Electronx's Blog


Sommet du G20 de Londres : la dernière chance avant la dislocation géopolitique mondiale
31 mars 2009, 6 h 41 min
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Lettre ouverte aux dirigeants du G20, publiée en anglais dans l’édition mondiale du Financial Times le 24/03/09
24/03/2009

Mesdames, Messieurs,

Il vous reste moins d’un semestre pour éviter que la planète s’enfonce dans une crise dont elle mettra plus d’une décennie à sortir, avec un terrible cortège de malheurs et de souffrance. Cette lettre ouverte de LEAP/E2020, qui dès Février 2006 avait annoncé l’imminence d’une « crise systémique globale », veut tenter de vous indiquer brièvement pourquoi il en est ainsi, et comment éviter cela.

En effet, si vous avez commencé à soupçonner l’ampleur de la crise il y a moins d’un an, c’est dès Février 2006, dans la 2° édition de son « Global Europe Anticipation Bulletin » (GEAB), que LEAP/E2020 avait annoncé que le monde entrait dans la « phase de déclenchement » d’une crise d’ampleur historique. Et depuis cette date, LEAP/E2020 a continué, chaque mois, à anticiper d’une manière très fiable les évolutions de la crise dans laquelle le monde entier se débat désormais. Ce qui nous conduit à vous écrire cette lettre ouverte dont nous espérons qu’elle éclairera vos choix dans quelques jours.

Et cette crise s’aggrave dangereusement. Récemment, à l’occasion de la 32° édition de son bulletin, LEAP/E2020 a ainsi lancé une alerte très importante qui vous concerne directement, vous les dirigeants du G20 : si, réunis à Londres le 2 Avril prochain, vous n’êtes pas capables d’adopter des décisions audacieuses et innovantes en vous concentrant sur l’essentiel, et d’entamer leur mise en oeuvre d’ici l’été 2009, alors la crise entrera à la fin de cette année dans la phase de « dislocation géopolitique généralisée » qui affectera tout autant le système international que la structure même des grandes entités politiques comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou l’UE. Et vous ne contrôlerez alors plus rien pour le malheur des six milliards d’habitants de notre planète.

Votre choix : une crise de 3 à 5 ans ou un crise de plus d’une décennie ?

Hélas, comme rien ne vous a préparé à affronter une crise d’une telle ampleur historique, jusqu’à présent, vous ne Lire la suite



Ipredator, ou comment télécharger dans l’anonymat
28 mars 2009, 1 h 35 min
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Par Jean Etienne, Futura-Sciences

Alors que la France, ainsi que d’autres pays, affûtent leurs armes anti-copie, le site The Pirate Bay lance la version bêta d’un service d’échange payant basé sur une liaison VPN afin d’abriter ses utilisateurs des regards indiscrets.

https://i0.wp.com/www.jb69.com/wp-content/uploads/2008/01/vpn_schema1.jpg

La France, avec son projet de loi Création et Internet (aussi appelée loi Hadopi) et la Suède, avec sa loi Ipred (Intellectual Property Rights Enforcement Directive) devant prendre effet le 1er avril, tentent de dissuader le téléchargement illégal de musique et de films. Parmi les critiques qui se sont élevées contre ces projets de loi figure celle d’un retard permanent du législateur sur les évolutions techniques sans cesse à l’œuvre sur le Web. Avant la fin des discussions sur ces lois à venir, la justesse de ce point de vue est déjà démontrée…

The Pirate Bay, modèle des sites de partage en ligne et qui avait déjà organisé en 2007 une réflexion sur l’avenir des échanges P2P et du protocole BitTorrent (qui ne sont pas utilisés qu’à des fins illégales, loin s’en faut), se prépare à lancer Ipredator.

Un réseau sécurisé

Ce nouveau dispositif, dont le nom parodie la loi suédoise Ipred, sera basé sur une liaison VPN (Virtual Private Network), ou RPV (Réseau Privé Virtuel). Celle-ci fonctionne sur le principe du tunneling, soit une encapsulation de données d’un protocole réseau dans un autre. Ainsi par exemple, considérant que le réseau Internet actuel se base encore presque entièrement sur le protocole IPv4 (32 bits, ou 4,2 milliards d’adresses possibles) alors que son successeur, le IPv6 (128 bits, soit 3,4 x 1038 adresses possibles), il est possible de relier entre elles deux machines Lire la suite



Sommes-nous égaux face au hasard ?
26 mars 2009, 7 h 02 min
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par Pierre Brunet

Pour réconcilier l’égalité avec le concept de la responsabilité individuelle, un courant philosophique de la gauche américaine, le luck egalitarianism, propose d’abolir l’inégalité des individus face au hasard. Mais, pour Jean-Fabien Spitz, cette entreprise intellectuelle appauvrit l’idée de responsabilité sans parvenir à défendre efficacement le principe d’égalité.

