Dans nos sociétés, la fonction monétaire est en grande partie déléguée aux banques privées. Deux monnaies circulent côte à côte, l’une privée, l’autre publique, sans que nous en ayons en général nettement conscience, tant le passage de l’une à l’autre se fait « naturellement », en temps normal. La monnaie publique, les pièces et billets, ne représente qu’environ un dixième de l’argent en circulation. C’est en raison de son poids si considérable que le secteur bancaire, qui jouit de cette délégation et du même coup du privilège incomparable de se rémunérer sur la création monétaire, a fait l’objet de prudentes réglementations après la crise des années trente. Depuis cette époque, le crédit était encadré, et les banques devaient respecter sous le contrôle des autorités publiques des ratios dits « prudentiels » leur imposant de détenir d’une part des fonds propres en quantité jugée suffisante et d’autre part une réserve sous forme de monnaie d’Etat. Enfin, pour éviter un dangereux mélange des genres, l’activité de banque commerciale (soucieuse de la sécurité de ses clients) et de banque d’affaire (tentant de convaincre des investisseurs d’acquérir son papier) étaient distinctement séparées. Seules les premières, en raison de la délégation monétaire qui leur est accordée et de leur importance systémique, jouissaient de la garantie apportée par l’Etat et la banque centrale. Le big bang de la déréglementation impulsé par les USA dans les années 1990 a bouleversé ce paysage et fait sauter l’un après l’autre les gardes-fous prudemment installés par la génération précédente, qui était elle bien décidée à ne jamais plus s’exposer aux désastres entraînés par l’effondrement de l’avant guerre. L’aveuglement idéologique des uns, l’intérêt bien compris des autres – les mêmes, parfois – a permis de rouvrir cette dangereuse boite de pandore dont nous savions pourtant combien morbides étaient les forces qui y étaient emprisonnées. Une fois détruite la muraille de la loi Glass-Steagall qui séparait l’activité de dépôt de celle d’investissement, les banques ont pu se lancer dans des montages financiers irresponsables, abritées qu’elles étaient derrière la certitude que l’Etat leur apporterait sa protection le jour – inévitable – où l’on feindrait de redécouvrir que, décidément non, les arbres n’atteignent jamais le ciel. Comment qualifier un tel comportement ? De pillage, tout simplement, avaient écrit dans les années 1990 deux économistes dont un futur prix Nobel, après avoir analysé la faillite des caisses d’épargne américaines qui venait d’avoir lieu. Un dernier point. Les Etats se sont dessaisis de la fonction régalienne de l’émission monétaire pour s’éviter d’y recourir trop facilement, tant est grande, dit-on, la tentation de se servir dans le pot de confiture lorsqu’il est ouvert. Ce qui n’a pas empêché, depuis 20 ans, de ne jurer que par les mérites de l’auto-régulation du privé et en l’occurrence du secteur bancaire. Ainsi, les parlements, élus par les peuples pour le service du bien public, seraient donc moins responsables que les dirigeants mus par l’appât du gain facile et immédiat ? Voilà à n’en pas douter une jolie fable moderne, dont la morale n’est pas encore entièrement écrite, mais qui s’annonce déjà ruineuse aux dépens de ceux qui l’ont écoutée.

Par David Leonhardt, New York Times, 11 mars 2009
En 1996, deux économistes avaient publié une étude, intitulée avec une charmante simplicité : « le pillage ».
Les auteurs étaient George Akerlof, qui allait plus tard se voir décerner un prix Nobel, et Paul Romer, un expert renommé de la croissance économique. Dans cette publication, ils affirmaient que plusieurs crises financières ayant eu lieu dans les années 1980, comme par exemple la bulle immobilière texane, avait été provoquées par des investisseurs privés qui s’étaient servi du gouvernement. Ces investisseurs avaient emprunté d’énormes sommes d’argent, fait de grands profits lorsque les affaires allaient bien, puis s’étaient défaussés sur le gouvernement pour les pertes prévisibles qui s’ensuivraient.
En un mot, ces investisseurs s’étaient livrés au pillage. Quelqu’un essayant de réaliser honnêtement un profit, s’y serait pris d’une toute autre manière, expliquaient les professeurs Akerlof et Romer. Ces investisseurs avaient fait preuve d’un « mépris total pour les principes les plus fondamentaux de l’activité de prêt », en ne vérifiant pas les informations de base sur leurs emprunteurs ou, dans certains cas, en ne demandant même pas qu’elles leur soient communiquées.
Ces investisseurs « ont agi comme si les pertes futures étaient le problème de quelqu’un d’autre », observaient-ils, avant de conclure qu’« ils avaient raison. »
Mardi matin à Washington, le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke a prononcé un discours qui peut être lu comme une post-face amère à cette étude sur le « pillage ». Le gouvernement ne voulant pas que les grandes sociétés (Lire la suite…)
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Dans ce dernier volet, Jean Claude Werrebrouck analyse les scénarios possibles de sortie de crise, et le rôle qu’y tiendront banques centrales et Etats, qui doivent désormais poursuivre l’accompagnement du processus de deleveragging, assister l’apurement du secteur financier, tout en relançant des économies atones. Les « hélicoptères » des banques centrales vont donc continuer de tourner à plein régime, estime-t-il, permettant ainsi de consolider la finance et de prévenir le risque systémique. Les Etats devront quant à eux s’endetter lourdement pour financer les relances économiques – et éventuellement assumer les garanties qu’ils ont accordées au secteur bancaire. Mais les difficultés croissantes qu’ils ne vont pas manquer de rencontrer dans leurs tentatives d’émettre de la dette pourraient bientôt contraindre à la généralisation du financement par émission monétaire, les banques centrales jouant alors le rôle d’acheteurs de dernier ressort des bons du trésor grâce à de l’argent créé pour l’occasion, en une remise en cause totale des dogmes du monétarisme, A terme ce processus est bien sûr potentiellement hautement inflationniste. Faut-il pour autant s’en inquiéter ? Pas forcément estime M. Werrebrouck, qui considère que l’inflation représente une partie de la solution requise pour la sortie de crise. Elle permettrait en effet de limiter les tensions spéculatives, de diminuer l’endettement des Etats, et du même coup l’ardoise intergénérationnelle accumulée depuis trente ans, sans oublier une remise en cause du statut du dollar, la devise de la mondialisation. Restent évidemment de nombreuses inconnues, au premier rang desquelles le comportement de la zone euro. Les tensions actuelles et futures risquent en effet d’aggraver le processus d’eurodivergence. « Les différentiels de compétitivité et d’inflation entre les pays de la zone se sont accumulés déjà depuis de longues années et la crise va jeter de l’huile sur un feu qui risque de ne plus être maîtrisable, » s’inquiète-t-il.

