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16 avril 2009 — William S. Lind nous est connu. Il fait partie d’un groupe de stratèges essentiellement US dont le réformisme radical conduirait plutôt, pour une définition, au mot de “révolutionnaire”. C’est un des paradoxes où conduit le contexte actuel de crise du système, qui conjugue lui-même le paradoxe central d’être une crise systémique fondamentale caractérisée par la paralysie et l’enfermement; paradoxe complet puisqu’une crise, qui devrait donner le mouvement très rapide et désordonné jusqu’au mouvement du désordre complet qu’est l’hystérie, est ici définie par son exact contraire: l’immobilisme jusqu’à la paralysie. Fort logiquement, William Lind est conduit à être un “réformiste révolutionnaire”, – une expression qui est presque un oxymore de type politique, – dont l’enseignement n’a aucune chance d’être entendu bien qu’il soit notablement écouté.

Dans un article (ce 15 avril 2009, sur Defense & the National Interest, ce 16 avril 2009 sur Antiwar.com), qui est le 300ème d’une série de commentaires qu’il a baptisée “On War”, Lind fait une sorte de bilan en s’essayant à une sorte de prospective.
Il nous parle donc des générations successives de la guerre, jusqu’à sa fameuse “guerre de 4ème génération” (G4G). La définition de la G4G est en constante évolution et devrait finalement s’avérer, à notre sens, comme le type de guerre caractérisant la crise systémique en cours, ou crise de notre civilisation; c’est-à-dire, la “guerre” (guillemets ô combien nécessaires) caractérisant la résistance des situations et des dynamiques structurantes contre l’action des forces déstructurantes, qui est la marque de l’activisme prédateur du système. Dans ce cadre, l’enjeu est la légitimité et non la “victoire”, – un de ces termes militaires qui, avec l’autre terme militaire de “défaite”, est en train de se vider totalement de sa substance, – ou mieux encore, ou pire c’est selon, un terme qui est d’ores et déjà totalement vidé de sa substance avec une crise qui interdit désormais de raisonner en termes de conquête, de compétitions et d’affrontements identifiés.
(On pourrait dire que si tel ou tel dirigeant, – Obama pour ne pas le nommer puisque cette référence est actuellement à l’esprit de tous, après d’autres et peut-être avant une autre, – se révoltait d’une façon ou l’autre contre le système, s’il tentait de devenir un “American Gorbatchev” pour suivre notre suggestion, il s’agirait selon notre interprétation d’une phase caractéristique de la G4G. On comprend bien les enjeux: cela n’impliquerait nullement une “victoire”, – Gorbatchev a échoué par rapport à ce qu’il voulait réaliser; peu nous importerait “victoire” ou “défaite” de l’homme, de ses idées, de ses conceptions, etc.; il nous importe seulement de savoir si son acte, voulu ou pas, volontaire ou non qu’importe, participerait ou non, d’une manière importante, voire décisive, à la poussée décisive vers la déstabilisation et la déstructuration du système. Dans ce cas, l’homme aurait, par inadvertance, contribué à une dynamique qui lui est vastement supérieur. C’est ce qu’il faut attendre et espérer d’Obama, et nullement qu’il “sauve” le système, – avec FDR, on a déjà donné, et l’on voit le résultat…)
Quelle est la perspective de Lind? Pour lui, l’establishment US, qui est au cœur de la crise, sinon le cœur même de la crise par sa position de serviteur privilégié du système, n’a aucune chance ni aucune volonté de changer. L’observation de Lind emprunte aux termes militaires qu’il affectionne, mais nous croyons qu’il ne faut les (Lire la suite…)
Classé dans : géostratégie | Mots-clefs: géostratégie, idéologie, influence, politique, ue, usa
Alors que l’Albanie et la Croatie ont adhéré à l’OTAN le 1er avril 2009 et que l’Alliance célèbrera son soixantenaire à Kehl, les 3 et 4 avril, le Réseau Voltaire a demandé au professeur Daniele Ganser son appréciation de cette organisation. Pour ce spécialiste mondialement reconnu de l’histoire de l’OTAN, l’Alliance n’a plus de vocation défensive depuis la fin de l’URSS et se résume désormais à la suzeraineté états-unienne sur l’Europe.

