Electronx's Blog


L’information au futur II
5 janvier 2009, 6 h 44 min
Filed under: Infostratégie, Libertés | Étiquettes: , , , , , , ,

–>L’information au futur I
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Rappelons d’abord quelques fondamentaux

Qu’est-ce qu’informer  ? Étymologiquement « mettre en forme »  : donner cohérence et lisibilité à des éléments qui prennent sens pour quelqu’un. Donc faire savoir que…, rendre compréhensible. En ce sens, nous n’arrêtons pas d’informer  : nous émettons une multitude de signaux, y compris par notre corps depuis notre tenue vestimentaire jusqu’à notre sourire ou nos poches sous les yeux. Et même notre mutisme et notre refus de nous exprimer peuvent précisément avoir pour sens que nous refusons la communication. Donc ils informent.

Informer a donc une multiplicité de dimensions  : expression d’un état ou relation de faits ou  opinions, simple enregistrement d’un aspect de la réalité ou acte de volonté destiné notamment à changer le comportement d’autrui, information/action, information/suggestion, proclamation, …

Pour notre part nous avons souvent décrit le processus d’information délibérée et organisée (celui qui nous intéresse ici) comme une triple lutte  :

– contre le temps  : survivre à l’effacement et à l’oubli (en organisant, d’ailleurs l’effacement et l’oubli de ce qui est inutile ou insignifiant), perdurer, transmettre

– contre la distance  : atteindre, toucher ses destinataires, communiquer

– contre d’autres informations concurrentes  : propager, retenir l’attention, convaincre…

Quand nous parlons d’un média spécifique, comme le cinéma ou la télévision, nous songeons à des  phénomènes dont le résultat est que le contenu du cerveau de A est passé plus ou moins bien dans celui de B, C et ainsi de suite. Un média demande  :

  • un support destiné à enregistrer les signaux
  • des dispositifs de reproduction et de transport
  • des codes qui associent un sens à un signal mais aussi les codes culturels
  • des modes de traitement, l’ensemble des opérations qu’effectuent des acteurs munis d’instrument pour faire du fameux contenu du cerveau de A en messages que recevront ses destinataires

Si l’on remonte en amont, un média suppose des institutions, des groupes qui régissent son fonctionnement, des professions, des financements…

En aval : des auditeurs, lecteurs ou spectateurs qui se rassemblent dans des salles ou restent chez eux. Tel sens (ouïe vue) prédomine, tel instrument de réception est nécessaire, telle capacité d’interprétation apprise (alphabétisme, culture cinématographique, conventions culturelles)… Ils suivent le message de bout en bout comme au spectacle, ou dans l’ordre qu’ils veulent,  peuvent le modifier, y répliquer…

Chacune de ces composantes varie suivant les époques et la technologie et chacune induit un certain rapport de pouvoir (dont le résultat final sera que les destinataires recevront tel ou tel type de message)  :

– la rareté du support fait de sa possession un bien plus ou moins rare  : très cher pour le parchemin, moyennement rare pour le papier (encore que son rationnement comme à la fin de la seconde guerre mondiale puisse être un enjeu crucial), surabondant pour le numérique

– les moyens de reproduction et transport  : il est évident que posséder les appareillages ou les « tuyaux » (des satellites, des câbles..) permet d’exercer un pouvoir

– idem pour les codes  : ainsi ceux qui déterminent le vocabulaire dominant

– etc.

Dans cette perspective quels sont les changements qui affectent le pouvoir d’informer  ?

Premier constat  : nous assistons moins à la disparition des anciens mass media qu’à l’affaiblissement des séparations qu’ils avaient instaurées  :

– entre médias spécialisés (journaux, radios, télévisions…) chacun avec un contenu spécifique et souvent un public spécifique par contraste avec la fusion des supports sur Internet

– entre information et fiction ou distraction (mouvement déjà amorcé depuis plusieurs décennies à la fois du fait de la téléréalité, et de la mise en scène des événements, politiques par exemple)

– entre producteurs de l’information (journalistes, commentateurs) dont le rôle est théoriquement de décrire le monde tel qu’il est et, d’autre part, les sélecteurs de cette information (comité de rédaction, rédacteurs, producteurs…) au profit du « tous médias »

– entre professionnels de l’actualité (journalistes) et acteurs ou témoins qui s’expriment tous. Ainsi une entreprise ne peut plus se contenter de « parler aux journalistes »   : elle doit fournir immédiatement l’information complète sur tout ce qui la concerne et réagir à tout.

