Electronx's Blog


La Peste publicitaire
29 mai 2009, 22 h 00 min
Filed under: économie, consumérisme, Libertés, Sociologie | Mots-clefs: , , , ,

La publicité, propagande de la marchandise, est devenue progressivement la principale instance éducative chargée de façonner le nouveau type d’humain que réclamait le productivisme capitaliste: le consommateur, individu soumis au despotisme insatiable de ses envies du moment et dont l’essence sociale tend à se réduire à son pouvoir d’achat.

https://i0.wp.com/leplancherdesvaches.net/wordpress/wp-content/uploads/2008/02/bebe-marques.jpg

Que la peste publicitaire, dont la pandémie affecte désormais toute la planète, ait atteint aussi l’Ecole, voilà qui ne peut guère surprendre.

Car c’est bien d’un fléau qu’il s’agit, et le terme de peste utilisé ici ne doit pas être entendu comme une simple métaphore. La publicité est effectivement, comme la peste, la lèpre ou le sida, une saloperie, une infection de l’organisme (social en l’occurrence) extrêmement virulente, contagieuse et meurtrière. Elle peut certes avoir des effets physiques, ne serait-ce qu’indirectement, comme c’est le cas par exemple avec les maladies provoquées par l’alcool et le tabac, ou l’obésité des jeunes entraînée par l’abus des sucres et des graisses de la «fast-food», ou la traumatologie lourde liée aux accidents de la pratique sportive, etc. Mais les effets spécifiques de la publicité sont symboliques, c’est-à-dire qu’ils concernent le psychisme humain, le façonnement des structures intellectuelles et affectives de personnalité, l’aptitude des individus à percevoir le réel et à lui donner sens.

La publicité est fille de l’économie capitaliste. C’est une arme forgée dans la concurrence impitoyable des entreprises, et qui n’a jamais eu d’autre finalité que de maximiser ou optimiser la part de profit prélevée sur un marché donné. A l’origine elle était censée diriger les besoins solvables existants vers une offre ponctuelle Lire la suite

Publicités


L’école, enjeu caché des bulles immobilières, par Julian Delasantellis
8 mai 2009, 5 h 33 min
Filed under: anthropologie, économie, Sociologie | Mots-clefs: , , , , ,

Julian Delasantellis propose une intéressante lecture de l’histoire de la bulle immobilière américaine à travers celle de la sociologie des USA. S’appuyant sur les travaux de Mme Warren, une universitaire aujourd’hui chargée de la supervision du plan Paulson qui a étudié l’endettement des ménages, il identifie la carte scolaire comme étant l’un des facteurs déterminant de cette fuite en avant qui a poussé les familles à consacrer un budget toujours plus important au logement – dépassant parfois les 50% des revenus – pour assurer à leurs enfants l’accès à une école de qualité, sur fond de tensions raciales. Il cite en exemple un quartier de Philadelphie où, après la création d’une école bien dotée en financement, les maisons du voisinage ont vu leur prix multiplié par trois. Les américains, qui ont été les victimes de leur esprit « cow boy », selon ses propres termes, toujours prêts à aller s’inventer une nouvelle frontière – en l’occurrence au delà de la dernière sortie d’autoroute – auraient été mieux avisés, juge-t-il, de ne pas s’engager dans cette course à la ségrégation par l’argent qui les a épuisé financièrement en les contraignant à s’endetter au delà de leurs capacités. La situation française est certes différente, mais cette leçon n’en mérite pas moins d’être entendue, les mêmes facteurs étant à l’oeuvre ici. Le cas des quelques parents fortunés qui font l’acquisition d’un studio dans le cinquième arrondissement pour s’assurer une inscription à Henri IV illustre à l’extrême une stratégie de contournement et de différentiation qui est généralisée. Avec pour résultat un transfert vers la pierre de ressources qui seraient plus utilement employées à l’éducation, et l’éviction des célibataires, des jeunes ménages et des classes moyennes situées au bas de l’échelle. Autre accomplissement de l’allocation optimum de la main invisible, sans doute.

Par Julian Delasantellis, Asia Times, 30 avril 2009 (extrait)

Les travaux d’Elizabeth Warren, qui enseigne le droit à Harvard et est aujourd’hui présidente du groupe chargé de la supervision du Programme de Soutien aux Actifs Douteux (TARP), permettent de comprendre aisément les causes de la crise financière.

Au début de cette décennie, Mme Warren s’est fait connaître par la publication de remarquables études portant sur les facteurs qui acculent les familles américaines à la faillite. Après une analyse approfondie des volumineux fichiers de données que l’administration américaine maintient sur les habitudes de consommation des ménages, les clichés habituels sur les dépenses excessives pour les vêtements, les voitures, les appareils électroménagers, les vacances snobs, sont invalidés.