Par Jean Claude Werrebrouck, 21 décembre 2008
6) Soyons raisonnables et sortons de son grenier la planche à billets
Le scénario du miracle sans lendemain
Une partie de l’opinion notamment occidentale pense encore que le bœuf est aussi léger que la grenouille, que les garanties ne seront jamais utilisées, que les capitaux publics prêtés aux banques seront en fait un placement paradisiaque, que les dénationalisations à venir seront juteuses, que les dépenses budgétaires massives pour relancer les échanges réels entraineront mécaniquement de nouvelles rentrées fiscales, etc. il s’agit du scénario optimiste. Son occurrence semble faible laquelle est, d’une certaine façon, une vraie chance.
Si la finance rentre dans sa boîte, presque par enchantement, les conditions d’une nouvelle crise seront vite réunies. Des « fire walls » efficaces ne seront pas mis en place et on se contentera d’un toilettage minimum du système : normes comptables nouvelles, et agences de notation revisitées feront l’affaire. La finance pourra d’autant plus facilement sortir de sa boite que l’expérience aura montré une fois de plus que les Etats sont là pour payer les coûts sociaux des orgies financières. il s’agit de la question tant débattue des comportements opportunistes chez les économistes. Au surplus le règlement, comme par enchantement, de la crise, aboutira à l’édification de nouveaux comportements opportunistes, cette fois dans la « paisible économie ». En effet nous constatons aujourd’hui, partout dans le monde l’allongement des files d’attentes de secteurs économiques venant au nom de la crise demander ce qu’ils croient être un juste soutien des Etats : automobile, mécanique ,sidérurgie, banques etc. L’acceptation dans l’urgence risque d’entrainer injustices et gaspillages de toutes sortes : pourquoi Toyota installé dans le sud des USA ne pourrait-il pas bénéficier du plan qui se prépare pour les « big three » ? Les banques tricolores qui reçoivent des fonds publics ne vont t-elles pas en profiter pour renforcer leurs positions internationales ? La prime à la casse n’aurait-elle pas pu être utilisée dans un secteur davantage porteur d’avenir ? « L’ordre spontané » qui alloue si efficacement les ressources et récompense les meilleurs serait ainsi une fois de plus pollué par les marchés politiques : GM est une entreprise obsolète mais le coût qu’il faut normalement payer pour cette inefficacité est reporté sur la collectivité. Ce que l’on perd sur les marchés économiques peut être gagné- comme d’habitude, pourrait-on ajouter- sur les marchés politiques. Nous avions abordé ces questions essentielles lors de notre séminaire de décembre.
Au total parce rien ne changerait dans ce scénario optimiste les vrais problèmes du monde continueraient de se poser : que faire du mercantilisme chinois ? Comment régler les déséquilibres financiers intergénérationnels ? Comment régler les problèmes d’environnement ? etc.
Le scénario de la catastrophe prometteuse
Beaucoup de nos collègues économistes pensent à l’inverse que si la grenouille, ou les grenouilles (les Etats sont (Lire la suite…)
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Dans cette deuxième partie de son étude, l’économiste Jean Claude Werrebrouck analyse le deleveragging – ce cycle destructeur de désendettement et de liquidation qui entraîne les actifs dans une spirale déflationniste – puis il évalue les contre mesures qu’ont mises en place les autorités pour combattre et tenter de maîtriser ce processus, et s’interroge sur leurs chances de succès. La réussite ne peut être garantie, avertit-il, car les Etats sont « beaucoup plus faibles qu’en 1929, » comparativement au poids du secteur financier. Mais le problème n’est pas uniquement celui de la finance et de sa réglementation. Le couple étrange que forment la Chine et les USA, dont le déficit structurel est financé en partie par l’épargne chinoise, porte également une responsabilité dans l’ampleur exceptionnelle de cette crise. Jean Claude Werrebrouck estime qu’il faudra « revenir sur l’actuelle division internationale du travail, donc la tacite mondialisation sous sa présente forme. »

Par Jean Claude Werrebrouck, 21 décembre 2008
3) Le « Deleveraging » comme retour catastrophique dans la boîte
De la même façon que la technique de la pyramide financière, et ses rendements paradisiaques, ne peut correctement fonctionner, que si les apports de capitaux frais sont en volume continuellement supérieurs aux sorties, la hausse des prix de l’immobilier ne peut se poursuivre que si la machine à prêter et à titriser fonctionne sur des volumes rapidement croissants et… sans défauts. Que le taux de défauts augmente légèrement, par exemple parce que des ménages ne peuvent plus rembourser et toute la machinerie peut s’effondrer en entrainant un énorme « crédit Crunch ». Le risque systémique devient un événement relativement probable.
Le mécanisme du « deleveraging » ou de « crédit Crunch » fonctionne de la manière suivante :
Les actifs d’une banque sont bien sûr financés par des fonds propres mais aussi par de la dette. La banque est réputée solvable si ses actifs permettent de rembourser les dettes, y compris les fonds propres qui ont été financés par des apporteurs de capitaux. Le poids des fonds propres se doit d’être significatif dans le total du bilan si l’on veut qu’une éventuelle perte de valeur des actifs puisse néanmoins assurer le remboursement des dettes. ce qu’on appelle « levier » est le rapport entre les actifs et les fonds propres. Plus le levier est élevé et plus le risque est grand de voir la banque être dans l’incapacité de régler ses dettes en cas de défaut d’actif, par exemple un ménage américain incapable de rembourser son crédit immobilier. Il existe bien sûr toujours un certain « taux de défaut » dans les actifs (un pourcentage de ménages américains qui cesse de rembourser) et si ce taux augmente les risques augmentent car la banque compense les pertes sur ses fonds propres. Il en résulte que le levier augmente dangereusement, augmentation vite repérée sur les marchés et augmentation qui sera sanctionnée par une baisse du cours des actions de la banque concernée… la méfiance pouvant entrainer une contagion mimétique. Et la contagion est – nouvelles technologies obligent -aujourd’hui ultrarapide. La banque réagit en vendant des actifs pour rembourser une partie de ses dettes, ce qui à pour effet de rétablir le levier c’est-à-dire de le diminuer. Mais le mimétisme atteint le système bancaire dans son entier, et ce d’autant plus qu’il est de nature holistique. En effet d’autres banques vont connaitre, pour les mêmes raisons, une augmentation du taux de défauts. Toutes vont donc se libérer d’une partie des actifs, toutes vont vendre, ce qui va se traduire par un effondrement des cours , une dégradation de tous les bilans, mais aussi par la disparition du marché interbancaire puisque les banques ne prêtent plus. Selon la terminologie adoptée : « la liquidité a disparu ».
Ce retour dans la boîte est évidemment catastrophique puisqu’il va se traduire immédiatement sur le marché immobilier par un effondrement de la demande dans le sillage de l’effondrement du crédit. Et cet effondrement de la demande sera suivi d’un effondrement des prix du logement d’où de nouvelles difficultés financières pour des ménages américains qui ayant du vendre à vil prix seront incapables de rembourser les banques. La « chaotique finance » est en marche et les forces déstabilisatrices à l’œuvre. Sans frein ou blocage exogène l’implosion finale n’est qu’une question de temps. De nombreux ménages américains peu solvables se sont endettés jusqu’au début de l’année2007 sur la base de taux d’intérêts croissants alors que le bien acheté voit sa valeur décroître. Le taux de défaut ne pourra que gonfler surtout si ces ménages sont parmi les 1800000 chômeurs supplémentaires de l’année 2008. Simultanément les défauts sur les cartes de crédit (environ 7000milliards de dollars) vont augmenter. La « chaotique finance » vient dans sa chute briser la « paisible économie » qui en retour accélère le deleveraging qui….etc.
