Electronx's Blog


Dépenser plus pour gagner plus, par Michel Santi
28 janvier 2009, 22 h 27 min
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Nous somme ruinés ? Il est donc urgent d’accroître les dépenses. Tel est le « paradoxe de l’épargne » débusqué par Keynes. S’il semble raisonnable en temps de crise de vouloir épargner et se désendetter, lorsque ces comportements se généralisent à l’ensemble des acteurs de l’économie, ils forment une recette infaillible de ruine. En provoquant l’anémie de l’investissement et la consommation, et par voie de conséquence de l’activité, ils contractent les revenus disponibles et appauvrissent la société dans son ensemble. Les responsables politiques revendiquent parfois vouloir gérer l’Etat en « bon père de famille. » Que cette métaphore, qui semble frappée au coin du bon sens, soit utilisée par démagogie simplificatrice ou incompétence, rien n’est pourtant plus erroné. Lorsque la demande agrégée se contracte, si l’Etat n’y apporte pas remède en générant de la demande, la dépression est au rendez-vous.

Par Michel Santi, 26 janvier 2009

Une récession est un état où la production, les revenus et les dépenses se situent sous leur niveau normal ou tout au moins sous leur niveau potentiel. La production et le revenu ne pouvant effectivement – et en toute logique – s’accroître que si les dépenses progressent, il devient dès lors prioritaire de trouver un ou des intervenants convaincus d’ouvrir leur bourse…

Cette dépense ne peut être espérée de la part des consommateurs, pour la plupart sinistrés par la réduction de leur pouvoir d’achat ou par des crédits dont ils parviennent difficilement à supporter la charge. Il serait donc hautement souhaitable que les entreprises prennent le relais en investissant mais le contexte déprimé n’est guère plus favorable à une augmentation des dépenses de la part de ce secteur. Nous devons donc apprendre à vivre avec la récession et même – pourquoi pas ? – apprendre à l’aimer : N’est-ce pas nous, après tout, qui l’avons provoquée ?

La limitation des dépenses, l’austérité sont souvent présentées comme remèdes à ce mal qui ronge nos économies. Nos Gouvernements se devant ainsi de réduire dépenses et emprunts afin de progresser sainement tout en évitant d’hypothéquer la richesse des générations futures. Certes, nos dépenses gouvernementales sont incontestablement trop élevées. Certes, le gaspillage inconsidéré, généralisé et indéniable des ressources devrait être interrompu ou maîtrisé afin que notre fiscalité puisse être réduite de manière draconienne et productive. Toutefois, rien de ceci ne cassera la dynamique de la récession : Réduire les dépenses Gouvernementales et donner ces liquidités économisées aux contribuables dans le but de stimuler la dépense ne favorisera pas directement le facteur crucial qu’est la demande agrégée ou demande totale.

L’amélioration de ma condition financière individuelle sera nécessairement dépendante de l’augmentation de mes revenus ou de la diminution de mes dépenses. Néanmoins, les problèmes auxquels je suis personnellement confrontés ne sont pas similaires à ceux que la société doit gérer. En effet, pour la société, la demande agrégée égale très précisément la dépense agrégée de telle sorte à ce que, si je réduis ma dépense afin d’améliorer ma propre condition financière, c’est le revenu global de la société qui baissera du fait de la décision d’un individu de dépenser moins !

De même, si je souhaite augmenter mes dépenses sans creuser mes emprunts, je devrai fatalement faire appel à mon épargne. La logique est donc inexorable : si la consommation de la société doit progresser sans aggraver ses emprunts, c’est l’épargne qui devra être sollicitée et il serait terriblement contre-productif de plaider pour améliorer le niveau de cette épargne. Certes, l’économie post-crise devra obligatoirement être refondée sur des valeurs saines comme l’épargne mais aujourd’hui cette épargne entrave la résolution de notre problème immédiat en freinant l’augmentation de la demande agrégée au sein de nos économies. Keynes avait bien identifié ce paradoxe de la frugalité : Promouvoir l’épargne dans les conditions présentes ne fera qu’accentuer la récession…

Les défis de la société ne sont donc pas équivalents aux miens tout comme les mesures d’assainissement et de consolidation de nos économies à long terme ne sont pas similaires aux actions qu’il convient d’entreprendre aujourd’hui afin que cette récession ne se transforme en dépression…En fait, certaines décisions susceptibles d’améliorer nos conditions sur le long terme ne font que la détériorer aujourd’hui !