Dans un article publié en 2005 par la Boston Review, co-écrit avec sa fille Amelia Warren Tyagi, elle écrivait :

Il n’y a aucune preuve d’une « épidémie » de dépenses excessives – et certainement rien qui pourrait expliquer une augmentation de 255% des saisies immobilières, une augmentation de 430% des faillites, et une augmentation de 570% des crédits de carte bancaires. Un nombre croissant de familles se Lire la suite



Pragmatistes et pragmatiques par Stéphane Madelrieux
19 avril 2009, 5 h 31 min
Filed under: ethologie, philosophie, Sociologie | Mots-clefs: , , ,

La revue Tracés consacre son dernier numéro aux pragmatismes, au pluriel. De nombreux courants pragmatiques inspirent aujourd’hui les sciences humaines : pourquoi cet engouement ? Y a-t-il une unité entre ces différents usages du pragmatisme ? Et quel rapport entre le pragmatisme et la pragmatique ?

Un tournant « pragmatiste » ou « pragmatique » semble se dessiner en France depuis une vingtaine d’années. En philosophie, des traductions et des commentaires des principaux penseurs américains de ce courant se sont multipliés pour faire connaître tant le pragmatisme classique des Peirce, James, Dewey et Mead que le pragmatisme moderne de Rorty ou de Putnam. En sciences humaines et sociales, la montée en force des thématiques de l’action et de l’acteur, ainsi que la redécouverte de la tradition sociologique de Chicago, sont autant de signes de ce même mouvement. La revue Tracés a cherché à interroger la réalité et la portée de ce tournant : n’est-ce qu’un effet de mode ou bien a-t-on affaire à un nouveau paradigme en voie de constitution ? N’est-ce qu’une étiquette passe-partout qui cache mal des projets très différents ou bien peut-on relever une unité entre ces tendances qui se disent pragmatiques ? Plus encore, il s’agit pour cette revue de prendre part à ce tournant, d’en étendre le mouvement, d’en dérouler des conséquences inédites en le portant notamment dans des champs disciplinaires qui n’ont pas encore été touchés par la vague. Car cette revue semestrielle, fondée et animée par des étudiants des Écoles Normales Supérieures de Lyon-LSH et de Cachan, développe depuis son lancement en 2002 une ligne pragmatique, que son projet éditorial résume en enjoignant d’étudier tout objet en « contexte » ou d’après ses « usages » (Tracés, hiver 2006, n° 10, p. 3). On peut ainsi relever au hasard des numéros précédents des textes déjà liés au pragmatisme, comme la traduction de « La réalité comme expérience » de John Dewey (n° 9, septembre 2005), un entretien avec Bruno Latour où celui-ci s’affirme jamesien et deweyen (n° 10, hiver 2006), une note de lecture sur la sociologie de Laurent Thévenot (n° 11, octobre 2006) ou encore une conférence de Luc Boltanski (hors-série 2008), sans parler du numéro 12 (« Faut-il avoir peur du relativisme ? »), qui situe le débat par rapport aux thèses de Richard Rorty (Les textes les plus anciens sont consultables en ligne sur le site de la revue). La deuxième particularité de cette revue, liée sans aucun doute à la formation de ses animateurs, est sa pluridisciplinarité revendiquée (où la sociologie, l’histoire, la philosophie et la théorie littéraire semblent dominer). On comprend dès lors que le pragmatisme devait lui fournir un objet privilégié, puisqu’il lui permet de faire retour sur les concepts fondateurs de son projet, en en testant la pertinence par leur mise en œuvre dans un vaste éventail de disciplines.

Un tournant pragmatique ?

Quitte à démembrer l’architecture du numéro (éditorial/articles/traductions/entretiens) et à mettre un peu d’ordre dans un ensemble relativement disparate (caractère d’ailleurs revendiqué par les éditorialistes), on peut ainsi distinguer un premier groupe de textes qui introduisent au courant philosophique du pragmatisme dans sa variété. Un article de Joëlle Zask [1] sur la notion de public chez Dewey met en perspective l’idée contemporaine de démocratie participative. Une traduction inédite d’un texte du même Dewey sur la « théorie de la valuation » présente sa conception empiriste et naturaliste de la genèse des valeurs. Une autre traduction inédite de Morton White, philosophe américain et collègue de Quine qui a cherché une certaine conciliation entre pragmatique et philosophie analytique, reprend l’ensemble du projet épistémologique des pragmatistes pour proposer de soumettre les énoncés éthiques eux-mêmes à l’examen expérimental. Enfin un entretien avec Richard Shusterman, auteur de L’Art à l’état vif (1992) et de Conscience du corps. Pour une soma esthétique (2007) montre l’importance qu’ont eue Rorty et Dewey dans son projet de proposer une esthétique et une éthique centrées sur les expériences corporelles, en rupture avec sa formation de philosophe analytique. Même si Dewey est la référence pragmatiste la plus largement mobilisée dans ce numéro, au détriment peut-être de Peirce, James ou Mead, ce premier ensemble de textes nous laisse déjà voir que la pensée pragmatiste, loin de se réduire à une théorie controversée de la vérité, s’est déployée et se déploie toujours dans tous les champs traditionnels de la philosophie pour les renouveler : épistémologie, politique, morale et esthétique sont ici représentées.

