Electronx's Blog


La pire photo de tous les temps
6 janvier 2009, 9 h 04 min
Filed under: consumérisme, Culture, Infostratégie | Mots-clefs: , , ,

Par André Gunthert

image Le 19 décembre dernier, le photographe Mike Johnston épinglait sur The Online Photographer une composition lourdement photoshoppée signée Annie Leibowitz pour le calendrier Lavazza 2009, et la qualifiait de « pire photo de tous les temps » (« The Worst Photograph Ever Made », signalé par Mots d’images).

Aujourd’hui, la suite: Mike publie sur son blog un commentaire d’un « retoucheur anonyme« , dont voici la traduction ci-dessous.


J’ai travaillé sur au moins trois images pour Mme Leibowitz depuis le début de ce siècle, toutes des couvertures pour Vanity Fair. Pour ce que je peux en dire, si c’est un honneur de travailler sur l’oeuvre d’un photographe aussi renommé, c’est aussi le pire cauchemar de tous les temps.

Sur des images comme celle du calendrier Lavazza, on vous fournit habituellement des douzaines de clichés des diverses parties de l’image, et dans tous les cas sur lesquels j’ai travaillé, les modèles sont elles aussi en pièces détachées qu’il s’agit de Frankensteiner ensemble. Vous penserez que si quelqu’un vous présente ce type de montage, toutes ses parties ont été exécutées de main de maître, avec chaque détail réalisé à la perfection, prenant en compte les différents paramètres de lumière, mise au point, parallaxe, etc. Pas du tout.

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L’information au futur II
5 janvier 2009, 6 h 44 min
Filed under: Infostratégie, Libertés | Mots-clefs: , , , , , , ,

–>L’information au futur I
https://i2.wp.com/www.webserviteur.com/Design3/Photos/Indexation.jpg
Rappelons d’abord quelques fondamentaux

Qu’est-ce qu’informer  ? Étymologiquement « mettre en forme »  : donner cohérence et lisibilité à des éléments qui prennent sens pour quelqu’un. Donc faire savoir que…, rendre compréhensible. En ce sens, nous n’arrêtons pas d’informer  : nous émettons une multitude de signaux, y compris par notre corps depuis notre tenue vestimentaire jusqu’à notre sourire ou nos poches sous les yeux. Et même notre mutisme et notre refus de nous exprimer peuvent précisément avoir pour sens que nous refusons la communication. Donc ils informent.

Informer a donc une multiplicité de dimensions  : expression d’un état ou relation de faits ou  opinions, simple enregistrement d’un aspect de la réalité ou acte de volonté destiné notamment à changer le comportement d’autrui, information/action, information/suggestion, proclamation, …

Pour notre part nous avons souvent décrit le processus d’information délibérée et organisée (celui qui nous intéresse ici) comme une triple lutte  :

– contre le temps  : survivre à l’effacement et à l’oubli (en organisant, d’ailleurs l’effacement et l’oubli de ce qui est inutile ou insignifiant), perdurer, transmettre

– contre la distance  : atteindre, toucher ses destinataires, communiquer

– contre d’autres informations concurrentes  : propager, retenir l’attention, convaincre…

Quand nous parlons d’un média spécifique, comme le cinéma ou la télévision, nous songeons à des  phénomènes dont le résultat est que le contenu du cerveau de A est passé plus ou moins bien dans celui de B, C et ainsi de suite. Un média demande  :

  • un support destiné à enregistrer les signaux
  • des dispositifs de reproduction et de transport
  • des codes qui associent un sens à un signal mais aussi les codes culturels
  • des modes de traitement, l’ensemble des opérations qu’effectuent des acteurs munis d’instrument pour faire du fameux contenu du cerveau de A en messages que recevront ses destinataires

Si l’on remonte en amont, un média suppose des institutions, des groupes qui régissent son fonctionnement, des professions, des financements…

En aval : des auditeurs, lecteurs ou spectateurs qui se rassemblent dans des salles ou restent chez eux. Tel sens (ouïe vue) prédomine, tel instrument de réception est nécessaire, telle capacité d’interprétation apprise (alphabétisme, culture cinématographique, conventions culturelles)… Ils suivent le message de bout en bout comme au spectacle, ou dans l’ordre qu’ils veulent,  peuvent le modifier, y répliquer…

Chacune de ces composantes varie suivant les époques et la technologie et chacune induit un certain rapport de Lire la suite



Internet : l’impossible sécurité du réseau mondial

Démonstration de craquage des codes d'un certificat de sécurité au congrès du Chaos computer Club à Berlin.

CC-BY-NC
Démonstration de craquage des codes d’un certificat de sécurité au congrès du Chaos computer Club à Berlin.