Tous nos efforts doivent ainsi être orientés vers une progression de la demandé agrégée et, dans cette optique, nos Gouvernements devront être lourdement mis à contribution et creuser leur endettement afin de promouvoir la demande ainsi que la consommation qui, elle, devra nécessairement soit faire appel à notre épargne soit alourdir notre endettement individuel…

Ces deux moteurs de la demande – et de la croissance – seront par la suite remplacés par les exportations et par l’investissement des entreprises qui permettront aux Gouvernements de réduire leur endettement du fait d’une réduction de leurs dépenses conjuguée à une recette fiscale stimulée par la croissance. A ce stade, les stimuli fiscaux et autre plans de relance ne seront qu’un mauvais souvenir.


Article communiqué par Michel Santi

Illustration : John Maynard Keynes



Evans-Pritchard : de sérieuses inquiétudes pour la Livre Sterling
21 janvier 2009, 23 h 04 min
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https://i1.wp.com/www.vieux-merville.com/images/piece2.jpgLes mesures décidées en urgence à l’automne pour sauver les banques ont mis un terme à la panique. Mais elles n’ont pas résolu le problème pour autant. Elle l’ont simplement déplacé. Car des pans entiers du système bancaire sont virtuellement en faillite. A titre d’exemple, Roubini vient de chiffrer à 3 600 milliards le montant que pourraient atteindre les pertes aux USA, alors que la capitalisation totale des banques n’est que de 1400 milliards. Dans cette nouvelle phase, la question auxquels les Etats sont confrontés n’est plus le « too big to fail », mais « too big to save ». Lorsque les bilans des établissements pèsent plusieurs fois le PIB de la nation, aucune autorité ne dispose évidemment des fonds nécessaires pour éponger les pertes. Les seules solutions sont donc l’émission monétaire et/ou la dette. Les USA, forts du statut de monnaie de réserve du dollar, ont pu se permettre jusqu’à présent ces deux expédients sans en souffrir, personne n’ayant intérêt à une dévaluation du dollar qui provoquerait un raz de marée planétaire sur les réserves et les patrimoines. La Grande Bretagne, fière jusqu’à présent du rôle de « hub » de la mondialisation financière qui était le sien, ne dispose évidemment pas du même crédit que les USA. Et les craquements répétés ces derniers jours de son système bancaire affaiblissent la Livre. Mais elle est en plus confrontée à un danger bien spécifique : ses établissements sont massivement endettés en devise étrangère, à hauteur de 4400 milliards de dollars. Et là, la planche à billet de Sa Majesté n’y peut mais. Nos lecteurs connaissent Ambrose Evans-Pritchard et son penchant à la dramatisation. Mais les inquiétudes qu’il exprime ici ne sont pas surjouées. Le Royaume Uni traverse effectivement une passe fort délicate.

Par Ambrose Evans-Pritchard, 20 janvier 2009

La livre sterling poursuit son repli désordonné.

On peut discuter du fait que la première phase de dévaluation ait agi ou non comme un absorbeur de choc pour une économie mal en point, en amortissant la déflation de la dette et l’éclatement de la bulle immobilière. Mais cette dernière chute de la Livre provoque un sentiment très désagréable.

Pour la première fois depuis que cette crise a commencé il y a un an et demi, je suis très inquiet que le gouvernement britannique ne soit en train de perdre le contrôle.

La livre a perdu cinq cents aujourd’hui, à 1,39 contre le dollar. Son cours est désormais perché en équilibre instable Lire la suite



L’actualité de la crise : Pendant les travaux, les affaires continuent, par François Leclerc
21 janvier 2009, 22 h 38 min
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PENDANT LES TRAVAUX, LES AFFAIRES CONTINUENT

https://i2.wp.com/filmsdefrance.com/1942_Les_Affaires_sont_les_affaires.jpg

Chaque jour apporte son cortège d’annonces et de plans en tout genre d’un gouvernement occidental ou bien d’un autre. Aujourd’hui, c’est la Grande-Bretagne qui est à l’honneur, avec un nouvel ensemble de mesures, aussi musclées et déterminées que les précédentes de novembre. Les cérémonies d’investiture de Barack Obama ont rejeté au second plan, aux USA, le débat sur l’affectation de l’enveloppe du second volet du TARP, dont les crédits sont décidément très sollicités de tous côtés et pour de multiples usages. En attendant que montent en force les interrogations sur la solidité de la zone Euro, que la dégradation aujourd’hui de la note de l’Espagne vient de renforcer. Bien que des analystes, j’y reviendrai certainement, commencent à expliquer qu’aucun pays ne prendra le risque de la quitter et que ses principaux acteurs auront à cœur d’éviter à tout prix son éclatement.