Présentation du Professeur Ganser :
Historien suisse spécialisé dans l’histoire contemporaine et les relations internationales depuis 1945, Daniele Ganser enseigne à l’université de Bâle. Il est l’auteur de l’ouvrage de référence sur les réseaux Stay-Behind, Les Armées secrètes de l’OTAN, disponible en de nombreuses langues dont le français. Ses travaux actuels portent sur la prétendue « guerre contre la terreur » et le pic pétrolier. Il a été nvité à maintes reprises par le Parlement et la télévision nationale suisses pour partager son expertise en matière de politiques étrangère et de sécurité.Question : Professeur Ganser, la France vient de réintégrer officiellement le commandement militaire de l’OTAN après plus de 40 ans d’absence. Charles de Gaulle avait pris la décision de retirer son pays de l’organisation en mars 1966 au début de la Guerre froide. Le général avait du reste protesté non pas contre l’OTAN, mais contre la domination des États-Unis en son sein, c’est à dire qu’il ne voulait pas mettre les forces armées françaises sous la direction d’un général US.
Comment analysez-vous ce retour de la France dans l’OTAN et que se cache-t-il derrière, car l’OTAN est toujours un instrument de la domination militaire états-unienne ?
Daniel Ganser : Pour moi, c’est un signe que la France, ou au moins le président Sarkozy et la majorité du parlement français, ont accepté la domination des États-Unis dans les affaires du monde et de l’OTAN en particulier. Je ne saurais me prononcer à propos de la population française, si elle apprécie cette position dominante des États-Unis, ou si elle est prête à accepter une telle position de subordination, mais je sais que la population Suisse n’accepterait pas cela [1].
Cela me fait penser à la bande dessinée d’Astérix et Obélix. Pour suivre cette métaphore, M. Sarkozy a maintenant (Lire la suite…)
Poussée jusqu’à sa conclusion, la logique de mise en concurrence des salaires délocalisables – c’est à dire pour le moment ceux de l’industrie, mais également de plus en plus une partie des emplois de service – est absurde et intenable. Intenable, parce que la disparition progressive de la production industrielle se traduit forcément par l’importation des biens qui ne sont plus fabriqués. En dehors du cas – peu probable, convenons-en – d’une livraison à titre gracieux, la question devient alors : comment financer ces importations ? Pour y parvenir, cela nécessiterait un accroissement du volume et des prix des services exportés à un niveau qui semble parfaitement irréalisable. Absurde, parce que ce « modèle » économique aurait pour résultat à terme de n’offrir au plus grand nombre que des emplois de services sous-qualifiés et sous-payés, alors même que l’exigence de qualification croît sans cesse. Voilà résumé en quelques mots l’argument que développe ici l’économiste Dean Baker, co-directeur du Center for Economic and Policy Research. Pourrions-nous nous inspirer de cette analyse et en tirer la conclusion qu’il faille redévelopper la production industrielle ? Mais, direz-vous sans doute, quid de la pression internationale ? A partir du moment où la concurrence au moins disant salarial s’est installée comme règle communément admise, nulle nation ne peut s’en affranchir, sauf à risquer de voir rapidement son niveau de prix compromettre la compétitivité de ses produits. C’est bien le coeur du problème. Le jour où la « création de valeur » s’est substituée à la création de richesse s’est enclenchée une mécanique infernale dont nous subissons les désastreuses conséquences. Au sein d’une société, la redistribution des richesses produites s’effectue de deux façons. A travers l’échange marchand, bien sûr, mais aussi et de façon moins comprise, à travers des mécanismes redistributifs internes aux organisations. Un exemple évident de cette fonction redistributrice est – était ? – donné par les services publics, dont les mécanismes de péréquation assuraient à tous l’accès à des services pour un prix souvent inférieur au coût unitaire réel de la prestation. Mais le même type de répartition interne aux organisations existait aussi dans les entreprises privées. Par exemple, l’agent de service à la cantine de Renault pouvait bénéficier d’un salaire décent en raison des bénéfices réalisés sur l’ensemble de l’activité. Avec l’instauration du règne de l’actionnaire, cette logique de solidarité