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Constitution pour l’économie : pas d’accord, par Daniel Dresse

En réponse aux prises de positions de Paul Jorion…

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(Paul Jorion)

Constitution pour l’économie : pas d’accord

Je voudrais aborder avec vous la question qui fâche, la seule où je me sens en état d’incompatibilité avec vous : le sens et l’utilité d’une constitution économique.

J’ai beau relire régulièrement les billets dans lesquels vous analysez les raisons qui vous ont amené à formuler tel projet, les débats pointus qu’ils ont déclenchés, et aussi la conclusion de votre dernier livre (ou avant-dernier puisque vous ne nous laissez pas le temps de souffler), je n’arrive pas à me ranger derrière vos arguments.

Vous remettez trop de choses en cause, lesquelles sont charnellement ancrées en moi de par l’éducation et l’instruction que j’ai reçue, de par la culture historique qui m’a pétri et les mythes qui m’ont fait rêver. En un mot, il y a des idées simples qui font partie de ma vie et auxquelles il m’est impossible de renoncer, cela d’autant plus qu’elles participent autant que les vôtres de l’ordre du rationnel.

Celle-ci par exemple : une constitution ne peut être fondée par elle-même, sans quoi elle devient un traité d’expert, ou d’oligarques, totalement coupée de la souveraineté du ou des peuples dont elle va désormais régir d’autorité l’existence (Demandez donc à Etienne Chouard, il vous expliquera cela très bien).

Quand vous parlez de Constitution Mondiale de l’Economie, je ne peux m’empêcher d’évoquer l’image, bien connue, d’une salle de réunion tristement éclairée, dans laquelle trois ou quatre personnes, après avoir longuement débattu entre eux –habilement il est vrai – demande au reste de l’assistance, qui n’a pas très bien tout compris, de voter rapidement (car le concierge menace de couper la lumière) sur une question absconse sortie comme par magie d’un chapeau.

Je ne peux m’empêcher aussi de penser – par analogie – à la procédure qui avait présidé à l’élaboration du Traité Constitutionnel Européen, où une sorte de « comité des sages » avaient décrété dans leur petit coin ce qui allait être bon pour nous tous, peuples européens, en ne nous laissant pour nous exprimer que le choix de dire oui ou non au fruit inextricable de leurs cogitations.

Connaissant le sens profond de votre démarche, je sais ce que vous pourriez me répondre : « Vous n’avez rien pigé, Ô rat d’hôtel velléitaire, vous vous placez dans le champ civilisé du politique, alors que moi, Jorion de la Vega, dit Zorro, je me hisse au niveau du champ économique, lequel n’a précisément pas été encore affecté par ce processus de civilisation ».

Le problème est que cette mystérieuse barrière, qui aurait cloisonné ces deux champs historiques de la civilisation, je ne la vois pas, de tout ce que je connais précisément de l’histoire.

Dans celle-ci je vois au contraire une lente et millénaire ascension du fait économique au sein du fait politique, avec un jeu de renvois dialectiques entre les deux. Par exemple, en 1789, le fait économique des difficultés financières du royaume, a permis le fait politique de la convocation des Etats Généraux, et le bouleversement de l’ordre social qui en a résulté, a ouvert l’espace à une nouvelle série de renvois dialectiques entre le politique et l’économique.

Un bouleversement considérable dans ce mécanisme – un véritable « basculement du monde » selon l’historien Michel Beaud – se serait alors produit il y a une vingtaine d’année, quand il est apparu clairement que l’ordre Lire la suite



Les Français peuvent renverser le pays
27 décembre 2008, 4 h 01 min
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marianne

par Xavier Zimbardo

« Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc (…) »
V. Hugo, « Booz endormi », La Légende des siècles

Dans le Figaro du 10 décembre : Le libéral Jean-Michel Fourgous a été sèchement repris quand il a proposé, après Bernard Accoyer, une « amnistie fiscale » pour rapatrier de l’étranger des capitaux. Résolument hostile à la suggestion de l’aile la plus libérale de sa majorité, Sarkozy a rétorqué : « Si j’étais assez dingue pour proposer à François Fillon une amnistie fiscale, on verrait ce qu’on verrait. Au nom du symbole, les Français peuvent renverser le pays. Regardez ce qui se passe en Grèce ». Utilisant la métaphore royaliste, il a conclu sur ce point : « Les Français adorent quand je suis avec Carla dans le carrosse mais en même temps ils ont guillotiné le roi. » (Source )