Ce plan, dont Paul Jorion décrit les dispositions dans son dernier billet, par son ampleur comme par ses modalités, exprime l’intensité de la crise en Grande-Bretagne et, comme il l’avait annoncé et le souligne maintenant, le retour en force de l’Etat. Celui-ci utilise simultanément tous les leviers disponibles, succédant aux mesures de soutien aux PME de la semaine précédente, afin de mettre toutes les chances de son côté. Il laisse entrevoir, en filigrane, d’autres mesures encore, dont on va désormais attendre l’annonce. Notamment la création d’une « bad bank », ainsi que l’éventualité de s’engager dans une politique d’émission monétaire massive, car il est de plus en plus clairement admis que c’est la seule solution pour, en définitive, financer l’accroissement de la dette publique. Et puis, surtout, pour effacer ensuite et autant que possible cette dette, grâce à l’inflation. Signe qui ne trompe pas, les rappels de l’expression imagée de Keynes évoquant « l’euthanasie des rentiers » se multiplient. Drastique et politiquement douloureuse, avant de l’être socialement, cette perspective commence à filtrer, à être considérée comme inévitable et les experts des banques centrales doivent très certainement plancher dessus.

Le dernier article de Willem Buiter, dans le Financial Times du 16 janvier, toujours provocateur mais également incisif, n’y va pas par quatre chemins. Critiquant les demi-mesures du gouvernement britannique, les nationalisations partielles des banques, il explique pourquoi elles n’apportent pas les effets escomptés. Pour préconiser une nationalisation intégrale de celles-ci, le temps de régler la crise et afin de couper court à leurs jeux et tergiversations. Pour ensuite créer dans les meilleures conditions une « bad bank », éclaircissant enfin une fois pour toute le paysage. Sans se faire d’illusion sur la possibilité que les actifs qui y seront parqués puissent un jour retrouver une quelconque valeur. Les banques actuelles sont des « zombies » dit-il, qui restent debout parce qu’elles sont soutenues par le gouvernement.

Ce n’est pas exactement ce que se préparent à faire les Allemands, mais cela lui ressemble un peu. En effet, le gouvernement y envisage d’accorder de nouvelles garanties de crédit de plusieurs milliards d’euros aux entreprises, selon l’édition à paraître demain mardi du quotidien économique Handelsblatt. Citant des sources gouvernementales, le journal ajoute que la banque publique KfW, bras financier de l’Allemagne, pourrait également racheter des actifs “toxiques” afin de soulager le marché du crédit.

Dans tous les pays occidentaux, l’Etat joue désormais non seulement les banquiers, mais également, en Grande-Bretagne, les assureurs d’un type un peu particulier, assurant les actifs bancaires. Il est omniprésent et bouche comme il le peut tous les trous. Si l’on en croit la presse, en France, il se prépare à devenir constructeur automobile, à éventuellement entrer au capital de PSA, qui s’y refuse comme une vierge effarouchée. On y a également appris, au détour d’une conférence de presse de Michel Camdessus, président de la Société de financement de l’économie française (SFEF), qui prévoit de ne prêter en 2009 que “entre 50 et 70 milliards d’euros” aux établissements de crédit en 2009, beaucoup moins que le plafond de 265 milliards d’euros a-t-il annoncé avec satisfaction, que la SFEF avait déjà émis pour 2 milliards d’obligations dans le cadre d’un “placement privé” auprès d’un bénéficiaire, dont elle n’a pas souhaité divulguer l’identité. Ce pays, décidément, ne connaît pas de déficit en matière de grosses cachotteries.

Le plus frappant, dans le flot mondial des nouvelles sur la crise financière, c’est le sentiment de forte improvisation qui en ressort. Tout est successivement essayé, sans succès jusqu’à maintenant, la crise au contraire s’approfondissant. Si tout le monde est d’accord sur l’idée que les grands moyens doivent être employés, ce ne sont Lire la suite



J’ai oublié de ne pas me souvenir
20 janvier 2009, 7 h 37 min
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Le célèbre icoNetgraphe John Mirlan filmait et enregistrait tous les instants de sa vie. Il s’est donné la mort hier. Il explique son geste en disant : « Je suis victime du développement des capacités de stockage. »

Dès son plus jeune âge, John Mirlan a vécu au rythme de la progression de la capacité de stockage des informations : Mes parents étaient précurseurs, disait-il. Ils avaient une obsession maniaque de la conservation. Ils ont filmé ma naissance et mes premiers pas. On ne regardait jamais ces enregistrements. C’était juste une preuve que cela avait existé. A l’âge de dix ans, John se met à son tour à filmer. Ses parents étaient ravis qu’il continue ce qu’ils avaient commencé, Ils ont mis du temps à comprendre que c’était une façon pour John de leur dire qu’il existait en dehors d’eux.