collective des organisations a volé en éclat. La recherche à tout prix de la maximisation de la valeur ajoutée a entraîné une décomposition des coûts et une segmentation en centres de profits, avec pour conséquence immédiate l’externalisation dans un premier temps, puis de plus en plus, la délocalisation des activités les moins rentables. Résultat ? Un appauvrissement des sociétés. Prenons l’exemple des services publics. La concurrence sur les secteurs les plus rentables casse le mécanisme redistributif et contraint les « opérateurs historiques » à abandonner les activités insuffisamment rentables, à défaut d’une subvention de l’Etat. Dans le privé, le résultat est le même. Au lieu de la redistribution implicite intérieure à l’entreprise, on a désormais une captation de la part du lion de la valeur ajoutée par l’actionnariat mondialisé, et un appauvrissement relatif des salariés de l’entreprise et de la sous traitance. Aux uns la substantifique moelle, aux autres les miettes, avec pour résultat agrégé un appauvrissement de la société, le capital étant « stocké » dans des actifs inflatés. Avant que les recettes keynesiennes ne fassent un retour en force sur le devant de la scène pour cause de catastrophe mondiale, les économistes – et très récemment encore le gouvernement, pour refuser la relance par la demande – les déclaraient mortes, en raison des « fuites ». Augmenter les salaires n’aurait servi à rien, disaient-ils, sauf à enrichir les pays exportateurs. Mais qu’est donc que le mécanisme que nous venons de décrire si ce n’est une forme de fuite, justement ? Fuite vers l’actionnariat, au détriment de la richesse produite et partagée par une nation, en raison du chantage perpétuel au désinvestissement – au retrait des capitaux – auxquels nous avons accepté de nous soumettre. Ce capital délocalisé, libre de nuire et d’exercer son incessante pression, a appauvri les sociétés. C’est bien là que l’on a assisté à un « toujours plus » véritablement odieux, et bien peu dénoncé par les émules de De Closet, soit dit en passant. Ce qui était hier impossible, sortir en cavalier seul de ce jeu délétère, pour cause de sanction immédiate des marchés, le deviendra-t-il aujourd’hui ? En raison de son poids dans l’économie mondiale, l’Europe aurait été en mesure d’instituer ses propres règles et de protéger ses citoyens. Las, les traités fondateurs ont incorporé les tables de la loi du Consensus de Washington, et leur très sourcilleuse gardienne, la commissaire à la concurrence Neelie Kroes veille au respect du dogme. Pourtant, l’ampleur des bouleversements et des remises en cause auxquels nous assistons permet d’espérer. Encore faut-il dégager une voie alternative. C’est ce à quoi nous tentons de contribuer.

Par Dean Baker, Dissent Magazine, 11 mars 2009
J’ai souvent pensé que les économistes devraient être tenus d’avoir une meilleure familiarité avec la simple arithmétique. Cela leur permettrait d’éviter de proférer de nombreuses bêtises qui passent pour du bon sens, telle par exemple l’idée que les États-Unis ne seront plus un pays d’industries dans le futur.
Ceux qui pratiquent l’arithmétique peuvent rapidement déceler l’absurdité de cette affirmation, qui implique bien évidemment que les États-Unis importeraient la quasi-totalité des produits manufacturés. Le problème est que, à moins de trouver des pays qui acceptent de nous livrer gratuitement leurs biens manufacturés, nous devons trouver quelque mécanisme permettant de régler nos importations.
Les partisans de la thèse de la fin de l’industrie affirment que nous y parviendrons grâce à l’exportation de services. C’est là que le calcul devient fort utile. Le volume des échanges de (Lire la suite…)
Classé dans : Culture, Environnement, Libertés, consumérisme, politique, économie | Mots-clefs: économie, consumérisme, crise, democratie, ecologie, histoire, idéologie, politique
Ce sont deux livres en forme de constats sans appel, certitude que notre monde est mort et qu’il s’agit d’en construire un nouveau. Deux ouvrages analysant les contradictions sociales et écologiques d’un capitalisme qui, à force d’invoquer la croissance et la consommation, sombre et disparaît. Avec « Comment les riches détruisent la planète » et « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », Hervé Kempf signe la plus belles des épitaphes à un système moribond. Il en parle ici.
