronomiques de liquidités injectées en une année dans le système financier mondial, et en particulier dans le système financier américain, ont conduit l’ensemble des acteurs financiers et politiques à une perte totale de contact avec la réalité. De fait, à ce stade, ils semblent tous atteints du syndrome de l’ivresse des profondeurs – qui déclenche chez ceux qu’il affecte une impossibilité à se repérer dans les profondeurs marines et les conduit à s’enfoncer toujours plus profondément en croyant en fait remonter vers la surface. L’ivresse des profondeurs financières a visiblement les mêmes effets que son homologue aquatique.

Capteurs détruits ou pervertis, perte du sens de l’orientation des dirigeants financiers et politiques, voilà les deux facteurs-clés qui accélèrent la sortie du système international hors du référentiel de ces dernières décennies.


Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 1999 (en Milliards USD) – Source : Financial Times, 05/2009



Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 2009 (en Milliards USD) – Source : Financial Times, 05/2009


C’est bien entendu l’une des caractéristiques de toute crise systémique. On peut d’ailleurs aisément constater que le système international auquel nous sommes habitués voit se multiplier les évènements ou les tendances qui sortent de cadres de référence multi-séculaires, prouvant à quel point cette crise est d’une nature sans équivalent dans l’histoire moderne. Et le seul moyen de mesurer l’ampleur des mouvements en cours est de prendre le recul de plusieurs siècles. A se limiter aux statistiques sur quelques décennies, on ne perçoit en fait que les détails de cette crise systémique globale ; on n’a pas la vue d’ensemble.

LEAP/E2020 citera ici pour l’exemple trois cas qui montrent que nous vivons une époque de rupture comme il n’en survient qu’une fois tous les deux ou trois siècles :

1. En 2009, le taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre a atteint son plus bas niveau depuis la création de cette vénérable institution (0,5%), soit depuis 1694 (en 315 ans).


Evolution du principal taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre depuis sa création en 1694 – Source : Banque d’Angleterre, 05/2009


2. En 2008, la Caisse des Dépôts et Consignations, bras financier de l’état français depuis 1816 sous tous les régimes (royauté, empire, république, …), a connu sa première perte annuelle (en 193 ans) [2].

3. En Avril 2009, la Chine est devenu le premier partenaire commercial du Brésil, une position qui depuis des siècles anticipe fidèlement les ruptures majeures de leadership mondial. En effet, depuis Lire la suite



Emmanuel Todd «Le protectionnisme n’est pas une idée du passé»


Par Michel Audétat

«Après la démocratie». Démographe et sociologue, il publie un nouvel essai qui défend l’idée de protéger l’économie européenne contre le libre-échange.
Emmanuel Todd est énervant. Il a eu raison très tôt en prédisant la décomposition du système soviétique (La chute finale, 1996 [1976! Correction de Bertrand]). Il a eu raison plus récemment en analysant l’incapacité militaire et la fragilité économique des Etats-Unis (Après l’empire, 2002). Aura-t-il encore raison avec son nouvel essai, Après la démocratie, qui oppose le libre-échange à la survie de nos régimes démocratiques?
Emmanuel Todd n’a pas fini d’énerver avec ce livre urticant, mais aussi décapant et stimulant, qui s’inscrit à la fois dans l’histoire longue et l’actualité la plus vive en plaidant la cause d’un protectionnisme européen.

Jusqu’ici l’idée protectionniste se retrouvait plutôt aux extrêmes, chez les communistes ou au Front national. On peut la purifier des idéologies qu’elle traîne derrière elle?
Mon concept est international. Je ne parle jamais de protectionnisme en l’air, mais toujours de protectionnisme européen. Pour une économie comme celle de la France, le protectionnisme national n’a aucun sens. Oui, je pense qu’il faut employer ce mot sans en avoir peur. Mais, avec le mot «européen», il permet de faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’un retour au passé.

Si ce désir de protection correspond à l’intérêt de presque tous, comme vous le pensez, qu’est-ce qui l’empêche de se traduire en actes?
La plus importante des résistances à l’idée de protectionnisme ne provient pas des économistes et des absurdités qu’ils professent, mais de la profonde incapacité à penser collectif dans les classes supérieures. Le phénomène s’explique par des raisons culturelles et sociologiques que j’analyse dans mon livre quand je Lire la suite



Rivalités militaires en Asie La Chine affirme ses ambitions navales

Dans la fureur des bombardements caucasiens, les rapports internationaux semblent se redessiner : affirmation de la Russie, qui n’hésite plus à montrer ses muscles, discours martiaux de l’administration de M. George W. Bush mais incapacité à prêter main-forte aux dirigeants géorgiens (lire « Quand les “grands” jouent en Ossétie »), velléités de l’Union européenne de jouer un rôle dans cette crise… Pourtant, les grands équilibres géopolitiques ne se modifient que lentement. Malgré leurs difficultés en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis conservent des capacités militaires bien supérieures à celles du reste du monde. C’est particulièrement vrai dans le domaine naval (lire « Les présidents changent, l’empire américain demeure »). Mais, là encore, ils doivent désormais compter avec d’autres acteurs, dont la Chine, qui a intégré le club très fermé des huit pays possédant les plus grandes flottes mondiales. Quel contraste avec les années 1950, où seule une aide de l’Union soviétique permit à Pékin de faire renaître une petite marine côtière ! La Chine, puissance continentale autocentrée depuis des millénaires, se métamorphose-t-elle pour autant en thalassocratie globale, comme l’annoncent les rapports américains ?

Par Olivier Zajec

Produite par la Télévision centrale de Chine (China Central Television, CCTV), une série documentaire a connu un succès retentissant en Chine, en 2006 : Daguo Juequi (« L’ascension des grandes puissances ») (1). S’appuyant sur des entretiens menés avec des historiens et des dirigeants internationaux (dont l’ex-président français Valéry Giscard d’Estaing), et suffisamment rigoureuse pour avoir été diffusée Lire la suite