4)L’Etat sort de sa boîte : la grenouille peut-elle se faire aussi grosse que le bœuf ?
La crise qui s’annonce dispose théoriquement d’une puissance dévastatrice autrement plus importante que la crise de 1929. Les interconnexions étant bien plus importantes, la mondialisation bien plus prégnante, sa vitesse de développement laisse pantois tous les spécialistes. En 1929 la « chaotique finance » ne représentait qu’un poids quasi- négligeable dans le total du PIB mondial. Les instruments financiers étaient eux- même peu nombreux et peu sophistiqués et leur pouvoir de contagion éventuelle très faible. Aujourd’hui les techniques de titrisation développent une opacité totale et permettent de polluer tous les bilans avec une redoutable efficacité. Ce qui accroit le degré de méfiance généralisée et ce y compris à l’encontre d’établissements financiers réputés sains. C’est le sens qu’il faut donner à l’expression de « salade niçoise » employée parfois dans les milieux concernés : tous les ingrédients de la salade sont d’excellente qualité, tous sauf un… ce qui rend la salade incomestible. Au surplus la plus grande partie du monde était à l’écart de qui s’appelait à l’époque la seconde mondialisation : l’Asie n’était guère réellement concernée. Aujourd’hui elle est selon l’expression consacrée ensemble de « pays émergents » et représente 40% de l’humanité. Le salariat mondialisé s’y développe sur une base massive (environ 25 millions de nouveaux emplois salariés crées chaque année) tout au moins jusqu’à l’automne 2008 puisque l’on sait maintenant que l’Asie sera très largement confrontée à la nouvelle grande crise. Tous ces faits sont parfaitement connus et il est inutile d’insister.
Nous n’insisterons pas non plus sur les actions concrètes des Etats qui s’activent massivement depuis l’automne 2008. Ils n’ont pas fini de s’activer et le présent texte serait rapidement obsolète s’il devait trop décrire une réalité qui bouge au quotidien. Par contre il nous faut insister sur le sens de l’action des dits Etats.
A priori ils sont tous redevenus keynésiens et semblent considérer que « l’ordre spontané » ne saurait être hégémonique, ce qui devrait laisser une place à un peu « d’ordre organisé ». Ils sont conscients que la politique monétaire est devenue assez largement inefficace et que le monde est bien dans la « trappe à liquidités » chère à (Lire la suite…)
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Jean Claude Werrebrouck, professeur d’économie à l’université de Lille 2, nous fait l’amitié de proposer en avant première aux lecteurs de Contre Info son analyse de la crise économique et financière et de ses conséquences, reprenant ici de façon accessible à un public non initié les thèmes qu’il a développé lors d’un récent séminaire. Dans cette première livraison, après avoir rappelé le caractère fort singulier d’un secteur d’activité où, contrairement à tous les autres, la hausse des prix déclenche la ruée des acheteurs et non une réduction de la demande, il insiste sur le potentiel intrinsèquement déstabilisateur de ces mécanismes de la finance qui justifieraient amplement qu’elle soit domestiquée, « mise en boîte, » pour l’empêcher de nuire. Pourtant, l’histoire récente a vu se développer le processus inverse. La boite a été largement ouverte, et le secteur financier, de dérégulation en déréglementation, a pu acquérir, relativement à l’économie réelle, une prépondérance inconnue jusqu’alors. Alors que les profits de la finance ne représentaient que 14% du total réalisé par les entreprises américaines en 1960, ce chiffre atteignait 37% en 2007.

Par Jean Claude Werrebrouck, 21 décembre 2008
Nous ne reviendrons pas sur les faits qui s’accumulent depuis l’été 2007 et qui bien sûr vont continuer à produire le bruit et les fureurs de la crise. Nous en avons déjà parlé et ce qui doit nous intéresser est davantage l’intelligence d’un processus qu’une description. Mais il est vrai que tout commence avec une réalité concrète : la crise financière. Comment comprendre la logique de la crise financière ?
1)« Paisible économie » et « chaotique finance »
On sait que « l’ordre spontané » hayekien est au fond un réseau de routes parsemé de feux de signalisation fonctionnant au service des acteurs consommateurs et producteurs. Feu rouge pour le consommateur lorsque les prix montent et vert lorsqu’ils baissent. Feu vert pour le producteur lorsque ces mêmes prix s’élèvent et rouge lorsqu’ils baissent. Quantités offertes et quantités demandées sont ainsi fonction du niveau des prix. Lorsque la demande est faible les prix peuvent être bas et induire une hausse des achats. En retour la demande plus élevée, toutes choses égales par ailleurs, provoquera une hausse des prix. Toutefois le mouvement de hausse est très contenu, car logiquement la demande est d’autant plus faible que le prix est élevé. Ainsi une élévation de prix vient limiter la demande, alors même que l’offre est stimulée par ladite élévation de prix. Il faut alors en conclure que si les forces du marché peuvent impulser des hausses de prix, des forces de même nature viennent en limiter l’importance : la hausse de prix limite l’appétit du consommateur et stimule le producteur…ce qui bloque la hausse…
Au surplus sur les marchés économiques traditionnels de biens et de services tout aussi traditionnels, les biens sont en quelque sorte destinés à la consommation et disparaissent dans l’acte correspondant. Même lorsqu’il s’agit de biens capitaux (une machine par exemple) il y a de fait disparition dans une consommation productive (la machine connait une usure). Cette disparition ou quasi disparition fait qu’il n’y a pas à spéculer sur la valeur future de ce qui doit être consommé. En dehors de quelques cas particuliers (vin par exemple) il n’y a pas de valeur future pour un objet sans avenir.
Les forces du marché sont aussi des forces stabilisatrices et les prix concrets ne connaissent pas le plus souvent de mouvements de grande ampleur. Bien sûr lorsqu’une économie est victime d’une inflation galopante, les prix montent à rythme vif mais les prix relatifs ne bougent pas : seule leur expression monétaire connait une modification.
Ainsi donc « l’ordre spontané » c’est-à-dire ordre social abandonné aux seules forces du marché, ne connaît pas de dérapages spectaculaires s’il cantonne ses échanges aux biens et services traditionnels. Le fait de limiter les échanges à des capacités ou quasi- capacités à consommer fait que les routes de l’ordre spontané sont pratiqués par des automobilistes prudents qui ne connaissent que fort exceptionnellement les dérapages. Bien sûr il existe des exceptions et ce n’est pas parce que les biens sont consommés ou quasi consommés qu’il n’existe pas d’incertitudes temporelles à propos desquelles il convient de se prémunir. Ainsi il est compréhensible que l’on puisse imaginer un marché à terme sur certains biens sensibles qui devront être en disponibilité demain. Concrètement on comprendra qu’Air France cherche à se prémunir des modifications du prix du pétrole en devenant acteur sur le marché à terme du kérosène.