Al Capone, cité par Hervé Kempf.
[1]
Prophète des temps modernes, il écrivait fin 2006 :
“Résumons. Nous sommes entrés dans un état de crise écologique durable et planétaire. Elle devrait se traduire par un ébranlement prochain du système économique mondial. Les amorces possibles pourraient s’allumer dans l’économie arrivant à saturation et se heurtant aux limites de la biosphère :
- Un arrêt de la croissance de l’économie américaine, minée par ses trois déficits géants – de la balance commerciale, du budget, de l’endettement interne. Comme un toxicomane qui ne tient debout qu’à doses répétées, les Etats-Unis, drogués de surconsommation, titubent avant l’affaissement ;
- Un fort freinage de la croissance chinoise – sachant qu’il est impossible qu’elle tienne très durablement à un rythme de croissance annuel très élevé.”
Touché-coulé. Mais si ce n’était que cela, sentir venir le froid de la crise et savoir l’annoncer au détour de quelques pages… Hervé Kempf ne serait qu’un analyste de plus, heureusement tombé juste quand tous se plantaient. Intérêt limité.
L’ambition de l’auteur est heureusement beaucoup plus large. En deux ouvrages incroyablement percutants, viatiques publiés à deux années de différence, l’homme se paye le luxe d’étendre le capitalisme pour le compte, KO debout et laissé pour mort dans un coin du ring. Rien de moins.

Reprenons. L’auteur est spécialiste des questions environnementales, infatigable contempteur des errements environnementaux de notre société depuis la catastrophe de Tchernobyl. Journaliste au Monde et tenancier du site Reporterre, il a publié en janvier 2007 Comment les riches détruisent la planète [2], livre aussi bref que dense, liant les crises sociales et écologiques pour mieux illustrer l’échec du capitalisme. A grands renforts de chiffres, d’extraits de lecture et d’impressions de voyages et de reportages, il démontre mieux que nul autre l’impasse du système, incapable d’assurer à tous un juste développement comme de garantir la survie des générations futures. Devenu fou, le capitalisme court à sa perte, détruit les citoyens comme il dévore la biosphère, ne profitant qu’à quelques-uns, cette « oligarchie » qui « n’a plus aujourd’hui d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie ». Désastre ? Non : en digne représentant de la mouvance altermondialiste – courant de pensée trop vite enterré et qui revient au pas de charge à la faveur de la crise – , Hervé Kempf chante les alternatives, appelle au sursaut citoyen, veut croire à notre capacité à changer le monde. Et nous aussi.

L’espoir ? Il s’affine dans Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, paru il y a quelques jours [3]. S’il revient sur le champ de ruine laissé par le capitalisme, monde sans valeurs – sinon celles d’un individu se croyant tellement roi qu’il ne voit plus combien il est seul et sa vie sans intérêt – et sans avenir, s’il réduit à néant le mirage de la croissance verte – cautère sur une jambe de bois qui voudrait nous faire croire qu’on peut sauver le monde sans en bouleverser ses assises – , s’il affirme toujours combien l’urgence de la crise écologique ne nous laisse d’autre choix que de modifier profondément notre rapport à la consommation, Hervé Kempf ne cède ni au catastrophisme ni au pessimisme. Au contraire : il donne à voir combien les prochaines années, celles de la construction des alternatives, seront aussi exaltantes que dangereuses. Un immense enjeu.