Sa langue a dû fourcher ou est-ce moi qui louche ? Notez bien qu’il ne s’agit pas ici de renverser le Gouverne-et-Ment, non. Ni de culbuter le Premier Minitriste, que non… Ni même notre Président tout mini, que nenni ! Carrément il a dit : « Renverser LE PAYS ! » Là, je me frotte les yeux trois fois et relis, incrédule. C’est bien ça qui est écrit… Renverser le gouvernement, ne dit-on pas normalement, croyais-je, fort candide ? Car « le pays » c’est quand même NOUS, le peuple, pauvres bougres de la France d’en bas que nous sommes, l’aurait-il oublié ? Alors va-t-il falloir renverser le peuple ? Cela ne vous rappelle-t-il pas un certain Bertold Brecht, cette histoire ? « J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ’trahi la confiance du régime’ et ’devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? [1] »

En fait, ces prétendus « grands hommes » sont persuadés d’incarner « la France ». Une « France éternelle » parfaitement artificielle, toute en esprit et qu’on ne voit jamais, à laquelle il faut des drapeaux et des médailles, des mitraillettes et des paillettes, des dorures et des déguisements, des subterfuges et autres fripes philosofriques, la Marseillaise et ses flonflons, au besoin le feu des canons pour lui donner l’assurance de la vie. En conséquence, « le pays », ce n’est pas Nous, les travailleurs, les créateurs, les producteurs, c’est Eux, et en l’occurrence, « le pays », la France éternelle qu’on nous conte dans les livres d’histoire (à dormir debout) c’est Lui, aujourd’hui, Tsar Kozy. Cette même France qu’on invoque à tout va, qu’on applaudit ou siffle dans les stades, qui perd ou qui gagne au foot et au tennis, qui irait de nos hypothétiques ancêtres les Gaulois à un trop réel M.I.N.I. (Ministère de l’Identité Nationale Introuvable) en passant par l’Algérie française vite hypothéquée et autres calembredaines, balivernes et carabistouilles. La mystification aimerait s’élever à la hauteur du mythe. Savante élucubration qui semble avoir la peau dure… Il arrive que le « mythe » dérape et percute la réalité. La crise révolutionnaire est précisément ce moment historique où les populations font subitement irruption sur la scène où se joue leur propre destinée et décident de la prendre en mains. Quand les Français se mettent à vouloir renverser « la France », l’équation ne tient à l’évidence plus debout, on se rend compte de l’absurdité d’une telle abstraction, on savoure son inconsistance. La France fantasmée redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une fiction qui n’a d’autre force que la foi qu’on veut bien lui accorder. Un proverbe japonais l’exprime avec causticité : « On peut adorer même une tête de sardine, le tout est de croire » [2]. Lorsque le voile de l’illusion se déchire, le mensonge apparaît pour ce qu’il était : un songe creux, et dangereux. D’où l’importance de maintenir les apparences hautaines de la fonction. Drapé dans des coutumes et un costume régaliens, le « Président » ne peut pas dire et faire n’importe quoi au risque de désacraliser la fonction et de vider l’abstraction « France » de sa substance. Quand le Président Sarkozy insulte vulgairement un citoyen qui refuse de lui serrer la main, il redevient ce qu’il est assurément : Monsieur Tout le Monde, un petit homme parmi les autres, et la France n’est soudain plus qu’un miroir aux alouettes, un conte pour enfants qui finit mal… Le décorum fantasmagorique se casse la fiole, la parure mystificatrice apparaît bien mitée et miteuse, et l’on s’écrit ému : « Le roi est nu ! ».