Le marché économique traditionnel, même s’il est fait de compétitions sévères, est donc d’une certaine façon paisible : la notion de « bulle » est généralement absente de son vocabulaire.
Tel n’est évidemment pas le cas des marchés financiers.
Dans la finance la marchandise prend le nom d’actif, et un actif n’est pas réellement consommé : il est aussi pure valeur qui cherche à se mettre en valeur. Cela signifie qu’à l’inverse de ce qui se passe dans la « paisible économie » la demande ne faiblit pas avec la hausse des prix. Elle peut même augmenter. Ce phénomène, inversion de ce qui est classique sur les marchandises traditionnelles, résulte du fait que le bien financier est évalué par le marché en fonction de l’idée que l’on se fait de sa valeur future. Parce que non consommé, ce qui est acheté est le prix futur du bien en question.
Quand, dans la finance un prix monte, le phénomène est interprété comme une espérance de gain futur et donc plus le prix monte et plus le bien est désiré. Nous sommes ici au cœur de la bulle : la hausse de prix attire alors qu’elle devrait repousser. La hausse aujourd’hui implique presque mécaniquement une hausse nouvelle demain. Symétriquement il en est de même pour le phénomène de baisse : la baisse aujourd’hui suppose une raréfaction de la demande et simultanément une élévation de l’offre, d’où, tout aussi mécaniquement une baisse de valeur demain.
Ainsi, dans la finance, les forces stabilisatrices du marché classique sont remplacées par des forces déstabilisatrices. « L’ordre spontané » devient ainsi ordre social où les automobilistes accélèrent lorsque les feux (Lire la suite…)
Guillaume Duval : loin du « New deal »
(…) Le plan annoncé par Nicolas Sarkozy corrige donc enfin de façon significative la mauvaise trajectoire budgétaire sur laquelle la France était engagée. Le volume revendiqué officiellement pour ce plan, 26 milliards d’euros sur deux ans, n’a cependant rien d’extraordinaire : il représente une dépense supplémentaire de 0,7% du PIB sur chacune de ces deux années.
De plus, comme toujours, quand on en connaîtra le détail de façon précise on se rendra probablement compte que ce volume affiché inclut nombre de mesures d’ores et déjà engagées ou prévues. A titre de comparaison, les pouvoirs publics des Etats-Unis ont investi cette année 2,5% du PIB pour soutenir l’activité et Barack Obama prépare pour 2009, des mesures encore plus ambitieuses… (…)
les mesures à portée sociale, … restent elles aussi très limitées : au lieu par exemple d’augmenter le niveau des minima sociaux, qui ont perdu ces dernières années beaucoup de pouvoir d’achat, le gouvernement se contentera de verser une prime unique de 200 euros aux titulaires de minima sociaux (soit 760 millions d’euros, 3% du total du plan de relance…).
« Nous ne pouvons en aucun cas nous permettre qu’une émission de bons du Trésor ne soit pas entièrement souscrite…Cela conduirait à une absence de liquidités pour le paiement des retraites et des salaires. Cela serait comme l’Argentine, » a déclaré Maurizio Sacconi, le ministre italien du travail à la RAI, la télévision italienne.

Coût des contrats d’assurance sur la dette italienne, en points de base (0,01%)
La faiblesse stucturelle de la monnaie européenne tient au fait qu’elle réunit des économies dont la situation est fort différente, et des Etats dont le crédit est sans comparaison. Ce qui explique par ailleurs la sévérité des critères de Maastricht. A défaut de politique fiscale unifiée, seul reste le critère du déficit pour éviter les tensions centrifuges.
Dans la situation actuelle, qui contraint les Etats à s’endetter lourdement, les anciennes peurs et les tensions à l’oeuvre à l’époque du SME – qui avaient provoqué son éclatement – refont surface.
Cela se traduit par une divergence de plus en plus forte du coût de la dette entre les pays du nord et du sud de l’Eurozone.
Le système euro pourrait être mis douloureusement à l’épreuve si l’Italie ou l’Espagne ne parvenaient plus à lever des fonds. L’Europe serait-elle capable d’organiser un refinancement ? Quel Etat, dans la situation actuelle, accepterait d’alourdir sa dette par solidarité européenne ?
Comment l’Euro se comporterait-il si l’Italie était mise sous la tutelle du FMI ?
Cout des CDS, les contrats d’assurance contre le défaut de remboursement d’un emprunt, sur les dettes des Etats, à la fin novembre. Points de base.

La Grande Bretagne risque-t-elle une faillite ?
Martin Wolf : la Grande Bretagne risque un désastre
Wolf s’inquiète de la possibilité d’un effondrement de la Livre, tant sont importants les besoins de financement requis pour faire face à la crise.
Les emprunts nécessaires pour financer la dette d’Etat représenteront 8% du PIB en 2009, 6,8% de 2010 à 2011, puis 4,1% de 2012 à 2013. La dette publique nette atteindra 57% dans quatre ans. Comptabilisée selon les critères de Maastricht, elle sera de 68% en 2012-2013, et le déficit atteindra 8,1% en 2009.
Pritchard-Evans : l’Angleterre en faillite ?
On ressent désormais une peur palpable que les investisseurs se détournent des emprunts anglais, avec un déficit (Lire la suite…)
Classé dans : politique, économie | Mots-clefs: économie, banque, crise, paul jorion, usa
Je ne sais pas si Mr. Obama s’en rend compte mais il va hériter d’un pays en ruines. Il a été élu au début du mois président d’un pays qui faisait encore relativement bonne figure mais sur les 77 jours qui séparent son élection de son inauguration, l’administration sortante joue ses dernières cartouches et le spectacle n’est pas beau à voir.

Par Paul Jorion, 24 novembre 2008
Je ne sais pas si Mr. Obama s’en rend compte mais il va hériter d’un pays en ruines. Il a été élu au début du mois président d’un pays qui faisait encore relativement bonne figure mais sur les 77 jours qui séparent son élection de son inauguration, l’administration sortante joue ses dernières cartouches et le spectacle n’est pas beau à voir.
On pouvait encore supposer derrière le sauvetage de Bear Stearns, un plan, ou derrière le lâchage de Lehman Brothers, une stratégie. La navigation à vue dans le cas d’AIG, avec moult changements de cap suivis de machine-arrière toute ! a cassé l’illusion. Si l’on espérait encore un sursaut, la formule inventée hier pour sauver Citigroup devrait dissiper toute méprise : le poulet court toujours mais il a perdu la tête depuis beaucoup plus longtemps qu’on ne l’imagine.