« Est-il possible d’aller vers la sobriété sans passer par des secousses violentes ? Pouvons-nous éviter que les gouvernements capitalistes imposent une réponse autoritaire en tentant une ’relance’ aussi dommageable écologiquement qu’inutile ? Je ne sais pas. Face aux sombres perspectives, l’heure des hommes et des femmes de coeur, capables de faire luire les lumières de l’avenir, a sonné. »
Ces deux livres, chacun devrait s’y plonger tant ils sont implacables, efficaces, aussi synthétiques que faciles d’accès. Et puis aussi – tant qu’on y est – , lire cet entretien qu’Hervé Kempf nous a accordé, voici quelques semaines, dans un café de Nation. Hop :
Comment les riches détruisent la planète est sorti en janvier 2007. Avec clairvoyance, vous y annonciez en filigrane la crise à venir. Les faits vous ont donné raison…
Entre autres… Mais je voudrais d’abord revenir sur le mot crise. C’est un terme qui laisse à penser que nous devons passer un mauvais moment avant de retrouver l’équilibre dans le système actuel. Ce n’est pas le cas et il faut essayer de ne pas utiliser ce mot : ce que nous vivons n’est pas qu’une crise, mais la mutation de sortie du capitalisme. Ce n’est pas la crise financière de 1929, ni celle de 1987 ou de 1998, ni la bulle spéculative de 2000… ces comparaisons laissent penser qu’aujourd’hui aussi, le système, après avoir tangué, se rétablira presqu’inchangé. Mais il faut au contraire considérer la situation que nous vivons comme la manifestation (Lire la suite…)
Classé dans : géostratégie, politique | Mots-clefs: anti-sémitisme, diplomatie, ehud olmert, guerre, idéologie, israel, paix, palestine, sionisme, syrie, usa
Il est difficile de suspecter le Premier ministre démissionnaire israélien Ehud Olmert et le chroniqueur du New York Times Roger Cohen d’anti-sionisme, voire d’antisémitisme, – puisqu’il s’agit des “jugements” favoris à l’encontre de ceux qui émettent quelques doutes sur le bon sens et la raison de la politique israélienne telle qu’elle est suivie, dans sa version maximaliste, depuis quelques années. De plus, ils sont aux premières loges pour cet exercice d’appréciation, notamment Ehud Olmert, actuel PM israélien démissionnaire.
On lira avec le plus grand intérêt deux textes qui viennent d’être publiés, qui sont de ces deux personnalités citées.
• Le premier est une interview d’Ehud Olmert, de fin septembre, au journal Yedith Aronoth, reprise par le New York Review of Books daté du 4 décembre. Le titre de NYRB est, présenté sous la signature de Olmert: «The Time Has Come to Say These Things.»
• L’autre est une chronique de Roger Cohen, dans le New York Times du 1er décembre, sous le titre, adressé à Hillary Clinton: «Try Tough Love, Hillary», – “Essaie l’amour vache, Hillary”; cet “amour” est bien celui que la nouvelle secrétaire d’Etat prétend porter à Israël. Cohen s’appuie essentiellement sur l’interview d’Olmert pour conseiller aux USA d’adopter une politique responsable vis-à-vis d’Israël, autre chose que ce soutien aveugle, inconditionnel, irresponsable, aux tendances israéliennes les plus extrémistes; ce qui s’avère en (Lire la suite…)
Classé dans : Infostratégie, politique | Mots-clefs: idéologie, information, language, pouvoir, propagande, usage
Colloque : Le discours du nationalisme en Europe, Mulhouse 27 et 28 Novembre 2008
Information, pouvoir et usage : l’infostratégie
Résumé :
La propagande, sous sa forme « moderne » est à peu près contemporaine de la première guerre mondiale, au moins par l’utilisation systématique de techniques qui se veulent scientifiques et par la mobilisation des mass media. Mais la contre-offensive – le décryptage et la dénonciation – commence dans les décennies qui suivent. Elle est menée par des chercheurs : leur ambition est d’en protéger les citoyens en leur en révélant les ressorts.
Le système de la propagande semble alors se résumer en quelques listes – règles, ressorts psychologiques ou figures du discours – comme le furent leurs ancêtres, les tropes de la rhétorique. Faut-il en déduire que la propagande obéit à des règles fonctionnelles universelles ? et que le contenu (le discours, l’idéologie que veut faire partager propagandiste) ne fait que se glisser dans une « forme » préexistante parce qu’efficace ? L’exposé suggérera au contraire que le choix du vecteur et de la méthode de propagande reflète un système de valeurs et une vision de l’histoire. Au stade de la conquête des esprits ou au moment de leur contrôle et de leur formatage (en particulier via l’imposition d’une langue spécifique, une fois conquis le pouvoir), la propagande fonctionne comme un tout.