Recensé : Jean-Fabien Spitz, Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale, Paris, Vrin, coll. Philosophie concrète, 2008, 372 pages.

couvertureSous ce titre aux résonances mallarméennes, Jean-Fabien Spitz livre une critique radicale et décapante des théories de la justice qui ont été élaborées par la gauche américaine en réaction tant à John Rawls qu’au néo-conservatisme, et en appelle à une restauration de la dimension institutionnelle, sinon juridique, de l’idée de responsabilité.

On sait que tend aujourd’hui à se diffuser, sous divers aspects, l’idée que l’égalité est antinomique de celle de responsabilité. Ainsi, en matière de santé publique, par exemple, il n’est pas rare d’entendre qu’en contribuant à l’indemnisation systématique des soins prodigués aux fumeurs victimes de leur propre comportement dangereux, l’État encouragerait ces comportements dangereux. De tels discours en nourrissent d’autres qui tendent, de fil en aiguille, à justifier le rétablissement ou, c’est selon, le maintien de la peine de mort et autres revendications qui toutes se prévalent de l’idée que plus les individus sont responsables d’eux-mêmes, mieux la société se porte.

Ces théories conservatrices ont suscité une réaction relativement homogène dans le camp progressiste. Toutefois, plutôt que de déplacer les questions en montrant que le problème était peut-être mal posé (ou qu’il pouvait l’être autrement), ce camp a choisi de répondre en se plaçant sur le terrain de la responsabilité lui-même et tenté de montrer qu’il était possible, sinon nécessaire, de marier la théorie égalitariste de la justice à une notion forte de la responsabilité personnelle. Jean-Fabien Spitz, pour sa part, ne fait aucun mystère de sa franche hostilité à l’égard d’une telle stratégie. La conclusion à laquelle il entend parvenir est précisément qu’il faut résister à un tel mariage. L’argument est à la fois simple et ample : parce qu’il conduit soit à la négation de l’exigence égalitariste soit à l’atténuation de la notion de responsabilité en une notion post-institutionnelle, un tel mariage est essentiellement instable (p. 33-34).

Les théories qui ont tenté d’« injecter » (le terme est de Jean-Fabien Spitz) le principe de responsabilité individuelle dans la théorie de la justice comme équité défendue par Rawls émanent soit de Ronald Dworkin soit du courant dit des luck egalitarians (aucune traduction de cette expression ne semble avoir été pour le moment proposée). Dans une première partie, Jean-Fabien Spitz entreprend de reconstruire minutieusement ces théories avant d’en proposer, dans une seconde partie, une critique tout aussi scrupuleuse.

Les stratégies de neutralisation du hasard : Dworkin et les luck egalitarians

Pour Ronald Dworkin, le mariage entre l’égalité et la responsabilité individuelle trouve son fondement dans l’opposition entre deux notions d’égalité, celle des ressources et celle de bien-être, à quoi Dworkin ajoute une distinction entre le contexte et la personne. Ces deux distinctions ne se recoupent pas tout à fait. La première demeure relativement obscure en ce que la définition de chacune des notions est étonnamment circulaire (la conception de l’égalité en termes de bien-être consiste à rendre les individus égaux du point de vue de leur bien-être, tandis que la conception de l’égalité en termes de ressources consiste à rendre les individus égaux du point de vue de leurs ressources).

Selon Dworkin, une interprétation du principe d’égalité en termes d’égalité de bien-être conduirait à des « conséquences contre-intuitives et éthiquement inacceptables ». Aussi lui préfère-t-il la notion d’égalité en termes de Lire la suite



La réalité sociale du déclassement
23 mars 2009, 23 h 40 min
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par Vincent Chabault

Omniprésente dans le débat public, la notion de déclassement renvoie certes au sentiment de crainte exprimée individuellement, mais également à une réalité sociale et statistique partagée par les membres de différentes cohortes nées depuis le tournant des années 1960.