Vingt milliards de dollars de recapitalisation – qui viennent rejoindre dans le puits sans fond les 25 avancés le mois dernier, et 306 de plus offerts par l’union sacrée de la Fed, du Trésor et de la FDIC [1] en garantie de produits toxiques gracieusement mis en gage : Asset-Backed Securities (ABS), Collateralized-Debt Obligations (CDO), prêts hypothécaires commerciaux, dettes d’entreprises, etc. et qui ne valent plus tripette. En échange de quoi ? de warrants qui permettront de nationaliser un jour, si l’envie leur en prend : pour permettre au contribuable américain de ramasser la nouvelle ardoise une fois les 326 milliards épuisés.
La bourse de New York pousse un ouf de soulagement : + 2,7 % ! Elle se réjouit de voir que le poulet court toujours. On pensera à sa tête l’année prochaine. Bonne année Mr. Obama !
Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).
* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.
Article communiqué par Paul Jorion
[1] La Federal Deposit Insurance Corporation est un organisme fédéral américain qui garantit les dépôts bancaires à hauteur de 100 000 dollars pour les comptes ordinaires et 250 000 pour les comptes-retraites. C’est elle aussi qui dirige aujourd’hui les banques en redressement judiciaire.
L’invention de l’argent en 15 parties (sur you tube) par Paul grignon
Voici les deux premières parties :
La vidéo complète (52 mn) de Paul Grignon peut être visonnée sur Viméo ou sur bankster.tv
Viméo : http://www.vimeo.com/1711304
Bankster.tv : http://www.bankster.tv/
Titre original : Money as debt
Classé dans : politique, économie | Mots-clefs: économie, banque, bretton woods, g20, paul jorion, politique
Le G20 réuni dimanche dernier à Washington à la demande de Nicolas Sarkozy et Gordon Brown a-t-il accouché d’une souris ? On nous avait annoncé un remake de Bretton Woods dans le domaine financier, avec en prime la refondation, la moralisation – et pourquoi pas l’auto-dissolution du capitalisme, sur le modèle du dépôt de bilan du système communiste en URSS à la fin des années 80….
On nous avait promis en tous cas une nouvelle architecture financière, dotée de règles de fonctionnement plus strictes et supervisée par des arbitres internationaux dotés de pouvoirs contraignants. Les Etats devaient s’engager à fermer les paradis fiscaux qui permettent à leurs établissements financiers d’échapper à toute réglementation.
Il était question de doter la finance mondiale d’un Grand Superviseur international – avec – pourquoi pas ? – le grand retour du FMI dans ce rôle, un FMI désormais doté de moyens et de compétences s’imposant aux banquiers comme aux Etats. On nous avait même laisser entrevoir un accord international sur les marges de fluctuation acceptables des prix du pétrole et du gaz. La relance de l’économie mondiale allait passer par la concertation des politiques budgétaires…
Au final – comme disent les journalistes – au final, donc, la réunion de Washington débouche sur une série d’incantations plus ou moins rituelles, l’annonce de « grands chantiers » et une invitation faite aux banques de rendre enfin publiques le niveau réel de leurs pertes…
Tout cela est-il suffisant pour éviter une récession mondiale ?
Invités
Paul Jorion au téléphone. Anthropologue Sociologue Professeur invité à UCLA
Philippe Martin. Professeur à l’école d’Economie de Paris et à Paris 1
Jean Marc Vittori. Editorialiste au quotidien Les Echos
Jérôme Sgard. Directeur de recherche à Sciences -Po Ceri Professeur associé à Paris Dauphine
Source : contreinfo.info / france Culture
Classé dans : Infos, politique, économie | Mots-clefs: économie, banque, crise, politique, situation
L’ampleur des pertes de la finance, plus proches de 2 000 milliards que des 1 000, selon Roubini, dépassera sous peu les capacités de refinancement de l’Etat US.
La file ininterrompue des établissements qui viennent mendier des subventions pour survivre s’allonge de jour en jour, et plus encore, s’étend désormais aux autres secteurs d’activités, ceux de l’économie dite « réelle ».
Le TARP, le plan Paulson, est mort né, de l’aveu même de celui qui fut son initiateur. Il n’est plus désormais question de racheter les actifs toxiques, mais de refinancer les banques, et au delà les entreprises dont la survie est menacée pat l’effondrement de leurs bilans et de leurs activités.
Le dégrisement provoqué par le processus de désinflation des actifs, dont la valeur était artificiellement gonflée par l’apport du crédit et des capitaux flottants, a mis en branle un douloureux mouvement de retour au réel se traduisant par la destruction d’actifs devenus créances irrecouvrables. La liquidation amorcée l’an dernier prend un élan dévastateur, et personne aujourd’hui ne peut dire jusqu’où sera dévalée cette pente déflationniste.
Mais comme l’affirme Roubini, le pire est vraisemblablement devant nous, pas derrière.

Bureau de l’Etat providence pour les entreprises.
Ouais, c’est juste provisoire. Le marché libre est plus efficace sans intervention du gouvernement. Prends ton tour mon vieux !…
110 banques sollicitent 170 milliards du Trésor
Au moins 110 banques ont sollicité un renflouement du Trésor US, pour un montant total supérieur à 170 milliards.
Cette estimation ne prend pas en compte la demande de l’assureur Hartford, ni celle d’American Express qui a annoncé qu’elle allait se transformer en banque afin d’obtenir 3,4 milliards de dollars.
Freddie Mac demande 13,8 milliards au Trésor US
Freddie Mac, l’organisme semi public chargé du refinancement des prêts immobiliers accordés par les banques, demande au Trésor US 13,8 milliards après avoir enregistré 25,3 milliards de pertes ce trimestre. (FT Alphaville note que ce montant est équivalent au PIB de la Jamaïque)
En septembre, l’Etat a accordé sa garantie à hauteur de 100 milliards à chacune des deux agences Freddie et Fannie.
Les réserves en dollars accumulées par les banques centrales étrangères pour défendre leurs monnaies sont typiquement constituées de bons du Trésor et des titres émis par les GSE Fannie et Freddie.
L’abandon des GSE est un luxe que l’Etat US ne peut plus se permettre. Il serait équivalent à un défaut de paiement sur la dette US. Fannie et Freddie ont émis de l’ordre de 5000 milliards de titres, soit un montant comparable à celui des bons du Trésor US en circulation. En transformant en septembre le soutien implicite à ces organismes en soutien explicite, la dette US a de fait été multipliée par deux.
Quatre assureurs US tentent de bénéficier des fonds publics
Quatre compagnies d’assurances ont sollicité l’autorisation de se porter acquéreuses de banques, ce qui leur permettrait de bénéficier du plan de soutien au système bancaire.
Tous banquiers ! Tel semble être le mot d’ordre de toutes les entreprises américaines. De American Express aux assureurs, toutes les entreprises tentent désespérément de se transformer en établissement bancaire ou de mettre la main sur une banque pour pouvoir prendre place dans la file d’attente du « Corporate Welfare State »
General Electric obtient la garantie du gouvernement sur sa dette
General Electric Co. said the U.S. government agreed to insure as much as $139 billion in debt for lending arm GE Capital Corp., the second time in a month it has turned to a federal program designed to help companies during a global credit crunch.