Not’ Prince ne craint pas de poursuivre à sa manière visionnaire. Depuis le carrosse où il se pavane, il redoute que sa balade bravache ne s’achève sur un échafaud. « Ces gueux nous aiment fort en carrosse, bougonne-t-il, néanmoins ils ont déjà su mettre la tête d’un roi au bout d’une pique ». Mais les Français jadis n’ont pas guillotiné un roi, il faut sortir de ce mensonge. Ils ont guillotiné Capet, nuance qui fait toute la différence entre un pseudo-représentant de Dieu sur Terre et un criminel fuyant à l’étranger pour trahir ses concitoyens, qui ne mérite pas Lire la suite



Les acides gras TRANS et la santé.
23 décembre 2008, 20 h 41 min
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Après les fêtes de fin d’année, et leur lot d’excès gastronomiques, les bonnes résolutions que nous n’avons pas manquer de prendre pour 2008 se mettent en place.
Je vous propose d’en ajouter une qui devrait se révéler très bonne pour votre santé, en tout cas selon les études qui ont été menées et les recommandations qui sont faites par les organismes de santé publique.

Bannir de notre alimentation, autant que possible, une classe d’acides gras, appelée, dans le jargon scientifique, « TRANS ».

Ces acides gras « trans », qui sont peu présents naturellement dans l’alimentation, sont le résultat de l’hydrogénation des acides gras polyinsaturés par l’industrie agroalimentaire, dont l’objectif est à la fois de désodoriser les huiles, et de les rendre plus solides, en augmentant leur température de fusion. Ainsi, ces huiles rancissent moins vite et apportent un moelleux incomparable aux aliments dans lesquels elles sont ajoutées.

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Meilleure conservation, goût plus subtil, texture plus agréable, tout serait parfait dans le meilleur des mondes industriels si les acides gras « trans » n’étaient pas nocifs pour la santé.
En effet, selon l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments et de nombreuses études menées aux Etats-Unis, ces matières grasses seraient responsables à la fois d’une augmentation du taux de mauvais cholestérol Lire la suite



Le protectionnisme et le contrôle des changes conduisent-ils à la guerre?

Par Jacques Sapir

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sapir@msh-paris.fr

Leçons des années 1930 pour comprendre la crise actuelle.

L’ampleur de l’actuelle crise économique et financière n’a d’égale que celle de 1929. Elle affecte l’ensemble du système financier et monétaire international, qui a du faire face entre le 15 septembre 2008 et le début du mois de novembre à une crise des liquidités internationales sans précédant. L’ensemble des systèmes bancaires et financier est touché. Les effets sur les économies nationales se dévoilent aujourd’hui dans toute leur importance.

Si, au contraire de la crise de 1997-1999 les grands pays « émergents » (ceux que l’on appelle les BRIC, soit le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) resteront capables de performances économiques acceptables (environ 3,5% de croissance en Russie et sans doute 7-8% en Chine), les pays développés sont entrés en récession.

Celle-ci s’annonce particulièrement sévère aux Etats-Unis où le PIB devrait se contracter de -2% à -3% durant 2009 et peut-être une partie de 2010. Les économies européennes seront elles aussi touchées, mais avec des différences significatives. Si la Grande-Bretagne et l’Espagne, qui avaient imité le « modèle américain » d’une économie très ouverte et financiarisée vont elles aussi connaître une récession très sérieuse, avec un recul du PIB certainement supérieur à 2%, la France et l’Italie devraient subir un choc de moindre ampleur. Notons cependant qu’il faut s’attendre à une contraction du PIB proche de 1% pendant la plus grande partie de 2009.

Quant à l’Allemagne, son modèle « neo-mercantiliste », fondé sur une contraction de la demande intérieure et la délocalisation des chaînes de sous-traitance dans les économies à faibles coûts du travail des « nouveaux entrants » de l’UE lui avait assuré jusqu’à présent de bonnes performances en matière de balance commerciale. Mais, on avait tendance à oublier que ce succès s’était payé au prix d’une montée du chômage et d’une baisse de l’investissement. La crise va affecter durablement aussi ce modèle et aura des conséquences importantes outre-Rhin.