Recensé : Camille Peugny, Le Déclassement, Paris, Grasset, coll. « Mondes vécus », 2009, 178 p.
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Paru à l’automne 2006, l’ouvrage de Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la dérive, mettait en lumière le fait que la question sociale ne se situait plus à la périphérie, dans la marginalisation d’une sous-classe désaffiliée, mais au cœur même de la société et qu’elle concerne une partie des classes moyennes salariées [1]. La déstabilisation de ces catégories, autrefois considérées à l’abri des difficultés rencontrées par les classes populaires, s’illustre par de multiples indices tels que la stagnation des revenus intermédiaires, la fragilisation du salariat, le déclassement scolaire des jeunes diplômés et les processus de mobilité sociale descendante. Tiré d’une thèse de sociologie soutenue en 2007 [2], l’ouvrage de Camille Peugny analyse en profondeur l’un de ces indices : le déclassement social entre les générations. Il s’agit, pour les individus, d’occuper un statut social inférieur à celui de leurs parents – le statut étant mesuré par la catégorie professionnelle. Omniprésente dans le débat public, la notion de déclassement renvoie certes au sentiment d’une crainte exprimée individuellement, mais également – et c’est l’objet central du livre – à une réalité sociale et statistique partagée par les membres de différentes cohortes nées depuis les années 1960. Mais l’enquête ne s’arrête pas là. Le chapitre 2 se penche sur le rapport des individus concernés par une mobilité sociale descendante à leur trajectoire. Le chapitre 3 s’intéresse enfin aux conséquences politiques du déclassement dans la mesure où ce phénomène structure un certain nombre d’attitudes et de représentations.

Le déclassement comme phénomène social

Dans un premier chapitre, Peugny retrace brièvement ce que l’on pourrait appeler un « retournement de situation ». À la période des Trente Glorieuses, pendant laquelle différentes cohortes de naissance (surtout celles nées entre 1944 et 1948) ont connu un destin collectif avantageux [3], succède une société post-industrielle où plusieurs ruptures fondamentales viennent, dans un contexte économique différent, transformer l’organisation de la société française. Les travaux sociologiques changent par conséquent de tonalité. Après la théorie de la moyennisation de la société, les enquêtes sur les inégalités sociales et les conséquences des transformations économiques apparaissent. L’introduction de la notion de génération dans la sociologie quantitative révèle alors des situations sociales bien différentes entre, par exemple, les trentenaires de 1968 et les trentenaires de 1998 [4]. À la suite de ces travaux, Peugny met en évidence la dégradation généralisée des perspectives de mobilité sociale pour les individus nés au tournant des années 1960. La méthode d’enquête est classique : seule la profession des individus est prise en compte pour mesurer la mobilité sociale [5]. Celle-ci est comparée à la profession du père, et parfois de la mère. Globalement, les trajectoires sociales ascendantes sont de moins en moins fréquentes. Parmi les individus « mobiles », la part des déclassés augmente. En termes de mobilité sociale, les femmes sont plus désavantagées que les hommes : en 2003 par exemple, parmi les enfants de cadres supérieurs âgés de 30 à 45 ans, 48 % des hommes reproduisent la position de leur père contre 33 % des femmes (p. 36). Face à ces résultats, l’explication selon laquelle des retards en début de carrière annonceraient des ascensions plus tardives ne vaut pas. Des travaux récents montrent au contraire que le début de carrière est essentiel dans une trajectoire professionnelle compte tenu de la raréfaction des promotions pour les salariés nés après les années 1950. Pour les individus de milieu modeste (ouvrier, employé), les perspectives de mobilité sociale ascendante sont de plus en plus faibles. En d’autres termes, le destin des enfants de milieu populaire, mesuré à l’âge de quarante ans, s’est détérioré : des cas d’ascension étaient plus nombreux dans les années 1980 que dans les années 2000. Pour les catégories supérieures et moyennes, les trajectoires descendantes augmentent fortement. La proportion de contremaîtres employés et ouvriers parmi les fils de cadres supérieurs passe de 14 % pour les générations nées en 1944-1948 à près de 25 % pour celles du début des années 1960. Pour les filles de Lire la suite