Granting GE Capital, which isn’t a bank, access to a new Federal Deposit Insurance Corp. program may reassure investors and help the unit compete with banks that already have government protection behind their debt…
Chrysler appelle à l’aide le Trésor
Chrysler, the company with the biggest U.S. sales slide among major automakers, is in crisis and needs federal aid, Chief Executive Officer Robert Nardelli said.
“It would be very difficult to make it through this unprecedented downturn’’ without help, he said today …. The automaker “cannot assume we are going to get financial assistance’’ and may have to close two more assembly plants, Nardelli said…..
Chrysler has announced the elimination of 35,000 jobs since February 2007…..
“This is not about losing a company,’’ Nardelli said. “This is about potentially losing an industry. Because of the interdependence of the supplier network, the railroads, truckers, the impact goes much further.’’
He estimated that the livelihoods of “about 1 million people’’ depend on Chrysler staying in business.
La ville de San José demande à bénéfécier du TARP
Le maire de la ville de San José veut bénéficier du plan Paulson (TARP). La ville fait face à 1,6 milliards de dépenses prévues au titre du paiement des retraites de ses employés, pour lesquels elle n’a aucune réserve.
Le gouvernement US apporte sa garantie aux cartes de fidélité du commerce de détail
(Cela a l’air d’un gag, et pourtant…)
Le FDIC l’organisme garantissant les dépôts bancaires, assure désormais les ‘Stored Value Cards’.
Les Stored Value Card, ce sont les cartes prépayées de téléphone ou les cartes de fidélité des commerces de détail.
La FDIC annonce que : Under the new opinion, the funds will be “deposits” to the extent that the funds have been placed at an insured depository institution.
C’est à dire que les montants disponibles sur ces cartes seront désormais considérés comme bénéficiant de la même garantie que des dépôts bancaires. A quelle limite ? 250 000 dollars.
Ce qui devrait tout de même rassurer la clientèle des commerce de luxe de la cinquième avenue, commente perfidement FT Alphaville.
Roubini : le pire est devant nous (extraits)
—The U.S. will experience its most severe recession since World War II, much worse and longer and deeper than even the 1974-1975 and 1980-1982 recessions. The recession will continue until at least the end of 2009 for a cumulative gross domestic product drop of over 4% ; the unemployment rate will likely reach 9%.
— a U-shaped 18- to 24-month recession is now a certainty, and the probability of a worse, multi-year L-shaped recession (as in Japan in the 1990s) is still small but rising.
— Obama will inherit an economic and financial mess worse than anything the U.S. has faced in decades : the most severe recession in 50 years ; the worst financial and banking crisis since the Great Depression ; a ballooning fiscal deficit that may be as high as a trillion dollars in 2009 and 2010 ; a huge current account deficit ; a financial system that is in a severe crisis and where deleveraging is still occurring at a very rapid pace, thus causing a worsening of the credit crunch ; a household sector where millions of households are insolvent, into negative equity territory and on the verge of losing their homes ; a serious risk of deflation as the slack in goods, labor and commodity markets becomes deeper ; the risk that we will end in a deflationary liquidity trap as the Fed is fast approaching the zero-bound constraint for the Fed funds rate ; the risk of a severe debt deflation as the real value of nominal liabilities will rise, given price deflation, while the value of financial assets is still plunging.
— The world economy will experience a severe recession : Output will sharply contract in the Eurozone, the U.K. and the rest of Europe, as well as in Canada, Japan and Australia/New Zealand. There is also a risk of a hard landing in emerging market economies.
— the S&P 500 index could fall to 720 (i.e. about 20% below current levels). If the P/E falls to 10—as is possible in a severe recession—the S&P could be down to 600, or 35% below current levels.
— Credit losses will be well above $1 trillion and closer to $2 trillion, as such losses will spread from subprime to near-prime and prime mortgages and home equity loans (and the related securitized products) ; to commercial real estate, to credit cards, auto loans and student loans ; to leveraged loans and LBOs, to muni bonds, corporate bonds, industrial and commercial loans and credit default swaps.
— Sooner rather than later, a TARP-2 will become necessary, as the recapitalization needs of U.S. financial institutions will likely be well above $1 trillion.
Patrimoines négatifs à San Francisco (Bay Area)
Pourcentages de foyers endettés pour un montant supérieur à la valeur de leur bien.

Hans Magnus : le grand désastre des fonds de pension
Hans Magnus, économiste en chef à UBS, met en garde contre les effets de la crise sur les fonds de pension. Ceux-ci ont perdu 2 000 milliards de dollars en moins d’un an avec la chute des bourses. La moitié des salariés des pays développés n’ont pas d’épargne, et de nombreux foyers américains comptaient sur la revente de leur bien immobilier pour financer leur retraite.
La transformation en profondeur de la pyramide des ages pose de nombreux problèmes. Mais l’idée que les fonds de pensions privés puissent apporter une réponse relève de l’illusion. La chasse au rendement à laquelle se livrent les fonds de pensions a pour effet de peser sur les salaires et les capacités d’investissement des entreprises, c’est à dire de contracter la demande et l’activité. En tentant d’assurer le revenu de leurs mandants, ils réduisent la richesse produite, et alimentent les flambées spéculatives – et leurs contrecoups, les krachs boursiers, qui ruinent les épargants.
Recession en Europe
La France échappe à la récession
France : +0.1% (évite la recession, champion d’Europe)
Pays Bas : Croissance 0 (deux trimestres successifs)
Autriche : -0.1% (première contraction du PIB depuis 1993)
Espagne : -0.2% t (pas encore officiellement en récession, mais en route)
GB : -0.5% (première contraction du PIB depuis 1992, croissance 0 au trimestre précédent)
Allemagne : -0.5% (recession, deuxième contraction du PIB)
Italie : -0.5% (recession, deuxième contraction du PIB)
Moyenne Zone Euro : -0.2% (première récession)
Donnez moi un bon déflateur et je vous ferai un bon PIB
Dont acte. Premier de la classe, d’un cheveu, bravo. Il faut cependant se souvenir de ce qu’est un PIB. Une évaluation de l’activité économique, mesurée par les revenus ou les dépenses. C’est à dire, en simplifiant, par exemple en sommant toutes les factures émises durant la période. Le chiffre alors obtenu est le nominal, au prix courant. Reste à tenir compte de l’inflation, qui en gonflant les prix gonfle aussi artificiellement les volumes mesurés, sans rapport avec le niveau d’activité réel. Il faut donc, pour avoir une évaluation à mesure constante, soustraire l’inflation constatée. Ce coefficient minorant, qui permet d’obtenir le PIB réel, débarassé du biais inflationniste de la mesure des prix, s’appelle le déflateur – l’inverse de l’inflation.