Un second groupe de textes nous présente des études sur des individus ou des courants qui ont réussi à imposer fermement une approche pragmatique dans certaines sciences humaines. Un article sur la linguistique retrouve dans la pragmatique le refus du formalisme et le souci de contextualisation qui étaient déjà au cœur de la philosophie pragmatiste. Un exemple d’analyse contextuelle d’une intervention publique nous est d’ailleurs proposé dans un article d’ « ethnopragmatique » portant sur une expérience de démocratie participative à Bruxelles. Si la sociologie pragmatique de Boltanski et Thévenot, déjà présentée dans les numéros antérieurs, ne fait pas l’objet d’un nouvel examen, on voit dans l’article de Roman Pudal que la référence de Bruno Latour comme des animateurs de la revue Lire la suite



La réalité sociale du déclassement
23 mars 2009, 23 h 40 min
Filed under: Sociologie | Mots-clefs: , , ,

par Vincent Chabault

Omniprésente dans le débat public, la notion de déclassement renvoie certes au sentiment de crainte exprimée individuellement, mais également à une réalité sociale et statistique partagée par les membres de différentes cohortes nées depuis le tournant des années 1960.

Recensé : Camille Peugny, Le Déclassement, Paris, Grasset, coll. « Mondes vécus », 2009, 178 p.
r3079-71

Paru à l’automne 2006, l’ouvrage de Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la dérive, mettait en lumière le fait que la question sociale ne se situait plus à la périphérie, dans la marginalisation d’une sous-classe désaffiliée, mais au cœur même de la société et qu’elle concerne une partie des classes moyennes salariées [1]. La déstabilisation de ces catégories, autrefois considérées à l’abri des difficultés rencontrées par les classes populaires, s’illustre par de multiples indices tels que la stagnation des revenus intermédiaires, la fragilisation du salariat, le déclassement scolaire des jeunes diplômés et les processus de mobilité sociale descendante. Tiré d’une thèse de sociologie soutenue en 2007 [2], l’ouvrage de Camille Peugny analyse en profondeur l’un de ces indices : le déclassement social entre les générations. Il s’agit, pour les individus, d’occuper un statut social inférieur à celui de leurs parents – le statut étant mesuré par la catégorie professionnelle. Omniprésente dans le débat public, la notion de déclassement renvoie certes au sentiment d’une crainte exprimée individuellement, mais également – et c’est l’objet central du livre – à une réalité sociale et statistique partagée par les membres de différentes cohortes nées depuis les années 1960. Mais l’enquête ne s’arrête pas là. Le chapitre 2 se penche sur le rapport des individus concernés par une mobilité sociale descendante à leur trajectoire. Le chapitre 3 s’intéresse enfin aux conséquences politiques du déclassement dans la mesure où ce phénomène structure un certain nombre d’attitudes et de représentations.

