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Evans-Pritchard : de sérieuses inquiétudes pour la Livre Sterling
21 janvier 2009, 23 h 04 min
Filed under: économie | Étiquettes: , ,

https://i1.wp.com/www.vieux-merville.com/images/piece2.jpgLes mesures décidées en urgence à l’automne pour sauver les banques ont mis un terme à la panique. Mais elles n’ont pas résolu le problème pour autant. Elle l’ont simplement déplacé. Car des pans entiers du système bancaire sont virtuellement en faillite. A titre d’exemple, Roubini vient de chiffrer à 3 600 milliards le montant que pourraient atteindre les pertes aux USA, alors que la capitalisation totale des banques n’est que de 1400 milliards. Dans cette nouvelle phase, la question auxquels les Etats sont confrontés n’est plus le « too big to fail », mais « too big to save ». Lorsque les bilans des établissements pèsent plusieurs fois le PIB de la nation, aucune autorité ne dispose évidemment des fonds nécessaires pour éponger les pertes. Les seules solutions sont donc l’émission monétaire et/ou la dette. Les USA, forts du statut de monnaie de réserve du dollar, ont pu se permettre jusqu’à présent ces deux expédients sans en souffrir, personne n’ayant intérêt à une dévaluation du dollar qui provoquerait un raz de marée planétaire sur les réserves et les patrimoines. La Grande Bretagne, fière jusqu’à présent du rôle de « hub » de la mondialisation financière qui était le sien, ne dispose évidemment pas du même crédit que les USA. Et les craquements répétés ces derniers jours de son système bancaire affaiblissent la Livre. Mais elle est en plus confrontée à un danger bien spécifique : ses établissements sont massivement endettés en devise étrangère, à hauteur de 4400 milliards de dollars. Et là, la planche à billet de Sa Majesté n’y peut mais. Nos lecteurs connaissent Ambrose Evans-Pritchard et son penchant à la dramatisation. Mais les inquiétudes qu’il exprime ici ne sont pas surjouées. Le Royaume Uni traverse effectivement une passe fort délicate.

Par Ambrose Evans-Pritchard, 20 janvier 2009

La livre sterling poursuit son repli désordonné.

On peut discuter du fait que la première phase de dévaluation ait agi ou non comme un absorbeur de choc pour une économie mal en point, en amortissant la déflation de la dette et l’éclatement de la bulle immobilière. Mais cette dernière chute de la Livre provoque un sentiment très désagréable.

Pour la première fois depuis que cette crise a commencé il y a un an et demi, je suis très inquiet que le gouvernement britannique ne soit en train de perdre le contrôle.

La livre a perdu cinq cents aujourd’hui, à 1,39 contre le dollar. Son cours est désormais perché en équilibre instable sur son support de ces 20 dernières années – à un niveau testé en 2001 et 1992. Si elle casse ce support, les traders pourraient l’envoyer au tapis, vers la parité avec dollar.

Le danger saute aux yeux. Les 4400 milliards de dettes libellées en devises étrangères accumulées par des banques britanniques sont égales à deux fois la taille de l’économie britannique. Au Royaume-Uni, les réserves de change sont virtuellement nulles : 60.6 milliards de dollars.

Si le gouvernement est contraint de nationaliser la Royal Bank of Scotland, et peut-être Barclays, qui sont lourdement chargées de dettes en dollars, euros et yens, il risque d’être submergé. C’est une chose pour un État souverain que de laisser exploser sa dette, éventuellement jusqu’à 100% du PIB en cas de crise ou de guerre. C’en est une autre que de s’alourdir d’une dette extérieure d’une telle ampleur sans disposer de réserves. Bien sûr, ces banques détiennent également des actifs à l’étranger à un niveau correspondant à ces dettes. Mais que valent vraiment ces actifs ?

C’est le moment de vérité. Le moment où cette insouciante expérience d’endettement tentée par nos responsables politiques et économique va revenir les hanter.

Nous ne pouvons même pas imiter ce que l’Islande a fait pour sauver sa peau. Reykjavik a refusé d’honorer les dettes extérieures contractées par ses banques sans scrupules. L’Islande les a laissé faillir, et transféré leurs pertes dans des structures de cantonnement. De petites îles peuvent agir ainsi. L’Islande a du poisson et beaucoup de métaux.

Mais la Grande-Bretagne ne peut pas emprunter cette voie. Ses dettes sont trop importantes. Si Londres prenait des mesures aussi désastreuses cela provoquerait une panique mondiale entraînant les actifs dans une spirale de dépréciation mortelle, et le monde entier dans une grave dépression.

Nos dirigeants sont responsables du comportement bien imprudent de la City, du laisser aller budgétaire de Gordon Brown (avec un déficit qui a atteint 3% en phase de croissance haute), et de la pitoyable gestion du boom immobilier au Royaume-Uni, qui ont tous trois contribué à amener le pays au bord de la catastrophe.

L’Angleterre n’a jamais fait défaut sur sa dette depuis le Moyen Age. Il existe un risque réel qu’elle puisse y être contrainte aujourd’hui.

Que l’on me comprenne bien : la situation n’aurait pas été meilleure si la Grande-Bretagne avait rejoint l’euro il y a dix ans. La bulle aurait été tout aussi dangereuse, voire pire, comme l’Irlande et l’Espagne peuvent en témoigner. Nous avons notre catastrophe. Ils ont leur catastrophe. Quand la poussière sera retombée, dans cinq ans, nous pourrons juger sereinement de la question de l’entrée dans l’Union Monétaire Européenne. Pas maintenant.

Les baby-boomers ont eu leur heure de pouvoir. La génération la plus gâtée de l’histoire a géré les affaires avec l’hédonisme qui la caractérise. Les conséquences sont encore à venir.

Pauvres idiots.

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