Moins l’inflation mesurée est forte, moins le PIB nominal sera déflaté et plus le PIB réel – corrigé de l’inflation – sera élevé.
Dans les chiffres publiés par l’INSEE, la différence entre PIB réel et nominal est loin d’être négligeable. En prix actuel, le PIB du quatrième trimestre est de 489,45 milliards. En prix corrigés de l’inflation et des variations saisonnières, exprimé sur la base des prix de 2007, il est de 412,53 milliards.
Quelles sont les valeurs d’inflation qu’a utilisées l’INSEE pour calculer ce PIB inespéré ? Celles-ci :
Le prix du PIB décélère au troisième trimestre de 2008 (+0,3 % après +0,5 %) : le prix des dépenses de consommation des ménages ralentit un peu (+0,6 % après +0,8 %) et celui de la Formation Brute de Capital Fixe plus nettement (+0,4 % après +1,6 %). Le prix des exportations diminue (-0,3 % après +0,0 %), tandis que celui des importations décélère nettement (+0,5 % après +1,6 %).
A priori, aucune raison de suspecter que le thermomètre ait été modifié d’un trimestre sur l’autre. Mais il faut tout de même se souvenir qu’une infime variation dans la mesure de l’inflation est toujours à même de produire un miracle, surtout quand la tête de classement se joue au dixième de point.
Le PIB l’année prochaine avoisinera les 15 000 milliards, donc 1% du PIB = 150 milliards. Le taux “naturel” (les guillemets sont de la rédaction) de chômage est de, disons 5%, peut-être moins. Selon la loi d’Okun (ndlr : qui propose une méthode de calcul chiffrant la relation entre variation du niveau d’emploi et du PIB), chaque pourcent de chômage au delà de 5% se traduit par une diminution du PIB de 2% en dessous de son potentiel.
Nous en sommes à 6,5% de chômage, soit une diminution de 3% du PIB. Mais ces chiffres augmentent rapidement. Goldman prévoit 8,5% de chômage, soit 7% en dessous du potentiel du PIB. Souvenons nous, si le plan de relance est surdimentionné, c’est moins grave que s’il est sous dimensionné.
Quel est le multiplicateur ? (Ndlr : multiplicateur Keynésien. Chaque euro injecté dans l’économie crée un surplus d’activité supérieur à cet euro. Sur un euro de revenu, une partie sera dépensée, une partie sera épargnée. Au fur et à mesure des transactions – des échanges, des dépenses des uns qui sont les revenus des autres, la quantité réinjectée dans l’activité diminuera petit à petit. Le multiplicateur, peut être vu comme la valeur moyenne de ce surplus d’activité, compte tenu des pertes dues à l’épargne et à l’amortissement.) Meilleur, nous l’éspérons que lors de la première relance de 2008. Mais on aurait du mal a justifier une estimation du multiplicateur aussi élevée que 2.
Tenant compte de tout ceci, j’en conclus que le plan de relance devrait être au moins de 4% du PIB, soit 600 milliards.
Krugman nous fournit une règle simple, que chacun peut mémoriser, pour apprécier l’adéquation des plans de relance gouvernementaux.
Résumons : chaque point de chômage supplémentaire se traduit par une baisse de 2% du PIB. Pour la compenser, il faut une relance dont le montant soit égal à : baisse du PIB/multiplicateur.
Dans son exemple, Krugman évalue le multiplicateur à 1,75, avec 7%/1,75 égalent 4%, soit 600 milliards puisque chaque point vaut 150 milliards.
Le multiplicateur choisi par Krugman est plutôt généreux. En France, une valeur de 1,5 serait sans doute plus proche de la réalité. Le point de PIB français vaudra cette année près de 20 milliards d’euros. A vos calculettes, citoyens !
Trichet : pas de crédit crunch
Le 6 novembre, JC Trichet déclarait : « We see no credit crunch, certainly not when you look at the figures that have been published… »

Bank of America : le crunch est là
Bank of America, 11 novembre : A genuine credit crunch, i.e., an exogenous contraction in credit supply, was hard to substantiate in the Eurozone until the summer. However, the picture is now changing for the worse with the data for credit origination and corporate debt issuance for September, when the credit market turmoil intensified spectacularly. In the three months to September, the flow of new loans to the corporate sector fell to €334bn in annualized terms, the lowest level since October 2005
Evans-Pritchard : l’enfer de la déflation
Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir, écrit Dante dans la Divine Comédie, et pour Evans-Pritchard, cet avertissement peut aussi s’appliquer à la déflation.
La déflation se traduit par une baisse généralisée des prix et des revenus. Ce qui signifie que les dettes, dont la valeur nominale ne bouge pas, augmentent relativement aux revenus. C’est le piège parfait. Les débiteurs sont étranglés et acculés à la faillite. La dépression menace.
C’est ce processus qui a été à l’oeuvre dans l’Amérique des années 1930.
Tous les banquiers centraux du monde sont terrorisés à cette idée. C’est la raison pour laquelle même les plus sévèrement anti inflationnistes d’entre eux font en sorte de garder toujours sous le pied 2% d’inflation, comme marge de sécurité, au cas où.
Comment éviter la déflation ? En injectant des liquidités dans l’économie. Comment ? En baissant les taux, pour relancer la machine du crédit. Et si les banques, malgré cela, ne distribuent pas de crédit ? Baisser encore les taux. Et quand on atteint le zéro pourcent (Les USA ont pratiquement atteint cette limite) ? C’est la fin de la politique de relance monétaire.
Une fois touchée cette limite, la seule façon d’injecter du liquide pour doper l’activité c’est d’augmenter encore les dépenses de l’Etat – soit par le déficit- à condition de pouvoir emprunter – soit par la planche à billet.
Mais en zone de prix négatifs, baissiers, la relance de l’activité est extrêmement difficile à obtenir. Pourquoi dépenser aujourd’hui alors que le bien coûtera moins cher demain ? Pourquoi investir, puisque le pouvoir d’achat relatif s’accroit par la baisse des prix ? Lorsque ces comportements se répandent, ils induisent une économie à électro-encéphalogramme plat.
Les autorités japonaises se sont battues pendant dix ans avant de parvenir à ranimer un peu une économie tombée dans ce piège de la langueur déflationniste après l’éclatement de la bulle spéculative et immobilière au début des années 1990. Et si la société japonaise n’a pas implosée grâce au fort matelas d’épargne dont elle disposait, on a cependant vu des SDF apparaître à Tokyo, chose auparavant impensable au pays de l’emploi à vie.
Le problème supplémentaire, aujourd’hui, avec un processus déflationniste à l’oeuvre dans le monde entier, c’est qu’il n’existe aucun point stable où se raccrocher. Les tendances régionales à la déflation risquent de se renforcer les unes les autres.
Ken Clarke : l’économie britannique au bord de d’une « crise catastrophique »
Mr Clarke, 68, said the British economy is headed for a “catastrophic crisis” that will be “far worse than anything that has occurred in my lifetime”.