Eric Filiol, cryptologue issu du monde militaire, dirige le laboratoire de virologie et de cryptologie opérationnelles de l’ESIEA-Laval (Ecole supérieure en informatique, electricité et automatique). Au moment où, pour la troisième fois en quatre ans, des chercheurs viennent de démontrer que certains certificats électroniques peuvent être contrefaits, il commente l’évolution de la sécurité informatique.

Pourquoi cette faille essentielle dans la sécurité d’Internet n’a-t-elle pas été comblée ?

C’est le problème éternel de la sécurité : celle-ci a un coût, financier et humain. Dans le cas présent, les différentes autorités de certification, et plus généralement les industriels de l’informatique, n’ont pas jugé utile d’investir, préférant relativiser la portée des avertissements. Un laxisme dont risquent de faire les frais les utilisateurs, qui se connectent sur des sites apparemment dignes de confiance.

Espionnage, vol de données, racket : le pouvoir de nuisance des « cyberbandits » va bien au-delà du piratage des sites sécurisés. Cette délinquance électronique augmente-t-elle ?

Les cyberattaques réussies étant par définition indétectables, il est très difficile d’évaluer leur portée réelle. D’autant que les entreprises comme les banques ne s’en vantent pas, et ne déposent pas plainte tant que le préjudice n’est pas supérieur au bénéfice. Tout ce que l’on peut dire, c’est que n’importe quel bon informaticien, en n’importe quel point du monde, est une menace potentielle. Et qu’il est beaucoup plus rentable et moins risqué de pratiquer le rapt de données informatiques que le rapt d’enfant. Ou que d’aller braquer une banque.

Quelle est l’arme la plus efficace pour les pirates du Web ?

La grande menace, ce sont les « botnets » : un ensemble de machines zombies tombées sous le contrôle d’un attaquant, via un « ver » ou un cheval de Troie, et exploitées de manière malveillante. Les plus gros botnets découverts dans le monde impliquaient la prise de contrôle de trois à quatre millions de machines : avec ça, un Lire la suite



L’information au futur I
11 décembre 2008, 12 h 17 min
Filed under: Culture, histoire, Infos, Infostratégie, internet | Mots-clefs: , , ,

La plus grande part des connaissances que nous avons sur le monde, nous les avons reçues à travers des médias. Celle que nous avons acquise au cours d’une expérience directe des choses mêmes ou d’un rapport personnel avec des être humains (nos parents, nos maîtres, nos amis) représente moins que les millions d’images, de discours, d’expériences « de seconde main » dont nous sommes redevables à des dispositifs techniques destinés à enregistrer et transporter jusqu’à nos cerveaux un certain type d’information ordonnées suivant un certain code (telle est la définition que nous donnerions d’un média). Et encore, les premiers ont largement recouru aux seconds (nos professeurs ont employé des livres, nous avons communiqué avec nos amis par téléphone ou courriel, etc..).

Or notre système politique, la démocratie, repose la fiction, d’une opinion rationnelle parfaitement informée transformée par la magie du vote en volonté populaire juste. Tandis que notre culture repose, elle, sur l’idéal d’un individu rationnel, critique, capable de juger en connaissance de cause d’un monde dont il saisit la complexité. Mais nous savons parfaitement que le citoyen/individu n’a ni le temps, ni les capacités, ni les possibilités matérielles d’aller recueillir les informations à la source, de les vérifier, de les analyser… En ce sens les médias s’interposent entre le monde et nous, tout en accroissant les possibilités de nos sens et de notre cerveau d’appréhender ce monde.

Dans ces conditions, il n’y a pas à s’étonner que la « critique des médias » au sens large soit presque aussi vieille que la pensée (du moins que la pensée dont nous avons conservé la trace, donc médiatisée sous forme de manuscrits). Par critique des médias au sens large, nous entendons, par exemple, les prises de position de la plupart des religions sur la question de l’image (est-il ou non licite de représenter le dieu ou l’élément sacré offert à l’adoration des fidèles ?) ou encore les questions que posent les premiers philosophes (à commencer par Platon dont le mythe de la caverne est l’archétype de toute critique des médias des siècles suivants) sur le caractère du théâtre, du livre, des arts pour libérer ou au contraire asservir notre esprit, l’approcher ou l’éloigner de la vérité.