Le contenu idéologique implique des voies et moyens licites pour faire partager l’Idée. Parallèlement, les modes de transmission disponibles déterminent ce qui est dicible et montrable pour répandre l’Idée. Une médiologie de la propagande devrait rendre autant justice aux modalités du faire croire qu’au contenu des croyances en expansion.
En guise de captatio benevolentiæ, j’implorerai votre indulgence par l’aveu de mon ignorance du sens exact de nationalisme, terme dont l’usage contemporain est surtout péjoratif. Pour ne donner qu’un exemple Milosevic (dont le parti se nommait pourtant « Parti socialiste serbe » et qui faisait partie de l’Internationale) est toujours été stigmatisé comme « nationaliste serbe », ce qui donne une idée de la gravité de la chose.
Le nationalisme serait, semble-t-il, un objet de croyance, une doctrine orientée soit par une revendication nationale (le projet de former ou d’élargir une nation, de la doter d’un État) soit par la référence à l’intérêt national idéalisé comme critère suprême.
Le Nous du nationalisme serait par conséquent un Nous hypertrophié, prédominant (par comparaison avec le Nous du patriotisme qui, lui, traduirait un attachement relatif, raisonnable, voire noble à son pays). La nation du nationalisme serait donc une communauté réduite aux excès : trop importante, survalorisée, trop identitaire, trop fermée à « l’autre ». Tel est du moins le discours dominant sur le sujet
La distinction nationalisme/ patriotisme, n’est pas sans en évoquer une autre qui n’est ni moins délicate, ni moins récurrente : celle qui sépare la pornographie de l’érotisme.
Comme la pornographie, le nationalisme – toujours suivant la doxa – pécherait par :
-goût de l’exhibition, de l’obscène au sens étymologique – ce qui est au devant de la scène et l’occupe de façon trop visible – car le nationalisme étale son identité nationale, il en est obsédé. Du reste, il aime les spectacles, défilés, cérémonies où l’on redit l’attachement à ce Nous mythifié.
- tendance à l’obsession : comme le sexuel pur prédomine dans la pornographie, le nationalisme dur ne « penserait qu’à ça » ; il jugerait de tout dans ce rapport à la Nation.
- archaïsme : de même que le porno serait le reflet d’un rapport homme/ femme dépassé par la libération de la seconde, le nationalisme serait un héritage du passé condamné par la mondialisation ;
- réduction : de même que le X est accusée de négliger l’amour ou les sentiments individuels en ramenant tout au physiologique, le nationalisme ramènerait tout choix politique à la question nationale, ignorant, par exemple la place de l’Universel ; il naturaliserait la fonction politique, envisagée comme seule relation de l’individu avec sa communauté d’appartenance à l’exclusion de tout autre choix (ou de tout autre déterminant comme la classe).
- violence : de même que le discours féministes voit dans la pornographie une domination symbolique du corps de la femme, donc une violence envers ses droits, de même tout nationalisme est suspect d’agressivité, et décrit comme porteur d’un projet latent d’oppression des autres nations.
Mais la comparaison avec la pornographie nous fournit une piste supplémentaire. Pour qu’il y ait pornographie, il faut qu’il y ait une prostituée (porné) ou une activité digne d’une prostituée, plus un « graphein », une écriture, un dispositif matériel de représentation de l’acte sexuel qui lui permet de toucher et (Lire la suite…)
Classé dans : Infostratégie, histoire | Mots-clefs: idéologie, Infostratégie, média, rhétorique
Colloque : Le discours du nationalisme en Europe, Mulhouse 27 et 28 Novembre 2008
Information, pouvoir et usage : l’infostratégie
Résumé :
La propagande, sous sa forme « moderne » est à peu près contemporaine de la première guerre mondiale, au moins par l’utilisation systématique de techniques qui se veulent scientifiques et par la mobilisation des mass media. Mais la contre-offensive – le décryptage et la dénonciation – commence dans les décennies qui suivent. Elle est menée par des chercheurs : leur ambition est d’en protéger les citoyens en leur en révélant les ressorts.