Un plan Geithner désespérant, par Paul Krugman
23 mars 2009, 19 h 27 min
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« Quel terrible gâchis ! » Commentant le plan Geithner, Krugman ne dissimule ni sa colère ni sa déception. Voici pourquoi : en se refusant à prendre le contrôle du système bancaire pour solder les comptes et répartir les pertes entre actionnaires et créanciers des banques, le gouvernement américain est dans l’impasse. Pour débarrasser les banques de leurs actifs douteux, préalable indispensable à la reprise de l’activité du crédit, sans pour autant les condamner à la faillite, ne reste alors que la solution de surpayer ce mauvais papier. A cette fin, le plan Geithner offre aux candidats au rachat de ce papier un modèle de financement les mettant à l’abri de tout risque de perte. Face, ils gagnent, pile le contribuable perd. Parfaitement immoral, puisqu’au nom de l’impératif du maintien des structures, il conduit à absoudre les responsables du désastre, ce plan est par ailleurs sans doute promis à l’échec pour plusieurs raisons. D’une part à cause de la masse des créances douteuses, qui va croissante au fur et à mesure que la crise s’aggrave et excède chaque jour un peu plus la capacité du budget américain, c’est à dire la crédibilité de la devise US. D’autre part il ne restaurera pas la confiance dans le système bancaire, parce qu’il laisse en place à la tête des établissements des équipes dirigeantes discréditées qui ont fait preuve de leur incompétence mais qui, fortes du soutien implicite des mécanismes mis en place, pourront se livrer à tous les paris les plus dangereux dans l’espoir de forcer le destin – sans même parler de la tentation de se servir à pleines mains tant que l’occasion leur en est encore offerte.

Par Paul Krugman, 21 mars

Les détails du plan Geithner ont été révélés par la presse. C’est exactement le type de plan qui avait été largement analysé il y a quelques semaines – et laissait à désirer. La logique des zombies a prévalu.

L’administration Obama fait maintenant sienne l’idée selon laquelle il n’y aurait fondamentalement aucun problème dans le système financier – que ce que à quoi nous sommes confrontés serait l’équivalent d’une panique bancaire pour un établissement tout à fait sain. Pour reprendre la formule de Tim Duy, il n’y aurait pas d’actifs douteux, simplement des actifs « incompris », mal évalués. Et si nous parvenions à faire comprendre aux investisseurs ce que sont réellement ces actifs jugés douteux, c’est à dire pourvus d’une valeur bien supérieure à ce que quiconque est prêt Lire la suite



L’actualité par BAUER
20 mars 2009, 0 h 09 min
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Avec l’aimable autorisation de Sébastien BAUER / bauer-presse



Le système bancaire US est insolvable, par Nouriel Roubini
19 mars 2009, 22 h 05 min
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Roubini met une nouvelle fois en garde contre le risque de récession – voire de dépression – en L, qui semble se confirmer avec une contraction au quatrième trimestre 2008 de 6% du PIB aux USA et en Europe, de 12% au Japon, et de 20% en Corée. Comme la plupart des économistes, il estime que les autorités européennes n’ont pas pris conscience de la gravité des enjeux et font preuve d’une dangereuse frilosité en se refusant à agir résolument et rapidement. La situation américaine n’est pourtant guère meilleure. Sur les 800 milliards du plan de relance d’Obama, 200 seulement seront alloués cette année, sur lesquels une centaine devraient disparaître en épargne des ménages. Au total, l’effet de la relance serait donc inférieur à 1% du PIB en 2009. Mais il y a plus encore, l’économie mondiale ne repartira pas tant que de profondes reconversions n’auront eu lieu tant chez les exportateurs qu’aux USA. La système bâti sur la surconsommation et le déficit américain d’une part, et les économies exportatrices d’autres part, ne repartira pas en l’état, car le désendettement des ménages américains sera un processus long et douloureux. Dans l’immédiat, la restructuration du système financier aux Etats-Unis est plus que jamais nécessaire. Avec le ralentissement économique, les pertes pourraient atteindre 3600 milliards de dollars, estime-t-il. Conclusion : le secteur est en état de faillite, et la nationalisation s’impose, sans quoi les sommes gigantesques apportées par l’Etat ne servent qu’à tenter de protéger les actionnaires et les créanciers, pour le moment en pure perte.

