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La victoire des forces asymétriques, par William Lind
17 avril 2009, 20 h 17 min
Filed under: géostratégie | Mots-clefs: , , , ,

Article associé : fin-de-parcours

Lind tire le bilan de la stratégie militaire américaine, et conclut que les forces engagées dans des conflits de « quatrième génération », c’est à dire menant une guerre asymétrique, réponse du faible au fort, l’emporteront sur une machine militaire inadaptée, dont la seule supériorité est celle d’une puissance de feu dont l’usage massif retire toute légitimité à celui qui l’emploie. Sur les différents fronts, Irak, Afghanistan, Lind ne voit aucune issue se dessiner, mais il craint que la stratégie d’extension du conflit au Pakistan ne provoque son effondrement. L’incapacité de la nation américaine à réformer sa doctrine militaire, et à remettre en cause sa stratégie offensive de gendarme du monde, traduit une crise profonde d’un etablishment qui ne parvient pas à penser les transformations, juge-t-il. Cette incapacité ne se manifeste selon lui non seulement dans le domaine militaire, mais également face aux crises qui toutes ensemble dessinent un bouleversement systémique à venir : économique, climatique, énergétique, etc… « Dans les temps anciens, cela se concluait par un changement de dynastie » note-t-il. Et de s’interroger : « que pourrait-il advenir aujourd’hui ? »

Par William Lind, Antiwar, 16 avril 2009

Les événements survenus depuis que j’ai commencé a tenir cette chronique ont, je crois, validé dans l’ensemble le concept de guerre de quatrième génération. L’Irak n’a pas été une « promenade », pas plus que notre première invasion de l’Afghanistan n’a « éradiqué » les talibans. Le Mollah Omar s’est avéré le meilleur prophète des évènements à venir : avant que ne tombe la première bombe américaine, il avait déclaré, « Nous perdrons le pouvoir et perdrons Kaboul, mais cela n’a pas d’importance. »

Quelles leçons pouvons-nous tirer de mes précédentes chroniques ? Trois points me paraissent être d’une importance primordiale.

1) Tant que l’Amérique poursuivra une stratégie de grande offensive, la guerre de quatrième génération lui garantit la défaite. La raison en est à rechercher dans le concept de puissance de la faiblesse de Martin van Creveld, et dans sa relation intime avec la légitimité. Dans un monde de quatrième génération, la légitimité est la vraie richesse du royaume. En dernier ressort, les guerres de quatrième génération sont celles d’une lutte de légitimité opposant l’État et un grand nombre de loyautés non-étatiques fondamentales. La puissance américaine manque de légitimité parce qu’elle est écrasante au plan matériel. Telle est la force des faibles : ceux qui résistent à l’armée américaine deviennent des héros. A l’inverse, tout État soutenu par l’armée américaine perd de sa légitimité. Plus les USA interviennent militairement en un grand nombre de parages, plus les États perdent de leur légitimité, au bénéfice des entités non-étatiques de quatrième génération. De fait, nous assistons à un effet Midas inversé. Seule une grande stratégie de défense, où nous nous occuperions de nos propres affaires et laisserions les autres Etats s’occuper des leurs, peut nous sortir de cette spirale infernale.

2) Les armées de deuxième génération ne peuvent pas gagner les guerres de quatrième génération. Les forces armées de deuxième génération, telles que celles des États-Unis, combattent en dirigeant leur puissance de feu sur des cibles. Cela leur permet de vaincre au niveau matériel, mais ce faisant, cela se transforme en défaite au niveau moral, qui est déterminant dans la G4G. Le meilleur exemple actuel est donné par le Pakistan, où la combinaison des frappes de Predator [1] et les pressions exercées sur le gouvernement pakistanais ont sapé la légitimité de l’Etat. Cet état se trouve maintenant au bord de la désintégration, ce qui apporterait à Al-Qaïda et aux autres forces islamistes de G4G la plus grande victoire qu’ils puissent imaginer. La photo accrochée sur le mur de la grotte d’Oussama doit être celle d’un Predator, et titrée : « notre meilleure arme. »

3) Il n’y a aucune chance que l’Amérique adopte une stratégie défensive ou engage une réforme de ses forces armées pour les faire passer de la deuxième à la troisième génération – étape nécessaire mais pas suffisante pour affronter les G4G – aussi longtemps que l’establishment en place à Washington reste au pouvoir. Cet establishment est ivre d’orgueil, coupé du monde existant au-delà des arènes politique et fortement corrompu par le « business as usual » pratiqué par un Pentagone, qui sait comment acheter tous les appuis politiques dont il a besoin. Comme dans tous les establishments, on y perçoit le changement réel comme une menace, devant être évitée. Aussi longtemps qu’il règnera, rien ne changera.

Quelles sont les implications de ces observations ? Au plan militaire, elles augurent de la poursuite de l’échec et la défaite. Nous ne parviendront pas à sortir de l’Irak avant que ne débute la prochaine phase de cette guerre, ou pire, qu’une attaque israélienne sur l’Iran nous coûte l’armée que nous avons en Irak. Nous allons être vaincus en Afghanistan, parce que nous refusons d’adapter nos objectifs stratégiques à ce qui est possible et nous continuerons à nous aliéner la population avec notre façon de conduire la guerre en déployant une puissance de feu massive. Nous allons pousser le Pakistan vers le point de désintégration, ce qui sera une catastrophe stratégique de premier ordre. Nous allons continuer d’ignorer la désintégration de l’Etat mexicain, tout en important les troubles du Mexique via nos frontières sans contrôles efficaces. Nous ne serons même pas en mesure d’arrêter les pirates somaliens. Qu’est-il révélé de nous même, lorsque la nation tout entière se réjouit parce que la marine américaine, la plus puissante sur terre, a vaincu quatre adolescents somaliens ?

Ce constat ne s’arrête pas là. Ces échecs de politique étrangère et ces défaites militaires – voire même des « victoires » encore plus embarrassantes – ne sont que deux exemples d’une longue liste de crises : la crise économique (dépression suivie par une inflation galopante), crise des cours de change (chute du dollar), crise politique (pas un membre de l’établissement ne sait ce qu’il faut faire, mais l’établissement n’offre pas d’alternative aux électeurs), crise de l’énergie, etc… Toutes ensemble, ces crises distinctes forment une crise systémique, événement qui survient lorsque le monde extérieur exige de plus grandes transformations que le système politique ne le permet. Arrivé à ce point, le système politique s’effondre et est remplacé par autre chose. Dans les temps anciens, cela se concluait par un changement de dynastie. Que pourrait-il advenir aujourd’hui ? J’envisage un changement radical, une déconstruction, marquée par un retour aux pouvoirs locaux [2].

Ce serait, dans l’ensemble, une issue heureuse. Mais je crains que le parcours nous y conduisant ne soit pas une partie de plaisir.


Publication originale Antiwar, traduction Contre Info


[1] Drones militaires utilisés par les USA pour bombarder les zones tribales pakistanaises. (ndt)

[2] Lind emploie le terme de devolution (ndt)

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