Le système de la propagande semble alors se résumer en quelques listes – règles, ressorts psychologiques ou figures du discours – comme le furent leurs ancêtres, les tropes de la rhétorique. Faut-il en déduire que la propagande obéit à des règles fonctionnelles universelles ? et que le contenu (le discours, l’idéologie que veut faire partager propagandiste) ne fait que se glisser dans une « forme » préexistante parce qu’efficace ? L’exposé suggérera au contraire que le choix du vecteur et de la méthode de propagande reflète un système de valeurs et une vision de l’histoire. Au stade de la conquête des esprits ou au moment de leur contrôle et de leur formatage (en particulier via l’imposition d’une langue spécifique, une fois conquis le pouvoir), la propagande fonctionne comme un tout.
Le contenu idéologique implique des voies et moyens licites pour faire partager l’Idée. Parallèlement, les modes de transmission disponibles déterminent ce qui est dicible et montrable pour répandre l’Idée. Une médiologie de la propagande devrait rendre autant justice aux modalités du faire croire qu’au contenu des croyances en expansion.
En guise de captatio benevolentiæ, j’implorerai votre indulgence par l’aveu de mon ignorance du sens exact de nationalisme, terme dont l’usage contemporain est surtout péjoratif. Pour ne donner qu’un exemple Milosevic (dont le parti se nommait pourtant « Parti socialiste serbe » et qui faisait partie de l’Internationale) est toujours été stigmatisé comme « nationaliste serbe », ce qui donne une idée de la gravité de la chose.
Le nationalisme serait, semble-t-il, un objet de croyance, une doctrine orientée soit par une revendication nationale (le projet de former ou d’élargir une nation, de la doter d’un État) soit par la référence à l’intérêt national idéalisé comme critère suprême.
Le Nous du nationalisme serait par conséquent un Nous hypertrophié, prédominant (par comparaison avec le Nous du patriotisme qui, lui, traduirait un attachement relatif, raisonnable, voire noble à son pays). La nation du nationalisme serait donc une communauté réduite aux excès : trop importante, survalorisée, trop identitaire, trop fermée à « l’autre ». Tel est du moins le discours dominant sur le sujet
La distinction nationalisme/ patriotisme, n’est pas sans en évoquer une autre qui n’est ni moins délicate, ni moins récurrente : celle qui sépare la pornographie de l’érotisme.
Comme la pornographie, le nationalisme – toujours suivant la doxa – pécherait par :
-goût de l’exhibition, de l’obscène au sens étymologique – ce qui est au devant de la scène et l’occupe de façon trop visible – car le nationalisme étale son identité nationale, il en est obsédé. Du reste, il aime les spectacles, défilés, cérémonies où l’on redit l’attachement à ce Nous mythifié.
- tendance à l’obsession : comme le sexuel pur prédomine dans la pornographie, le nationalisme dur ne « penserait qu’à ça » ; il jugerait de tout dans ce rapport à la Nation.
- archaïsme : de même que le porno serait le reflet d’un rapport homme/ femme dépassé par la libération de la seconde, le nationalisme serait un héritage du passé condamné par la mondialisation ;
- réduction : de même que le X est accusée de négliger l’amour ou les sentiments individuels en ramenant tout au physiologique, le nationalisme ramènerait tout choix politique à la question nationale, ignorant, par exemple la place de l’Universel ; il naturaliserait la fonction politique, envisagée comme seule relation de l’individu avec sa communauté d’appartenance à l’exclusion de tout autre choix (ou de tout autre déterminant comme la classe).
- violence : de même que le discours féministes voit dans la pornographie une domination symbolique du corps de la femme, donc une violence envers ses droits, de même tout nationalisme est suspect d’agressivité, et décrit comme porteur d’un projet latent d’oppression des autres nations.