par Nouriel Roubini, Forbes, 5 mars 2009

L’optimisme relatif de ceux qui affirmaient que le taux de croissance de l’activité économique allait redevenir positif, que l’économie se contractait, mais à un rythme plus lent que dans le quatrième trimestre de 2008, ont été démenti par les chiffres les plus récents. Au quatrième trimestre 2008, le produit intérieur brut a chuté de près de 6% aux États-Unis, 6% dans la zone euro, 8% en Allemagne, 12% au Japon, 16% à Singapour et 20% en Corée du Sud. La situation est donc encore plus terrible en Europe et en Asie qu’aux États-Unis

De fait, il existe un risque croissant de dépression en forme de L, qui serait encore pire que l’actuelle et douloureuse récession mondiale en forme de U. Voici pourquoi :

Tout d’abord, soulignons que la plupart des indicateurs suggèrent que la tendance [1] de l’activité économique est encore fortement négative en Europe et au Japon et proche d’une valeur négative aux États-Unis et en Chine. Certains signaux indiquant qu’elle redevenait positive pour les États-Unis et la Chine se sont avéré être de fausses indications. Aux Lire la suite



Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme, par Paul Jorion
19 mars 2009, 21 h 47 min
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Diantre ! Hier, Thomas Friedman nous annonçait que 2008 était l’année du « Grand Bouleversement », celle où le modèle écologiquement insoutenable d’économie productiviste et consumériste s’était effondré, et voici qu’aujourd’hui Paul prononce l’acte de décès du capitalisme, provoqué par la décision de la Fed de monétiser la dette américaine… Pour comprendre de quoi il s’agit, un petit rappel des faits est sans doute nécessaire. Collectivement, les autorités politiques et monétaires du monde entier sont confrontées à une double difficulté. La première, c’est d’accompagner la liquidation en bon ordre – autant que faire se peut – de la masse de créances aujourd’hui douteuses ou sans valeur qui s’est accumulée durant la phase de gonflement de la bulle du crédit, entre 2000 et 2007, à hauteur de « quelques » milliers de milliards de dollars. La seconde, c’est de relancer une activité économique menacée par la prolongation de la très dangereuse chute libre depuis deux mois de la production industrielle et du commerce international. Le sauvetage de la finance a déjà nécessité l’engagement sous forme de garanties, de facilité de crédit ou de recapitalisations de plusieurs centaines de milliards, auxquels viennent s’ajouter le coût des plans de relance – dont les Etats ne disposent évidemment pas, et qu’ils doivent financer par la dette. Pour ce qui est de la lutte contre le ralentissement de l’activité, en temps normal la réponse consisterait, outre les plans de relance, en une baisse des taux directeurs. La « règle de taylor », utilisée par les banquiers centraux, permet de calculer de combien de points ceux-ci doivent baisser, en fonction de ce que dans le jargon on appelle « l’output gap », c’est à dire la différence entre la capacité de production de l’économie et de son activité réelle. Aux USA, l’application de cette règle impliquerait une baisse des taux supérieure à 5%… Problème, ceux-ci avoisinent déjà le zéro pourcent – à l’exception notable de la BCE. Et les taux négatifs, comme les fourmis de 18 mètres, ça n’existe pas. Si la relance par les taux – c’est à dire le crédit – ne fonctionne pas, comment irriguer l’économie pour la faire redémarrer ? Tout simplement – si l’on ose dire – en distribuant de l’argent. Nous allons donc voir décoller les fameux « hélicoptères ».. Le gouvernement japonais en a déjà décidé ainsi, et devrait allouer 150 dollars à chaque citoyen. Mais la méthode la plus couramment utilisée consiste à racheter des créances, avec de l’argent créé pour l’occasion. Et c’est là qu’intervient la monétisation. Puisque les Etats doivent s’endetter, c’est à dire émettre des bons du Trésor, et que les banques centrales doivent injecter de l’argent dans l’économie, marions les ! La Fed, comme la Banque d’Angleterre et celle du Japon, va donc acheter des bons du Trésor de son gouvernement avec de l’argent qui n’existe pas, et les « apparences » seront sauves. Le sont-elles vraiment ? La réponse, évidemment, est non. Cet apport de papier monnaie équivaut à une dévaluation de fait, qui ne peut dans l’immédiat être tolérée que parce que tous les Etats étant dans la même situation calamiteuse et devant recourir aux mêmes expédients, personne ne peut s’en offusquer. Personne vraiment ? Si, en l’occurrence tous les pays échaudés par l’exemple de la crise asiatique et qui ont accumulé des réserves de change en dollars, au premier rang desquels la Chine – quoique pour des raisons différentes – vont voir leur trésor de guerre s’évaporer. Le 18 mars 2009 n’est peut être pas la date de décès du capitalisme, mais il frappe les trois coups ouvrant le deuxième acte de cette crise. Celui de la crédibilité des devises, à commencer par le dollar.

par Paul Jorion, 19 mars 2009

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La date d’aujourd’hui, le 18 mars 2009, sera retenue par l’histoire, tout comme celle du 29 mai 1453 le fut pour la chute de Constantinople ou celle du 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin, comme celle qui signa la fin du capitalisme.

