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L’année du « grand bouleversement », par Thomas Friedman
18 mars 2009, 22 h 34 min
Filed under: anthropologie, économie | Mots-clefs: , , ,

Ce que cette crise nous annonce, écrit Thomas Friedman, c’est que « Mère Nature et le marché » viennent de heurter un mur. L’éditorialiste du New York Times, pourtant jusqu’alors fervent apôtre de la mondialisation, semble transfiguré par cette révélation aveuglante qui l’a frappé sur son chemin de Damas. Ce nouveau – et fort inattendu – converti le clame désormais haut et fort. L’année 2008 sera celle du « Grand Bouleversement », celle où le monde aura pris conscience que le modèle de croissance non soutenable qui est le nôtre doit être radicalement transformé. Bienvenue au club.

Par Thomas Friedman, New York Times, 7 mars 2009

Quittons aujourd’hui le cadre habituel de l’analyse de cette crise économique, pour aborder un questionnement radical : Et si la crise de 2008 représentait quelque chose de beaucoup plus fondamental qu’une grave récession ? Et si elle nous annonçait que l’ensemble du modèle de croissance que nous avons créé au cours des 50 dernières années n’est tout simplement pas viable économiquement et écologiquement, et que l’année 2008 est celle où nous avons heurté un mur – celle où Mère Nature et le marché nous on dit tous deux : « assez. » Nous avons créé un système de croissance qui dépend de la construction de toujours plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits fabriqués par de plus en plus d’usines en Chine, alimentées en électricité par de plus en plus de charbon, qui cause de plus en plus de changements climatiques, mais permettent à la Chine de gagner de plus en plus d’argent pour acheter de plus en plus de bons du Trésor US qui permettent aux américains de disposer de plus en plus de fonds pour construire de plus en plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits qui dont la fabrication emploie de plus en plus de Chinois … Nous ne pouvons plus faire cela. « Nous avons créé une manière d’élever le niveau de vie que nous ne pouvons pas transmettre à nos enfants », déclare le physicien et expert du climat Joe Romm,, qui anime l’indispensable blog climateprogress.org. Nous nous sommes enrichis en épuisant tous nos stocks naturels – l’eau, les hydrocarbures, les forêts, les rivières, les poissons et les terres arables – et non en créant des flux renouvelables. « Cette explosion de richesse que nous avons créées a été permise par ce comportement de rapaces », ajoute Romm. « Mais il ne peut que s’effondrer, à moins que des adultes ne se lèvent pour dire : « Tout ceci, c’est une escroquerie pyramidale. Nous n’avons pas généré de vraies richesses, et nous détruisons un climat où il fait bon vivre … la véritable richesse, c’est quelque chose que vous pouvez transmettre afin que d’autres puissent en profiter. » Plus d’un milliard de personnes manquent d’eau aujourd’hui ; dans les tropiques, la déforestation détruit chaque année une surface de la taille de la Grèce ; plus de la moitié des pêcheries du monde sont surexploitées ou utilisées à leur limite. « De la même façon que quelques économistes isolés nous avaient averti que nous vivions au-delà de nos moyens et de la valeur de nos actifs financiers, les scientifiques nous avertissent que nous vivons au-delà de nos moyens écologiques et surexploitons notre patrimoine naturel », affirme Glenn Prickett, Vice Président de Conservation International qui, comme les écologistes l’ont fait, prévient que « Mère Nature ne fait pas de renflouements. » Paul Gilding, l’expert australien des questions environnementales, est l’un de ceux qui m’ont mis en garde depuis longtemps. Voici comment il nomme ce moment où Mère Nature et le Père Avidité ont tous deux heurté un mur : « le grand bouleversement ». « Nous entraînons le système au delà de ses capacités et le propulsons de plus en plus vite et plus durement », m’a-t-il écrit. « Quelque soit la beauté du système, les lois de la physique et la biologie sont encore valables. » Nous devons avoir de la croissance, mais nous devons croître d’une manière différente. Pour commencer, les économies doivent effectuer une transition vers le concept de somme nulle, ce qui signifie que les bâtiments, les voitures, les usines et les maisons soient conçues non seulement pour générer autant d’énergie qu’ils n’en utilisent, mais pour être recyclable à l’infini pour le plus grand nombre de composants possible. Il faut croître en créant des flux plutôt qu’en pillant de plus en plus de stocks. M. Gilding se déclare réellement optimiste. Donc moi aussi. Les peuples mettent déjà à profit ce ralentissement économique pour refonder et réorienter l’économie. L’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et les États-Unis ont tous utilisé leurs plans de relance pour faire d’énormes investissements dans l’énergie propre. En Corée du Sud le nouveau modèle pour le développement national est nommé : « Croissance verte, faible carbone. » Qui sait ? Les gens se rendent compte qu’il est nécessaire d’effectuer plus que des changements quantitatifs. Nous observons les premiers signes de l’apparition d’une croissance qui soit plus intelligente, plus efficace, plus responsable. Gilding, souligne également ceci :: « quand nous regarderons en arrière, 2008 sera vue comme une année capitale dans l’histoire humaine. Nos enfants et petits-enfants nous demanderons, « Comment était-ce ? Que faisiez-vous quand les choses ont commencé à s’effondrer ? Que pensiez-vous ? Qu’avez-vous fait ? » Il arrive souvent que lorsque nous sommes confrontés à un événement mémorable, nous n’en percevions pas l’importance. Mais pour moi il ne fait aucun doute que 2008 marquera une borne. Celle de l’année où « le grand bouleversement » a commencé. Publication originale New York Times, traduction Contre Info

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