– entre événements (est dit événement tout ensemble de faits actuels que les médias jugent dignes d’être signalés à leurs contemporains) et relation de l’événement (en particulier du fait de la prolifération de ce que Boorstin nommait « pseudo-événements », c.a.d. des actions mises en scènes pour êtres saisies par les médias).

– entre « documentation » produite par des institutions ou des entreprises et des « nouvelles » relatées par des médias et dont la valeur tient dans la fraîcheur

Outre les effets souvent décrits – surabondance de l’information, accessibilité à tout moment et de tout lieu, instantanéité, souvent gratuité, possibilité pour chacun de devenir émetteur – la numérisation de l’information a  transformé les règles de distribution/ réception de l’information  :

– La quête de l’information passe du modèle « recherche d’un objet  fini » (consultation du journal ou du livre contenant l’information fixée par ses rédacteurs ou éditeurs et formant une ensemble stocké quelque part) ou du modèle « suivi d’un spectacle » (avec un déroulement fixe) à l’immersion dans les flux d’informations. Le producteur d’information efficace est moins celui qui fait un « objet » (un livre, un film, une émission) très coté que celui qui attire des visiteurs, utilisateurs et abonnés. C’est celui qui gagne le plus de secondes de temps de cerveau humain.

– L’hybridation de l’information  : les émetteurs (et notamment les médias eux-mêmes comme les journaux ou les télévisions dotés de sites d’information en ligne) la composent avec des éléments recueillis à de multiples sources, produisant souvent de l’information « patchwork » faite de morceaux combinés. Tandis qu’en aval, les utilisateurs finaux composent leur propre média (parfois aidés par des logiciels que nous surnommerons « d’interprétation des désirs »  : sur le principe  : « vous avez choisi ceci, cela vous concernera », divers agrégateurs et sélecteurs…).

– Le modèles marchand simple (A détenteur d’un média vend des nouvelles à B ou vend la clientèle de B à l’annonceur C) se complexifie avec les nouvelles formes de gratuité apparente

– La prolifération et la redondance de l’information « copiée-collée » à faible valeur ajoutée renforce le contraste entre l’information standardisée (facilement disponible, mais très formatée par les distributeurs) et l’information rare ou grise faisant l’objet d’un processus de recherche plus sophistiqué.

– En corollaire, il s’instaure une nouvelle économie de la citation, du lien, de la référence qui fait du statut d’une source d’information, de son influence plus ou moins mesurable, un enjeu toujours remis en question, mais sans rapport avec  la puissance des moyens. L’information importante n’est plus celle qui est administrée en une fois et ex cathedra par un média prestigieux, mais celle qui est reprise, commentée, amplifiée par des circuits et réseaux incontrôlables. Fournir la bonne information, ce n’est plus forcément lui donner la forme la plus frappante ou séduisante (comme avec l’ancien talent du journaliste), c’est aussi prévoir son indexation et sa reprise.

– Le développement des liens de coopération (échanges sur les forums, wikis…) enlève souvent une part de sa pertinence à l’idée d’auteur ou de source primaire d’une information. D’autant que les producteurs spontanés d’information (témoins d’un événement offrant des images ou des commentaires, bloggers) suivant une stratégie du donnant/gagnant sont nombreux.

– La valorisation notamment économique du capital informationnel justifie d’es dispositifs de recherche et rapprochement  high tech(pour aller chercher l’information dans le Web invisible p.e.)

– Le phénomène du « tous média »  : la facilité d’acquérir de l’information à la source primaire (auprès des acteurs ou chez les premiers reporteurs), combinée à la capacité technique de produire des contenus sophistiqués sans frais de distribution répartit considérablement ce pouvoir de s’expriemr

– Le capacité d’indexer, d’évaluer ou de recommander échappe aux spécialistes « de l’accréditation » (critiques, bibliothécaires, enseignants…) pour passer entre les mains de réseaux à la fois informatiques et humains.

À côté de l’information standardisée (du type JT qui ne disparaît pas) l’information a haute valeur ajoutée résulte plutôt d’une combinatoire, chacun pouvant théoriquement se bricoler son média en fonction de ses intérêts ou trouver la réponse spécifique à sa question spécifique. La question n’est plus celle de la richesse de l’information (et moins encore de la richesse d’une source) que celle de la corrélation et de la contextualisation de l’information, des métadonnées (peut-être des machines à interpréter et lier les données), des modes de recherche. Bref, le vrai pouvoir devient le pouvoir d’indexer.

Source : huyghe.fr

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