Aujourd’hui en effet, la Federal Reserve Bank, la banque centrale américaine, a annoncé son intention de racheter des Bons du Trésor (dette à long terme des États-Unis) en quantités considérables (pour un volant de 300 milliards de dollars), son budget atteignant désormais le chiffre impressionnant de 1,15 mille milliards de dollars. Pareil au serpent ouroboros dévorant sa propre queue, les États-Unis avaleront donc désormais leur propre dette, un processus désigné par l’euphémisme sympathique de Lire la suite



Une nation sans industrie ? par Dean Baker
19 mars 2009, 21 h 17 min
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Poussée jusqu’à sa conclusion, la logique de mise en concurrence des salaires délocalisables – c’est à dire pour le moment ceux de l’industrie, mais également de plus en plus une partie des emplois de service – est absurde et intenable. Intenable, parce que la disparition progressive de la production industrielle se traduit forcément par l’importation des biens qui ne sont plus fabriqués. En dehors du cas – peu probable, convenons-en – d’une livraison à titre gracieux, la question devient alors : comment financer ces importations ? Pour y parvenir, cela nécessiterait un accroissement du volume et des prix des services exportés à un niveau qui semble parfaitement irréalisable. Absurde, parce que ce « modèle » économique aurait pour résultat à terme de n’offrir au plus grand nombre que des emplois de services sous-qualifiés et sous-payés, alors même que l’exigence de qualification croît sans cesse. Voilà résumé en quelques mots l’argument que développe ici l’économiste Dean Baker, co-directeur du Center for Economic and Policy Research. Pourrions-nous nous inspirer de cette analyse et en tirer la conclusion qu’il faille redévelopper la production industrielle ? Mais, direz-vous sans doute, quid de la pression internationale ? A partir du moment où la concurrence au moins disant salarial s’est installée comme règle communément admise, nulle nation ne peut s’en affranchir, sauf à risquer de voir rapidement son niveau de prix compromettre la compétitivité de ses produits. C’est bien le coeur du problème. Le jour où la « création de valeur » s’est substituée à la création de richesse s’est enclenchée une mécanique infernale dont nous subissons les désastreuses conséquences. Au sein d’une société, la redistribution des richesses produites s’effectue de deux façons. A travers l’échange marchand, bien sûr, mais aussi et de façon moins comprise, à travers des mécanismes redistributifs internes aux organisations. Un exemple évident de cette fonction redistributrice est – était ? – donné par les services publics, dont les mécanismes de péréquation assuraient à tous l’accès à des services pour un prix souvent inférieur au coût unitaire réel de la prestation. Mais le même type de répartition interne aux organisations existait aussi dans les entreprises privées. Par exemple, l’agent de service à la cantine de Renault pouvait bénéficier d’un salaire décent en raison des bénéfices réalisés sur l’ensemble de l’activité. Avec l’instauration du règne de l’actionnaire, cette logique de solidarité collective des organisations a volé en éclat. La recherche à tout prix de la maximisation de la valeur ajoutée a entraîné une décomposition des coûts et une segmentation en centres de profits, avec pour conséquence immédiate l’externalisation dans un premier temps, puis de plus en plus, la délocalisation des activités les moins rentables. Résultat ? Un appauvrissement des sociétés. Prenons l’exemple des services publics. La concurrence sur les secteurs les plus rentables casse le mécanisme redistributif et contraint les « opérateurs historiques » à abandonner les activités insuffisamment rentables, à défaut d’une subvention de l’Etat. Dans le privé, le résultat est le même. Au lieu de la redistribution implicite intérieure à l’entreprise, on a désormais une captation de la part du lion de la valeur ajoutée par l’actionnariat mondialisé, et un appauvrissement relatif des salariés de l’entreprise et de la sous traitance. Aux uns la substantifique moelle, aux autres les miettes, avec pour résultat agrégé un appauvrissement de la société, le capital étant « stocké » dans des actifs inflatés. Avant que les recettes keynesiennes ne fassent un retour en force sur le devant de la scène pour cause de catastrophe mondiale, les économistes – et très récemment encore le gouvernement, pour refuser la relance par la demande – les déclaraient mortes, en raison des « fuites ». Augmenter les salaires n’aurait servi à rien, disaient-ils, sauf à enrichir les pays exportateurs. Mais qu’est donc que le mécanisme que nous venons de décrire si ce n’est une forme de fuite, justement ? Fuite vers l’actionnariat, au détriment de la richesse produite et partagée par une nation, en raison du chantage perpétuel au désinvestissement – au retrait des capitaux – auxquels nous avons accepté de nous soumettre. Ce capital délocalisé, libre de nuire et d’exercer son incessante pression, a appauvri les sociétés. C’est bien là que l’on a assisté à un « toujours plus » véritablement odieux, et bien peu dénoncé par les émules de De Closet, soit dit en passant. Ce qui était hier impossible, sortir en cavalier seul de ce jeu délétère, pour cause de sanction immédiate des marchés, le deviendra-t-il aujourd’hui ? En raison de son poids dans l’économie mondiale, l’Europe aurait été en mesure d’instituer ses propres règles et de protéger ses citoyens. Las, les traités fondateurs ont incorporé les tables de la loi du Consensus de Washington, et leur très sourcilleuse gardienne, la commissaire à la concurrence Neelie Kroes veille au respect du dogme. Pourtant, l’ampleur des bouleversements et des remises en cause auxquels nous assistons permet d’espérer. Encore faut-il dégager une voie alternative. C’est ce à quoi nous tentons de contribuer.