Le déclassement comme phénomène social

Dans un premier chapitre, Peugny retrace brièvement ce que l’on pourrait appeler un « retournement de situation ». À la période des Trente Glorieuses, pendant laquelle différentes cohortes de naissance (surtout celles nées entre 1944 et 1948) ont connu un destin collectif avantageux [3], succède une société post-industrielle où plusieurs ruptures fondamentales viennent, dans un contexte économique différent, transformer l’organisation de la société française. Les travaux sociologiques changent par conséquent de tonalité. Après la théorie de la moyennisation de la société, les enquêtes sur les inégalités sociales et les conséquences des transformations économiques apparaissent. L’introduction de la notion de génération dans la sociologie quantitative révèle alors des situations sociales bien différentes entre, par exemple, les trentenaires de 1968 et les trentenaires de 1998 [4]. À la suite de ces travaux, Peugny met en évidence la dégradation généralisée des perspectives de mobilité sociale pour les individus nés au tournant des années 1960. La méthode d’enquête est classique : seule la profession des individus est prise en compte pour mesurer la mobilité sociale [5]. Celle-ci est comparée à la profession du père, et parfois de la mère. Globalement, les trajectoires sociales ascendantes sont de moins en moins fréquentes. Parmi les individus « mobiles », la part des déclassés augmente. En termes de mobilité sociale, les femmes sont plus désavantagées que les hommes : en 2003 par exemple, parmi les enfants de cadres supérieurs âgés de 30 à 45 ans, 48 % des hommes reproduisent la position de leur père contre 33 % des femmes (p. 36). Face à ces résultats, l’explication selon laquelle des retards en début de carrière annonceraient des ascensions plus tardives ne vaut pas. Des travaux récents montrent au contraire que le début de carrière est essentiel dans une trajectoire professionnelle compte tenu de la raréfaction des promotions pour les salariés nés après les années 1950. Pour les individus de milieu modeste (ouvrier, employé), les perspectives de mobilité sociale ascendante sont de plus en plus faibles. En d’autres termes, le destin des enfants de milieu populaire, mesuré à l’âge de quarante ans, s’est détérioré : des cas d’ascension étaient plus nombreux dans les années 1980 que dans les années 2000. Pour les catégories supérieures et moyennes, les trajectoires descendantes augmentent fortement. La proportion de contremaîtres employés et ouvriers parmi les fils de cadres supérieurs passe de 14 % pour les générations nées en 1944-1948 à près de 25 % pour celles du début des années 1960. Pour les filles de Lire la suite



Constitution pour l’économie : pas d’accord, par Daniel Dresse

En réponse aux prises de positions de Paul Jorion…

https://i1.wp.com/contreinfo.info/IMG/arton1524.jpg

(Paul Jorion)

Constitution pour l’économie : pas d’accord

Je voudrais aborder avec vous la question qui fâche, la seule où je me sens en état d’incompatibilité avec vous : le sens et l’utilité d’une constitution économique.

J’ai beau relire régulièrement les billets dans lesquels vous analysez les raisons qui vous ont amené à formuler tel projet, les débats pointus qu’ils ont déclenchés, et aussi la conclusion de votre dernier livre (ou avant-dernier puisque vous ne nous laissez pas le temps de souffler), je n’arrive pas à me ranger derrière vos arguments.

Vous remettez trop de choses en cause, lesquelles sont charnellement ancrées en moi de par l’éducation et l’instruction que j’ai reçue, de par la culture historique qui m’a pétri et les mythes qui m’ont fait rêver. En un mot, il y a des idées simples qui font partie de ma vie et auxquelles il m’est impossible de renoncer, cela d’autant plus qu’elles participent autant que les vôtres de l’ordre du rationnel.

Celle-ci par exemple : une constitution ne peut être fondée par elle-même, sans quoi elle devient un traité d’expert, ou d’oligarques, totalement coupée de la souveraineté du ou des peuples dont elle va désormais régir d’autorité l’existence (Demandez donc à Etienne Chouard, il vous expliquera cela très bien).

Quand vous parlez de Constitution Mondiale de l’Economie, je ne peux m’empêcher d’évoquer l’image, bien connue, d’une salle de réunion tristement éclairée, dans laquelle trois ou quatre personnes, après avoir longuement débattu entre eux –habilement il est vrai – demande au reste de l’assistance, qui n’a pas très bien tout compris, de voter rapidement (car le concierge menace de couper la lumière) sur une question absconse sortie comme par magie d’un chapeau.

Je ne peux m’empêcher aussi de penser – par analogie – à la procédure qui avait présidé à l’élaboration du Traité Constitutionnel Européen, où une sorte de « comité des sages » avaient décrété dans leur petit coin ce qui allait être bon pour nous tous, peuples européens, en ne nous laissant pour nous exprimer que le choix de dire oui ou non au fruit inextricable de leurs cogitations.

Connaissant le sens profond de votre démarche, je sais ce que vous pourriez me répondre : « Vous n’avez rien pigé, Ô rat d’hôtel velléitaire, vous vous placez dans le champ civilisé du politique, alors que moi, Jorion de la Vega, dit Zorro, je me hisse au niveau du champ économique, lequel n’a précisément pas été encore affecté par ce processus de civilisation ».

Le problème est que cette mystérieuse barrière, qui aurait cloisonné ces deux champs historiques de la civilisation, je ne la vois pas, de tout ce que je connais précisément de l’histoire.