La crise aura aussi des conséquences importantes dans les économies qui sont à la périphérie des grandes économies développées touchées par la crise. La récession a déjà transformé les Pays baltes, imprudemment désignés par certains comme les « petits dragons de la Baltique » en pays ne devant leur salut que dans les prêts du FMI. L’effondrement Islandais, un pays qui avait appris par cœur la leçon du néo-libéralisme et avait joué à fond la carte de la financiarisation de son économie, est bien connu. Quant à l’Irlande, que l’on donnait en modèle de la réussite d’un pays européen combinant les réformes structurelles si chères au cœur des néo-libéraux avec une totale ouverture aux marchandises et aux capitaux en oubliant un peu vite l’ampleur des aides européennes reçues, elle était déjà cet été dans une récession de -1,5% du PIB.

Plus dramatique encore est le cas de certains pays du Maghreb ou de l’Amérique Latine. La violence de la contraction de l’activité en Espagne a pour conséquence une explosion du chômage qui touche en premier lieu les immigrés les plus récents. Les effets s’en font sentir au Maroc, mais aussi en Équateur. Le Mexique, dont la croissance était tirée par la consommation américaine va lourdement pâtir de la crise qui s’installe au nord du Rio Grande, sans oublier le fait que ses exportations souffraient déjà de la concurrence asiatique, et Chinoise en particulier.

La crise est bien mondiale.

1.  Une crise de la globalisation.

Cette crise trouve ses origines dans les déséquilibres de fond entre production et consommation qui se sont mis en place à la suite du précédent choc, celui de 1997-1999. Ces déséquilibres sont dans une très large mesure le produit de la libéralisation financière et commerciale, entamée dans les années 1980, et qui a connu son paroxysme dans les années 1990.

1.1. Les conséquences de la crise financière de 1997-1999.

La crise de 1997-1999 a marqué un changement de régime dans l’ordre financier international[2]. La libéralisation de la finance internationale avait fragilisé les systèmes bancaires, conduisant à une instabilité financière de forte amplitude[3]. Sous l’impulsion des Etats-Unis et du FMI[4], de nombreux pays – sauf la Chine – ont du adopter une convertibilité totale de leur monnaie, incluant le compte de capital. Or, une telle convertibilité totale, si elle favorise à l’évidence le développement des services financiers transnationaux, n’a que peu d’intérêt du point de vue du développement réel des pays considérés[5]. Elle accentue en réalité la dichotomie entre la logique financière et la logique du secteur réel des économies.

La crise de 1997-1999 est dans une très large mesure le résultat de la situation créée par la libéralisation financière. Elle a conduit de nombreux pays asiatiques qui avaient été les premières victimes de cette crise, à vouloir se doter de réserves en devises excessives pour se prémunir contre cette instabilité.

La Chine a adopté une politique similaire moins en raison de l’impact immédiat de la crise – la convertibilité limitée du Yuan l’en avait protégé – que parce qu’elle avait du éponger par un déficit commercial accepté vis-à-vis de ses voisins immédiats les conséquences de cette crises. La Chine avait été en 1997-1999 le grand stabilisateur de l’économie asiatique face à l’incurie du FMI qui s’était révélé incapable de gérer cette crise, et face à la pression des Etats-Unis qui avaient empêché la constitution du « Fonds Monétaire Asiatique » que le gouvernement japonais souhaitait mettre en place (avec l’accord implicite de la Chine).

Cette politique fut un succès et les réserves de change accumulées par la Chine et ses voisins immédiats se sont accrues de manière considérable. Cette politique a eu cependant un coût interne non négligeable, qui aurait pu être évité si l’on avait eu un système financier international plus efficace et moins instable[6]. La croissance des pays qui ont eu recours à cette stratégie aurait pu être mieux équilibrée, tant sur le plan social qu’écologique.

Tableau 1 :

Réserves de change au 31 août 2008

Montant en milliards de Dollars

République Populaire de Chine

1884

Hong Kong (*)

158

Taiwan

282

Corée du Sud

240

Singapour

170

Total pays émergents d’Extrême-Orient

2734

Japon

972

Total Extrême-Orient

3706

Inde

286

Brésil

206

Russie

581

Total BRIC

2957

Total Eurozone

555

* Hong Kong est ici comptabilisé séparément de la RPC. Source : FMI.