Pour faire simple, nous dirons qu’il est possible de critiquer les médias pour ce qu’ils ne font pas et pour ce qu’ils font.
La première critique repose sur l’image de la perte : les médias ne nous représentent pas bien le monde réel, ils nous Lire la suite



Idéologie, langage et propagande
27 novembre 2008, 12 h 32 min
Filed under: Infostratégie, politique | Mots-clefs: , , , , ,

Colloque : Le discours du nationalisme en Europe, Mulhouse 27 et 28 Novembre 2008

Information, pouvoir et usage : l’infostratégie

Résumé :
La propagande, sous sa forme « moderne » est à peu près contemporaine de la première guerre mondiale, au moins par l’utilisation systématique de techniques qui se veulent scientifiques et par la mobilisation des mass media. Mais la contre-offensive – le décryptage et la dénonciation – commence dans les décennies qui suivent. Elle est menée par des chercheurs : leur ambition est d’en protéger les citoyens en leur en révélant les ressorts.
Le système de la propagande semble alors se résumer en quelques listes – règles, ressorts psychologiques ou figures du discours – comme le furent leurs ancêtres, les tropes de la rhétorique. Faut-il en déduire que la propagande obéit à des règles fonctionnelles universelles ? et que le contenu (le discours, l’idéologie que veut faire partager propagandiste) ne fait que se glisser dans une « forme » préexistante parce qu’efficace ? L’exposé suggérera au contraire que le choix du vecteur et de la méthode de propagande reflète un système de valeurs et une vision de l’histoire. Au stade de la conquête des esprits ou au moment de leur contrôle et de leur formatage (en particulier via l’imposition d’une langue spécifique, une fois conquis le pouvoir), la propagande fonctionne comme un tout.

Le contenu idéologique implique des voies et moyens licites pour faire partager l’Idée. Parallèlement, les modes de transmission disponibles déterminent ce qui est dicible et montrable pour répandre l’Idée. Une médiologie de la propagande devrait rendre autant justice aux modalités du faire croire qu’au contenu des croyances en expansion.

En guise de captatio benevolentiæ, j’implorerai votre indulgence par l’aveu de mon ignorance du sens exact de nationalisme, terme dont l’usage contemporain est surtout péjoratif. Pour ne donner qu’un exemple Milosevic (dont le parti se nommait pourtant « Parti socialiste serbe » et qui faisait partie de l’Internationale) est toujours été stigmatisé comme « nationaliste serbe », ce qui donne une idée de la gravité de la chose.

Le nationalisme serait, semble-t-il, un objet de croyance, une doctrine orientée soit par une revendication nationale (le projet de former ou d’élargir une nation, de la doter d’un État) soit par la référence à l’intérêt national idéalisé comme critère suprême.
Le Nous du nationalisme serait par conséquent un Nous hypertrophié, prédominant (par comparaison avec le Nous du patriotisme qui, lui, traduirait un attachement relatif, raisonnable, voire noble à son pays). La nation du nationalisme serait donc une communauté réduite aux excès : trop importante, survalorisée, trop identitaire, trop fermée à « l’autre ». Tel est du moins le discours dominant sur le sujet
La distinction nationalisme/ patriotisme, n’est pas sans en évoquer une autre qui n’est ni moins délicate, ni moins récurrente : celle qui sépare la pornographie de l’érotisme.

Comme la pornographie, le nationalisme – toujours suivant la doxa – pécherait par :

-goût de l’exhibition, de l’obscène au sens étymologique – ce qui est au devant de la scène et l’occupe de façon trop visible – car le nationalisme étale son identité nationale, il en est obsédé. Du reste, il aime les spectacles, défilés, cérémonies où l’on redit l’attachement à ce Nous mythifié.
– tendance à l’obsession : comme le sexuel pur prédomine dans la pornographie, le nationalisme dur ne « penserait qu’à ça » ; il jugerait de tout dans ce rapport à la Nation.
– archaïsme : de même que le porno serait le reflet d’un rapport homme/ femme dépassé par la libération de la seconde, le nationalisme serait un héritage du passé condamné par la mondialisation ;
– réduction : de même que le X est accusée de négliger l’amour ou les sentiments individuels en ramenant tout au physiologique, le nationalisme ramènerait tout choix politique à la question nationale, ignorant, par exemple la place de l’Universel ; il naturaliserait la fonction politique, envisagée comme seule relation de l’individu avec sa communauté d’appartenance à l’exclusion de tout autre choix (ou de tout autre déterminant comme la classe).
– violence : de même que le discours féministes voit dans la pornographie une domination symbolique du corps de la femme, donc une violence envers ses droits, de même tout nationalisme est suspect d’agressivité, et décrit comme porteur d’un projet latent d’oppression des autres nations.