Mais la comparaison avec la pornographie nous fournit une piste supplémentaire. Pour qu’il y ait pornographie, il faut qu’il y ait une prostituée (porné) ou une activité digne d’une prostituée, plus un « graphein », une écriture, un dispositif matériel de représentation de l’acte sexuel qui lui permet de toucher et (Lire la suite…)
Classé dans : Culture, science | Mots-clefs: analytique, arguments, économie, coviction, décadence, démonstration, dialectique, discours, essai, fiction, godel, idéologie, mathématiques, philosophie, platon, probabilite, rhétorique, science, théorèmes
C’est Aristote qui fixa la norme en matière de démonstration, distinguant trois familles de discours selon le statut de leurs prémisses pour ce qui touche à la vérité. La plus rigoureuse des trois est l’analytique dont les prémisses doivent être reconnues comme indiscutablement vraies, suivie de la dialectique dont les prémisses sont seulement « probables » : vraisemblables plutôt que vraies, et enfin de la rhétorique qui ne connaît pas de contraintes quant à la qualité des prémisses : le discours de fiction, par exemple, en relève. À l’intérieur même de chacune de ces trois familles, le Stagirite distingua les types d’argumentation utilisés en fonction de leur valeur probante.
Seule l’analytique relève de la science et c’est donc elle qui devrait seule présider à la démonstration mathématique. Or, durant les Temps Modernes d’abord et durant les Temps Contemporains ensuite, les mathématiciens recoururent toujours davantage dans la démonstration aux types d’argumentation les plus faibles quant à la valeur probante. On pourrait lire là sans doute le signe d’une simple décadence dans la manière dont les mathématiciens démontrent leurs théorèmes. Cette lecture n’est pas fausse mais demeure insuffisante parce qu’elle ignore le glissement « idéologique » qui rend compte du comment et du pourquoi de cette évolution. Ce glissement reflète en fait la conviction croissante des mathématiciens que leur tâche ne s’assimile pas à un processus d’invention mais à une authentique découverte, autrement dit, que leur tâche n’est pas de contribuer à la mise au point d’un outil mais de participer à l’exploration d’un monde. Si l’on souscrit à ce point de vue, la distinction se brouille entre la science, dont l’ambition est de décrire le monde de la Réalité-objective, et les mathématiques qui lui offrent le moyen de réaliser cette ambition. Et cette absence de distinction suppose à son tour, non seulement que la Réalité-objective est constituée des nombres et des relations que les objets mathématiques entretiennent entre eux, mais encore que la réalité ultime inconnaissable, l’Être-donné de la philosophie, est la source d’un tel codage. Or une telle conviction est avérée historiquement et, comme on le sait, caractérisa les disciples de Pythagore, au rang desquels se comptait Platon.
Si le mathématicien est un découvreur et non un inventeur, alors la manière dont il inculque la preuve importe peu puisqu’il décrit en réalité un monde spécifique, celui des nombres et de leurs relations, et peut se contenter d’en faire ressortir les qualités par une méthode apparentée à la méthode expérimentale : circonscrire une réalité et utiliser tous les moyens dont on dispose pour faire émerger une appréhension intuitive de ce qu’elle est ; dans cette perspective, seul compte le résultat, quelle que soit la manière dont on s’y est pris. Dans la démonstration du « second théorème » de Gödel, à l’aide duquel il prouve l’incomplétude de l’arithmétique, la faible valeur probante de certaines parties de sa démonstration n’est pas pertinente à ses yeux puisque sa tâche consiste selon lui à décrire un objet existant en soi. Ne se concevant nullement comme l’inventeur de mathématiques nouvelles mais comme un explorateur de l’univers des nombres et de leurs proportions singulières, il n’a que faire d’une méthodologie dont la rigueur seule garantirait le résultat auquel il aboutit.
Les points de vue des mathématiciens réalistes qui se conçoivent comme découvreurs et des mathématiciens antiréalistes qui s’imaginent inventeurs, peuvent être réconciliés si l’on offre de leur activité à tous une définition opérationnelle qui y voit la génération d’un produit culturel, c’est–à–dire relevant de la manière propre dont notre espèce offre une extension aux processus naturels. Ce produit culturel que les mathématiciens génèrent est une « physique virtuelle » permettant la modélisation du monde sensible de l’Existence-empirique en vue de sa prévisibilité à nos yeux. Cette physique virtuelle n’est ni contrainte de s’astreindre à la rigueur irréprochable des modes de preuve les plus exigeants aux yeux de la logique, ni ne doit s’imaginer décrire une Réalité-objective constituée d’essences mathématiques. La mise au point du calcul différentiel en offrit une illustration lumineuse.