1.2. La « Déflation salariale » et la responsabilité du Libre-Échange

Mais, il y a eu aussi un coût pour l’ensemble du système qui a directement conduit à la crise actuelle. Pour accumuler les devises dans les quantités voulues, ces pays ont été poussés à développer des politiques prédatrices sur le commerce international. Celles-ci ont été mises en oeuvre par des dévaluations très fortes mais aussi des politiques de déflation compétitive limitant drastiquement la consommation intérieure.

Ces politiques ont eu un effet très puissant en raison du cadre de libre-échange généralisé mis en place par l’OMC. Celui-ci a induit un puissant effet de déflation salariale dans les pays développés. On voit dans la totalité des Lire la suite



La maison à 15 €uros/jour
23 décembre 2008, 3 h 34 min
Filed under: Humour

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Les marchés craignent un effondrement du dollar et de la livre
22 décembre 2008, 12 h 44 min
Filed under: économie | Étiquettes: , ,

Après avoir dévasté les marchés de crédit puis les places boursières, après avoir envoyé au tapis de petites monnaies, comme la couronne islandaise ou le forint hongrois, la crise des subprimes frappe aujourd’hui les grandes devises internationales. Le dollar et la livre sterling plongent, tandis que l’euro et le yen s’envolent.

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Au lendemain de la baisse sans précédent, mardi 16 décembre, des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (Fed), ramenés à 0 %, le billet vert a connu la chute la plus violente de son histoire face à l’euro et il est tombé à son niveau le plus bas depuis treize ans face au yen. La livre sterling, elle, décroche, se rapprochant de la parité face à l’euro. Vendredi matin, l’euro cotait 1,43 dollar, contre 1,25 dollar il y a à peine un mois. La livre sterling valait 1,06 euro contre 1,30 euro début octobre.

Le billet vert avait longtemps résisté, de façon un peu surprenante, à la crise des subprimes. En dépit de la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, le dollar avait même gagné du terrain face à l’euro. Mais cette progression avait une explication mécanique. L’aggravation de la crise financière avait conduit les grands Lire la suite



Emmanuel Todd : « l’instabilité sociale va s’aggraver »
22 décembre 2008, 12 h 32 min
Filed under: économie, Culture, europe, histoire, politique, Sociologie | Étiquettes: , , , ,

« En France, le libre-échange ne profite plus, depuis une dizaine d’années, qu’à une toute petite fraction de la population. L’appauvrissement a gagné une large majorité de citoyens. Or, le système éducatif produit 33 % de bacheliers par an dans une génération. Est en train de se créer une vaste classe moyenne supérieure par l’éducation mais avec des revenus en pleine érosion. Ce sont les jeunes diplômés sacrifiés par le système économique. Cette situation ne peut mener qu’à des troubles sociaux et politiques. »

Frank De Bondt s’entretient avec Emmanuel Todd pour Sud-Ouest, 14 décembre 2008

Dans quel état l’Europe sortira-t-elle d’une crise économique dont chacun pense qu’elle s’aggravera en 2009 ?

Devant la possibilité d’un effondrement des échanges mondiaux, la situation de l’Europe est moins catastrophique que celle des États-Unis ou de la Chine, parce que son commerce extérieur reste relativement équilibré, grâce notamment à la puissance exportatrice de l’Allemagne. À l’inverse, l’économie américaine est massivement déficitaire. Si les échanges s’arrêtaient, le niveau de vie américain chuterait de 20 %. Quant à la Chine, elle ferait un grand bond en arrière. L’Europe est redevenue, depuis l’implosion de l’industrie américaine, le centre de gravité industriel et technologique de la planète. En raison des forces productives dont elle dispose.

L’Europe aurait donc moins besoin d’être protégée que les États-Unis ?

Ce n’est pas ce que je veux dire. Si on pense à l’effet du libre-échange sur les divers pays, il est clair que la première grande victime a été l’économie américaine, qui subit le choc de la concurrence européenne, japonaise et maintenant chinoise. L’industrie européenne n’a pas été détruite, mais le libre-échange a mis la pression sur les salaires, provoqué des délocalisations et tiré le niveau de vie vers le bas. Toutefois, l’Europe est à un stade de Lire la suite