L’approche de John se démarque pourtant radicalement de celle de ses parents. Ses parents étaient marqués par le coût du stockage et même quand ce problème disparut, ils continuèrent à filmer en priorité les moments marqués du sceau de l’importance. En revanche, le vide qui occupe toute une partie de notre existence, ils l’ignoraient. Je me souviens de leur étonnement lorsque j’ai commencé à m’enregistrer en train de dormir. Cela leur semblait du gâchis !, disait John.

A 14 ans, John garde une caméra frontale en permanence allumée. Au début, ses interlocuteurs étaient gênés et il se moquait d’eux en pensant qu’ils n’étaient pas capables d’assumer leurs mensonges.

A cette époque, John se contente de visionner des séquences au hasard. Il était séduit par la transformation des visages et des corps. Sa compétence intéressa les entreprises de cosmétique, mais la collaboration fut de courte durée, car il ne supportait pas qu’ils oeuvrent pour supprimer les marques du temps. Le temps est la seule réalité qui ne fera jamais son temps, disait-il. La diminution du coût de la mémoire fit évoluer sa manière de faire et d’autant que l’augmentation de stockage s’accompagna du développement de logiciel de traitements de vie : Quand je l’ai installé, j’ai tapé “amour+première fois” et j’ai découvert que toutes les premières fois où j’avais fait l’amour avec une femme, j’avais gardé mes chaussettes ! C’est sans doute que j’avais peur de prendre mon pied, disait John.

John Mirlan revisite alors sa vie et est sidéré par sa constance à la répétition : C’est dur de s’entendre prononcer les mêmes phrases à cinq, dix, vingt ans d’intervalle. C’est comme si ma vie n’était qu’un radotage. J’oubliais pour recommencer toujours la même chose. Il dresse ensuite la liste de tous ses échecs et erreurs et analyse son fonctionnement. A l’issue de ce fastidieux travail, il sombre dans la dépression.

Après six mois de traitement, John reprend goût à la vie et décide de sensibiliser ses compatriotes aux dangers de la mémorisation en créant l’association « Pour l’oubli ». Au cours de nombreuses conférences, il défend ses positions en affirmant : Laissons-nous vivre… Oublions nos erreurs d’hier pour nous autoriser à les renouveler… Ne nous interdisons pas de répéter… La répétition donne de la consistance à nos existences… Laissons notre mémoire faire le tri entre l’important et l’accessoire… Virtualisons notre passé et acceptons que nos plaies se soient refermées.

Tout aurait pu continuer sur cette lancée, s’il n’avait pas reçu un mail-vidéo intitulé “Souvenir d’une promesse” qui comprenait deux enregistrements. Sur le premier, datant de la veille, une femme lui demandait :
- John, est-ce que tu te souviens de moi ? Sa femme raconte qu’il a ri en disant :
- Désolé jolie dame, si l’on se connaît, ma mémoire t’a effacée.

Le deuxième datait d’une trentaine d’années. John se trouvait en haut du montagne et hurlait : – Maeva, je t’aime. Si un jour, je t’oublie, je te jure, je me tue !

Anne-Caroline Paucot

Compléments d’information

– Le point sur l’évolution des capacités de stockage. Fing : Prospective 2010 Mémoire solide, vers l’abondance


- Vers l’état nounou

“D’ici 20 ans, il sera possible d’enregistrer en haute qualité la vidéo d’une vie entière. Ce n’est plus une question de savoir si cela va arriver, c’est en train d’arriver”, affirmait le professeur Nigel Shadbolt, spécialiste d’intelligence artificielle à l’université de Southampton.

La notion de mémoire pour la vie est d’ailleurs l’un des “Grands défis” identifiés dès 2005 par le Comité de recherche en informatique du Royaume-Uni.

