Electronx's Blog


Que restera-t-il de la puissance américaine en 2025 ?
21 novembre 2008, 12 h 35 min
Filed under: économie, géostratégie, politique | Mots-clefs: , , , , , ,

Un soldat américain épuisé dans un bunker en Afghanistan, en septembre 2007.

AP/TIM HETHERINGTON

Un soldat américain épuisé dans un bunker en Afghanistan, en septembre 2007.

C‘est déjà le livre de chevet de Barack Obama. Dans un rapport publié tous les quatre ans et intitulé « Global Trends 2025 – a Transformed World », le Conseil national du renseignement américain (National Intelligence Council, NIC) prend acte de la probable perte de puissance des Etats-Unis, qui ne pourront plus agir de manière unilatérale. De même, l’UE se transformera en géant incapable de transformer sa puissance économique en influence globale. Surtout, il redoute que « des armes nucléaires soient utilisées du fait de la prolifération de la technologie et de la possibilité de procéder à des frappes limitées ».

« Dans un proche avenir, le monde sera menacé par un risque de conflit accru pour le contrôle des ressources comme l’eau et l’alimentation et continuera à être hanté par des Etats voyous et des terroristes qui auront plus facilement accès à l’arme nucléaire », a averti le NIC.

Les experts s’inquiètent particulièrement de la situation au Moyen-Orient, où plusieurs pays envisagent d’acquérir des technologies pouvant permettre de produire l’arme atomique. Certains pays ainsi que des mouvements terroristes risquent de se hasarder à des frappes nucléaires à l’horizon de 2025, selon un rapport publié jeudi par les services de renseignement américains.

« Au cours des quinze à vingt ans qui viennent, plusieurs puissances régionales pourraient intensifier leurs efforts en ce sens et envisager activement de se procurer des armes nucléaires », s’alarme le rapport, qui compte 121 pages. L’équilibre de la terreur, qui prévalait dans le monde durant la guerre froide, ne se répèterait pas forcément dans ce contexte. Au contraire, l’arme nucléaire pourrait donner à ses détenteurs un sentiment de confiance qui risque de les amener à livrer des guerres classiques ou à commettre des actes de terrorisme.

« Le risque de vol ou de détournement de technologie, de matériaux et d’armes nucléaires risque d’augmenter, de même que le potentiel d’utilisation illégale de l’atome », selon le rapport. Le terrorisme sera toujours une menace en 2025, même si le réseau Al-Qaida pourrait avoir disparu du fait de ses faiblesses : objectifs stratégiques irréalisables, incapacité de susciter un soutien populaire, actes d’autodestruction, estiment les experts américains. La stratégie antiterroriste devra s’attacher à comprendre comment et pourquoi une autre organisation pourrait prendre le relais d’Al-Qaida, selon eux.

A propos des guerres où sont actuellement engagées les troupes américaines, le rapport prédit que le pouvoir en Irak comme en Afghanistan pourrait encore faire l’objet de luttes en 2025. A la surface du globe, « les écarts croissants dans les taux de natalité, entre les riches et les pauvres et l’impact inégal du changement climatique pourraient exacerber les tensions », prévoient les spécialistes du renseignement. La mafia pourrait s’emparer d’au moins un Etat d’Europe centrale, ajoutent-ils.

Le rapport comporte cependant quelques bonnes nouvelles. En 2025, le pétrole pourrait déjà être remplacé ou en passe de l’être, plusieurs places financières pourraient faire office d’amortisseurs de crise et la péninsule coréenne devrait être réunifiée sous une forme ou une autre.



Immanuel Wallerstein : « Le capitalisme touche à sa fin »
19 novembre 2008, 7 h 30 min
Filed under: économie, géostratégie, histoire, politique, Sociologie | Mots-clefs: , , , , , ,

13 octobre 2008

« Ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à “faire système”. » Immanuel Wallerstein propose une interprètation de la période actuelle à la lumière de l’hypothèse des cycles de Kondratieff.

Immanuel Wallerstein s’entretient avec Antoine Reverchon, 11 octobre 2008

Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre (« Douze propositions pour un autre monde possible »), en 2005, vous êtes considéré comme l’un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l’étude de l’économie des systèmes historiques et des civilisations de l’université de l’Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le « temps long » de l’histoire du capitalisme ?

Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la « longue durée », qui voit se succéder dans l’histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l’homme à son environnement matériel, et, à l’intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd’hui clairement dans une phase B d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste.

Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s’endettent, massivement. Nous sommes Lire la suite