Par Dean Baker, Dissent Magazine, 11 mars 2009

J’ai souvent pensé que les économistes devraient être tenus d’avoir une meilleure familiarité avec la simple arithmétique. Cela leur permettrait d’éviter de proférer de nombreuses bêtises qui passent pour du bon sens, telle par exemple l’idée que les États-Unis ne seront plus un pays d’industries dans le futur.

Ceux qui pratiquent l’arithmétique peuvent rapidement déceler l’absurdité de cette affirmation, qui implique bien évidemment que les États-Unis importeraient la quasi-totalité des produits manufacturés. Le problème est que, à moins de trouver des pays qui acceptent de nous livrer gratuitement leurs biens manufacturés, nous devons trouver quelque mécanisme permettant de régler nos importations.

Les partisans de la thèse de la fin de l’industrie affirment que nous y parviendrons grâce à l’exportation de services. C’est là que le calcul devient fort utile. Le volume des échanges de Lire la suite



L’année du « grand bouleversement », par Thomas Friedman
18 mars 2009, 22 h 34 min
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Ce que cette crise nous annonce, écrit Thomas Friedman, c’est que « Mère Nature et le marché » viennent de heurter un mur. L’éditorialiste du New York Times, pourtant jusqu’alors fervent apôtre de la mondialisation, semble transfiguré par cette révélation aveuglante qui l’a frappé sur son chemin de Damas. Ce nouveau – et fort inattendu – converti le clame désormais haut et fort. L’année 2008 sera celle du « Grand Bouleversement », celle où le monde aura pris conscience que le modèle de croissance non soutenable qui est le nôtre doit être radicalement transformé. Bienvenue au club.

Par Thomas Friedman, New York Times, 7 mars 2009

Quittons aujourd’hui le cadre habituel de l’analyse de cette crise économique, pour aborder un questionnement radical : Et si la crise de 2008 représentait quelque chose de beaucoup plus fondamental qu’une grave récession ? Et si elle nous annonçait que l’ensemble du modèle de croissance que nous avons créé au cours des 50 dernières années n’est tout simplement pas viable économiquement et écologiquement, et que l’année 2008 est celle où nous avons heurté un mur – celle où Mère Nature et le marché nous on dit tous deux : « assez. » Nous avons créé un système de croissance qui dépend de la construction de toujours plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits fabriqués par de plus en plus d’usines en Chine, alimentées en électricité par de plus en plus de charbon, qui cause de plus en plus de changements climatiques, mais permettent à la Chine de gagner de plus en plus d’argent pour acheter de plus en plus de bons du Trésor US qui permettent aux américains de disposer de plus en plus de fonds pour construire de plus en plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits qui dont la Lire la suite