Comme le souligne le Daily Telegraph : “La société devrait débattre des implications d’une telle croissance de la puissance informatique et de la masse d’information collectée par les individus. Certains craignent l’arrivée de boîte noires humaines, qui, combinées avec le développement des enregistrements électroniques médicaux ou financiers, pourraient nous conduire à un abandon de toute intimité et au développement sans limite d’un État nounou. D’autres soulignent plutôt les avancées positives dans le domaine de la médecine, de l’éducation, de la prévention criminelle et de la connaissance historique.”

Source :  anticipedia



Phase IV de la crise systémique : Début de la séquence d’insolvabilité globale
17 janvier 2009, 22 h 02 min
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En 2007, LEAP/E2020 avait annoncé que les banques américaines et le consommateur américain étaient tous deux insolvables. Il y a plus d’un an, notre équipe avait estimé à 10.000 milliards USD le montant d’ « actifs-fantômes » qui allait disparaître du fait de la crise. Ces deux annonces étaient en complet décalage avec les analyses dominantes du moment ; la suite a montré qu’elles étaient pourtant parfaitement justifiées. En fonction de la même logique d’anticipation, LEAP/E2020 estime aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence de la phase IV de la crise systémique mondiale (la phase dite de « décantation »), à savoir la séquence d’insolvabilité globale.

Les graves conséquences de cette insolvabilité globale sont anticipées dans ce GEAB N°31, dont ce communiqué présente un extrait qui permet de bien poser l’enjeu que représente cette nouvelle séquence de la crise. Par ailleurs le GEAB N°31 présente les 29 « hausses et baisses » de l’année 2009 selon l’équipe de LEAP/E2020 : quinze tendances en hausse et quatorze en baisse qui constituent autant d’outils d’aide à la décision et à l’analyse pour ceux que l’année à venir inquiète ou intrigue.

Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée, n’est pas une cause mais une conséquence de la crise actuelle. C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques [1], endettements des ménages [2], faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards USD [3], notre équipe considère que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et/ou très dépendants des services financiers.

Evolution des capitalisations boursières mondiales en 2008 (en milliers de milliards de Dollars US) – Source : Thomson financial Datastream, 01/2009

A quoi reconnaît-on une crise de solvabilité d’une crise de liquidité ?

Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.

Un exemple simple permet de bien saisir l’enjeu. Si vous avez un problème transitoire de trésorerie et que votre banque ou votre famille accepte de vous prêter les fonds nécessaires pour que vous traversiez la passe difficile, leur effort est bénéfique pour tout le monde. En effet, vous continuez votre activité, vous pouvez payer vos Lire la suite



Des idiots et des anges
16 janvier 2009, 10 h 52 min
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https://i2.wp.com/www.woodstockfilmfestival.com/images/people/staff/Bill_Plympton.jpg

PAR Ingrid Merckx

Ange malgré lui. Tel est le dernier né de Bill Plympton, illustrateur américain emblématique de la School of Visual Arts, connu pour son strip politique « Plympton » et passé au cinéma en 1983 avec Boometown, film d’animation sur les dépenses militaires. Depuis, Bill Plympton multiplie moyens et longs métrages, qu’il dessine seul. Des idiots et des anges prend le parti du crayonné-hachuré légèrement retravaillé et colorisé par ordinateur. Dans un monochrome évoquant blancs et gris teintés, il anime une pantomime burlesque et sombre, traversée de douce poésie. Un homme cupide se voit pousser des ailes de bonté. Quand il tente de les couper, elles repoussent et le Lire la suite



Hervé Kempf : « Ce que nous vivons n’est pas la crise, mais la mutation de sortie du capitalisme. »

Ce sont deux livres en forme de constats sans appel, certitude que notre monde est mort et qu’il s’agit d’en construire un nouveau. Deux ouvrages analysant les contradictions sociales et écologiques d’un capitalisme qui, à force d’invoquer la croissance et la consommation, sombre et disparaît. Avec « Comment les riches détruisent la planète » et « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », Hervé Kempf signe la plus belles des épitaphes à un système moribond. Il en parle ici.

« Le capitalisme est le racket légitime organisé par la classe dominante. »
Al Capone, cité par Hervé Kempf.