Dans celle-ci je vois au contraire une lente et millénaire ascension du fait économique au sein du fait politique, avec un jeu de renvois dialectiques entre les deux. Par exemple, en 1789, le fait économique des difficultés financières du royaume, a permis le fait politique de la convocation des Etats Généraux, et le bouleversement de l’ordre social qui en a résulté, a ouvert l’espace à une nouvelle série de renvois dialectiques entre le politique et l’économique.

Un bouleversement considérable dans ce mécanisme – un véritable « basculement du monde » selon l’historien Michel Beaud – se serait alors produit il y a une vingtaine d’année, quand il est apparu clairement que l’ordre Lire la suite



Emmanuel Todd : « l’instabilité sociale va s’aggraver »
22 décembre 2008, 12 h 32 min
Filed under: économie, Culture, europe, histoire, politique, Sociologie | Mots-clefs: , , , ,

« En France, le libre-échange ne profite plus, depuis une dizaine d’années, qu’à une toute petite fraction de la population. L’appauvrissement a gagné une large majorité de citoyens. Or, le système éducatif produit 33 % de bacheliers par an dans une génération. Est en train de se créer une vaste classe moyenne supérieure par l’éducation mais avec des revenus en pleine érosion. Ce sont les jeunes diplômés sacrifiés par le système économique. Cette situation ne peut mener qu’à des troubles sociaux et politiques. »

Frank De Bondt s’entretient avec Emmanuel Todd pour Sud-Ouest, 14 décembre 2008

Dans quel état l’Europe sortira-t-elle d’une crise économique dont chacun pense qu’elle s’aggravera en 2009 ?

Devant la possibilité d’un effondrement des échanges mondiaux, la situation de l’Europe est moins catastrophique que celle des États-Unis ou de la Chine, parce que son commerce extérieur reste relativement équilibré, grâce notamment à la puissance exportatrice de l’Allemagne. À l’inverse, l’économie américaine est massivement déficitaire. Si les échanges s’arrêtaient, le niveau de vie américain chuterait de 20 %. Quant à la Chine, elle ferait un grand bond en arrière. L’Europe est redevenue, depuis l’implosion de l’industrie américaine, le centre de gravité industriel et technologique de la planète. En raison des forces productives dont elle dispose.

L’Europe aurait donc moins besoin d’être protégée que les États-Unis ?

Ce n’est pas ce que je veux dire. Si on pense à l’effet du libre-échange sur les divers pays, il est clair que la première grande victime a été l’économie américaine, qui subit le choc de la concurrence européenne, japonaise et maintenant chinoise. L’industrie européenne n’a pas été détruite, mais le libre-échange a mis la pression sur les salaires, provoqué des délocalisations et tiré le niveau de vie vers le bas. Toutefois, l’Europe est à un stade de Lire la suite



La crise risque d’entraîner de douloureuses baisses de salaires pour des millions de personnes, selon le BIT
4 décembre 2008, 18 h 57 min
Filed under: économie, politique, Sociologie | Mots-clefs: , , , , ,

Le Bureau International du Travail avertit que les salaires réels de millions de travailleurs sont menacés de baisser en 2009 – Un déclin qui intervient après une décennie de salaires à la traîne de la croissance. Entre 1995 et 2007, chaque point de pourcentage supplémentaire de croissance annuelle du PIB par tête s’est traduit, en moyenne, par 0,75 pour cent de hausse de la croissance annuelle des salaires. Il en résulte que, dans près des trois quarts des pays dans le monde, la part des revenus du travail dans le PIB a décliné. « La légitimité de la mondialisation et des économies et des sociétés ouvertes dépend énormément d’une plus grande équité. Au centre de cette équité, l’aptitude des femmes et des hommes qui travaillent à obtenir une juste part de la richesse qu’ils créent », rappelle le directeur du BIT.

Organisation Internationale du Travail, 25 novembre 2008

La crise économique mondiale devrait déboucher sur de douloureuses coupes dans les salaires de millions de travailleurs dans le monde l’an prochain, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par le Bureau international du Travail (BIT).

« Pour les 1,5 milliard de salariés dans le monde, des temps difficiles sont à venir », déclare le Directeur général Juan Somavia. « Une croissance économique faible, voire négative, combinée à des prix alimentaires et énergétiques hautement volatiles, va amputer les salaires réels de nombreux travailleurs, en particulier les bas salaires et les ménages les plus pauvres. Les classes moyennes seront également sérieusement affectées ».

Le rapport, intitulé « Rapport mondial sur les salaires 2008/09 » (Note 1), prévient que les tensions sur les salaires sont susceptibles de s’intensifier.

En s’appuyant sur les derniers chiffres de croissance du FMI, le BIT prévoit que la croissance mondiale des Lire la suite