Mais la comparaison avec la pornographie nous fournit une piste supplémentaire. Pour qu’il y ait pornographie, il faut qu’il y ait une prostituée (porné) ou une activité digne d’une prostituée, plus un « graphein », une écriture, un dispositif matériel de représentation de l’acte sexuel qui lui permet de toucher et Lire la suite



Idéologie, langage et propagande
27 novembre 2008, 12 h 26 min
Filed under: histoire, Infostratégie | Mots-clefs: , , ,

Colloque : Le discours du nationalisme en Europe, Mulhouse 27 et 28 Novembre 2008

Information, pouvoir et usage : l’infostratégie

Résumé :
La propagande, sous sa forme « moderne » est à peu près contemporaine de la première guerre mondiale, au moins par l’utilisation systématique de techniques qui se veulent scientifiques et par la mobilisation des mass media. Mais la contre-offensive – le décryptage et la dénonciation – commence dans les décennies qui suivent. Elle est menée par des chercheurs : leur ambition est d’en protéger les citoyens en leur en révélant les ressorts.
Le système de la propagande semble alors se résumer en quelques listes – règles, ressorts psychologiques ou figures du discours – comme le furent leurs ancêtres, les tropes de la rhétorique. Faut-il en déduire que la propagande obéit à des règles fonctionnelles universelles ? et que le contenu (le discours, l’idéologie que veut faire partager propagandiste) ne fait que se glisser dans une « forme » préexistante parce qu’efficace ? L’exposé suggérera au contraire que le choix du vecteur et de la méthode de propagande reflète un système de valeurs et une vision de l’histoire. Au stade de la conquête des esprits ou au moment de leur contrôle et de leur formatage (en particulier via l’imposition d’une langue spécifique, une fois conquis le pouvoir), la propagande fonctionne comme un tout.

Le contenu idéologique implique des voies et moyens licites pour faire partager l’Idée. Parallèlement, les modes de transmission disponibles déterminent ce qui est dicible et montrable pour répandre l’Idée. Une médiologie de la propagande devrait rendre autant justice aux modalités du faire croire qu’au contenu des croyances en expansion.

En guise de captatio benevolentiæ, j’implorerai votre indulgence par l’aveu de mon ignorance du sens exact de nationalisme, terme dont l’usage contemporain est surtout péjoratif. Pour ne donner qu’un exemple Milosevic (dont le parti se nommait pourtant « Parti socialiste serbe » et qui faisait partie de l’Internationale) est toujours été stigmatisé comme « nationaliste serbe », ce qui donne une idée de la gravité de la chose.

Le nationalisme serait, semble-t-il, un objet de croyance, une doctrine orientée soit par une revendication nationale (le projet de former ou d’élargir une nation, de la doter d’un État) soit par la référence à l’intérêt national idéalisé comme critère suprême.
Le Nous du nationalisme serait par conséquent un Nous hypertrophié, prédominant (par comparaison avec le Nous du patriotisme qui, lui, traduirait un attachement relatif, raisonnable, voire noble à son pays). La nation du nationalisme serait donc une communauté réduite aux excès : trop importante, survalorisée, trop identitaire, trop fermée à « l’autre ». Tel est du moins le discours dominant sur le sujet
La distinction nationalisme/ patriotisme, n’est pas sans en évoquer une autre qui n’est ni moins délicate, ni moins récurrente : celle qui sépare la pornographie de l’érotisme.

Comme la pornographie, le nationalisme – toujours suivant la doxa – pécherait par :

-goût de l’exhibition, de l’obscène au sens étymologique – ce qui est au devant de la scène et l’occupe de façon trop visible – car le nationalisme étale son identité nationale, il en est obsédé. Du reste, il aime les spectacles, défilés, cérémonies où l’on redit l’attachement à ce Nous mythifié.
– tendance à l’obsession : comme le sexuel pur prédomine dans la pornographie, le nationalisme dur ne « penserait qu’à ça » ; il jugerait de tout dans ce rapport à la Nation.
– archaïsme : de même que le porno serait le reflet d’un rapport homme/ femme dépassé par la libération de la seconde, le nationalisme serait un héritage du passé condamné par la mondialisation ;
– réduction : de même que le X est accusée de négliger l’amour ou les sentiments individuels en ramenant tout au physiologique, le nationalisme ramènerait tout choix politique à la question nationale, ignorant, par exemple la place de l’Universel ; il naturaliserait la fonction politique, envisagée comme seule relation de l’individu avec sa communauté d’appartenance à l’exclusion de tout autre choix (ou de tout autre déterminant comme la classe).
– violence : de même que le discours féministes voit dans la pornographie une domination symbolique du corps de la femme, donc une violence envers ses droits, de même tout nationalisme est suspect d’agressivité, et décrit comme porteur d’un projet latent d’oppression des autres nations.

Mais la comparaison avec la pornographie nous fournit une piste supplémentaire. Pour qu’il y ait pornographie, il faut qu’il y ait une prostituée (porné) ou une activité digne d’une prostituée, plus un « graphein », une écriture, un dispositif matériel de représentation de l’acte sexuel qui lui permet de toucher et Lire la suite