[1]

Prophète des temps modernes, il écrivait fin 2006 :

« Résumons. Nous sommes entrés dans un état de crise écologique durable et planétaire. Elle devrait se traduire par un ébranlement prochain du système économique mondial. Les amorces possibles pourraient s’allumer dans l’économie arrivant à saturation et se heurtant aux limites de la biosphère :

  • Un arrêt de la croissance de l’économie américaine, minée par ses trois déficits géants – de la balance commerciale, du budget, de l’endettement interne. Comme un toxicomane qui ne tient debout qu’à doses répétées, les Etats-Unis, drogués de surconsommation, titubent avant l’affaissement ;
  • Un fort freinage de la croissance chinoise – sachant qu’il est impossible qu’elle tienne très durablement à un rythme de croissance annuel très élevé. »

Touché-coulé. Mais si ce n’était que cela, sentir venir le froid de la crise et savoir l’annoncer au détour de quelques pages… Hervé Kempf ne serait qu’un analyste de plus, heureusement tombé juste quand tous se plantaient. Intérêt limité.
L’ambition de l’auteur est heureusement beaucoup plus large. En deux ouvrages incroyablement percutants, viatiques publiés à deux années de différence, l’homme se paye le luxe d’étendre le capitalisme pour le compte, KO debout et laissé pour mort dans un coin du ring. Rien de moins.

Reprenons. L’auteur est spécialiste des questions environnementales, infatigable contempteur des errements environnementaux de notre société depuis la catastrophe de Tchernobyl. Journaliste au Monde et tenancier du site Reporterre, il a publié en janvier 2007 Comment les riches détruisent la planète [2],  livre aussi bref que dense, liant les crises sociales et écologiques pour mieux illustrer l’échec du capitalisme. A grands renforts de chiffres, d’extraits de lecture et d’impressions de voyages et de reportages, il démontre mieux que nul autre l’impasse du système, incapable d’assurer à tous un juste développement comme de garantir la survie des générations futures. Devenu fou, le capitalisme court à sa perte, détruit les citoyens comme il dévore la biosphère, ne profitant qu’à quelques-uns, cette « oligarchie » qui « n’a plus aujourd’hui d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie ». Désastre ? Non : en digne représentant de la mouvance altermondialiste – courant de pensée trop vite enterré et qui revient au pas de charge à la faveur de la crise – , Hervé Kempf chante les alternatives, appelle au sursaut citoyen, veut croire à notre capacité à changer le monde. Et nous aussi.

L’espoir ? Il s’affine dans Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, paru il y a quelques jours [3].  S’il revient sur le champ de ruine laissé par le capitalisme, monde sans valeurs – sinon celles d’un individu se croyant tellement roi qu’il ne voit plus combien il est seul et sa vie sans intérêt – et sans avenir, s’il réduit à néant le mirage de la croissance verte – cautère sur une jambe de bois qui voudrait nous faire croire qu’on peut sauver le monde sans en bouleverser ses assises – , s’il affirme toujours combien l’urgence de la crise écologique ne nous laisse d’autre choix que de modifier profondément notre rapport à la consommation, Hervé Kempf ne cède ni au catastrophisme ni au pessimisme. Au contraire : il donne à voir combien les prochaines années, celles de la construction des alternatives, seront aussi exaltantes que dangereuses. Un immense enjeu.

« Est-il possible d’aller vers la sobriété sans passer par des secousses violentes ? Pouvons-nous éviter que les gouvernements capitalistes imposent une réponse autoritaire en tentant une ’relance’ aussi dommageable écologiquement qu’inutile ? Je ne sais pas. Face aux sombres perspectives, l’heure des hommes et des femmes de coeur, capables de faire luire les lumières de l’avenir, a sonné. »

Ces deux livres, chacun devrait s’y plonger tant ils sont implacables, efficaces, aussi synthétiques que faciles d’accès. Et puis aussi – tant qu’on y est – , lire cet entretien qu’Hervé Kempf nous a accordé, voici quelques semaines, dans un café de Nation. Hop :

Comment les riches détruisent la planète est sorti en janvier 2007. Avec clairvoyance, vous y annonciez en filigrane la crise à venir. Les faits vous ont donné raison…

Entre autres… Mais je voudrais d’abord revenir sur le mot crise. C’est un terme qui laisse à penser que nous devons passer un mauvais moment avant de retrouver l’équilibre dans le système actuel. Ce n’est pas le cas et il faut essayer de ne pas utiliser ce mot : ce que nous vivons n’est pas qu’une crise, mais la mutation de sortie du capitalisme. Ce n’est pas la crise financière de 1929, ni celle de 1987 ou de 1998, ni la bulle spéculative de 2000… ces comparaisons laissent penser qu’aujourd’hui aussi, le système, après avoir tangué, se rétablira presqu’inchangé. Mais il faut au contraire considérer la situation que nous vivons comme la manifestation Lire la suite