“There will be a very serious recession next year,” he said in an interview with Telegraph TV. “I think the big problem in 2009 will be the catastrophic fall in consumer spending demand, spending in shops will get worse.”
Mr Clarke, who as Chancellor of the Exchequer between 1993 and 1997 led Britain’s recovery from Black Wednesday, called for a temporary cut in VAT to boost spending.

William Buiter (FT) : How likely is a sterling crisis or : is London really Reykjavik-on-Thames ?
With the pound sterling dropping like a stone against most other currencies and credit default swap rates on long-term UK sovereign debt beginning to edge up, this is a good time to revisit a suggestion I made earlier on a number of occasions, that there is a non-trivial risk of the UK becoming the next Iceland.
The risk of a triple crisis – a banking crisis, a currency crisis and a sovereign debt default crisis – is always there for countries that are afflicted with the inconsistent quartet identified by Anne Sibert and myself in our work on Iceland : (1) a small country with (2) a large internationally exposed banking sector, (3) a currency that is not a global reserve currency and (4) limited fiscal capacity. (…)
In the worst case, we could see a run on the banks, on the public debt and on sterling all at the same time. This is not the most likely outcome yet, in my view. But it is a distinct possibility.(…)
Buiter compare la situation de la Grande Bretagne et de l’Islande.
Les actifs des banques britanniques représentent 4,5 fois le PIB du pays (9 fois en Islande). Dans ces actifs, la part libellée en monnaie étrangère atteint 2,5 fois le PIB.
Lors d’un bank run, une panique bancaire, l’Etat peut théoriquement intervenir pratiquement sans limite pour financer le retrait des dépots. Mais si ceux-ci sont libellés en devise étrangère, le soutien aux banques requiert, une fois épuisées les réserves, de se fournir ces devises sur les marchés internationnaux, ce qui se traduit par une vente massive de la monnaie nationale. Et c’est le piège. La monnaie baisse, les dettes en devise étrangères sont de moins en moins remboursables, etc…
La Grande Bretagne n’est pas l’Islande, et elle obtiendrait le soutien des grandes banques centrales qui pourraient lui prêter les devises requises. Mais la taille de son système bancaire n’en reste pas moins une source de fragilisation potentielle, comme c’est le cas pour la Suisse.
Gavyn Davies, ancien conseiller du Trésor Britannique recommande froidement le recours à la planche à billets.
The tax cuts do not have to be financed by selling bonds. They can be financed by asking the Bank of England to offer an overdraft to the government, which is a polite way of saying by printing money. If you think about this as a process in which the central bank prints bank notes (essentially at zero cost) and gives them to the government to hand out in tax reductions, you would not be wrong in any meaningful way. This is a crazy and dangerous procedure when inflation is threatened – but it is the most powerful way of fighting deflation that economists have invented. Perhaps it will become necessary.
En France, le groupe de réflexion Chômage et Monnaie, affirme depuis des années, dans l’indifférence générale, que les dépenses de l’Etat destinées à l’investissement pourraient être financées par une émission monétaire contrôlée, afin de combattre le chômage.
Et voilà que ce type de solution, tenue pour hérétique, jamais évoquée par les médias, (mais qui a pourtant fait l’objet d’une proposition de loi soutenue par 40 parlementaires en juillet 1981) est tranquillement recommandée par ce haut fonctionnaire anglais.
Lorsque les recettes jugées hier détestables deviennent subitement parfaitement licites afin d’aider les banques, que conclure sur la hiérarchie de nos urgences ?
Les Saoudiens achètent de l’or
Les achats d’or en Arabie Saoudite ont atteint 3,5 milliards de dollars en deux semaines.
Manifestations en Islande après l’échec du gouvernement à obtenir un prêt du FMI
Les Islandais manifestent ce samedi en protestation contre l’incapacité du gouvernement d’obtenir un prêt de 6 milliards du FMI. Les manifestants pourraient être 20 000, soit 6% de la population.
Selon les projections, le PIB pourrait se contracter de 8,3% en 2009. “Chaque jour qui passe les perspectives s’assombrissent”, constate un analyste danois.
De nombreux commerçants de détail ne peuvent continuer à travailler que grâce au crédit que continuent de leur accorder leurs fournisseurs.
Avec la chute de la devise nationale dont la valeur a été divisée par deux contre l’euro, l’inflation a atteint 15,9% en octobre.
Le FMI conditionne l’octroi d’un prêt de 2 milliards à la concrétisation de l’engagement d’autres pays pour accorder eux aussi des fonds à l’Islande.
L’Angleterre et le Danemark exigent que le gouvernement rembourse 8,2 milliards de dollars, soit près de 100% du PIB, en dédommagement des dépôts de leurs citoyens dans les banques islandaises.
En comparaison, après la première guerre mondiale, les alliés avaient demandé à l’Allemagne une réparation représentant 85% de son PIB.
D’autres pays ont été mieux traités par le FMI. L’Ukraine a reçu un prêt de 16 milliards et la Hongrie a déjà utilisé 4,9 milliards sur la ligne de crédit qui lui a été accordée.
Robert Jackson décrit le traumatisme subi par cette petite nation, et transcrit le discours par lequel le premier ministre a informé ses concitoyens que le ciel venait de leur tomber sur la tête.
“Fellow countrymen … If there was ever a time when the Icelandic nation needed to stand together and show fortitude in the face of adversity, then this is the moment. I urge you all to guard that which is most important in the life of every one of us, to protect those values which will survive the storm now beginning. I urge families to talk together and not to allow anxiety to get the upper hand, even though the outlook is grim for many. We need to explain to our children that the world is not on the edge of a precipice, and we all need to find an inner courage to look to the future … Thus with Icelandic optimism, fortitude and solidarity as weapons, we will ride out the storm.
“God bless Iceland.”
Le vrai scandale, vu d’Islande
Cet éditorialiste de Ice News exprime son amertume après l’abandon par les pays qu’il croyait ses alliés.
But right now, the REAL scandal is how a country surrounded for decades by close friends and allies is being hung out to dry at the only time in the republic’s history that it really, really needs help from its friends. In these emotionally charged times, Icelanders are angry and upset that the world seems to be happy to watch them return to the Stone Age.
Japon : la précarité pousse le 3ème âge au crime
Les plus de 60 ans sont responsables de 18,9% des délits constatés, contre 3,1% en 1978.
Le vol est le délit le plus fréquent. “Les personnes âgées ont recourt au vol à l’étalage car ils sont de plus en plus nombreux à manquer de ressources et du soutien de leurs enfants”, observe un sociologue.
20% de la population japonaise est âgée de 65 ans et plus, deux fois plus qu’aux USA et trois fois plus qu’en Chine. Ce chiffre pourrait attendre 40% en 2050, selon l’institut d’études démographiques.
Le gouvernement s’est engagé à réduire de 2,3 milliards les dépenses sociales chaque année durant 5 ans à partir de 2006, pour attendre un budget en équilibre en 2011. Ce plan d’économie a entraîné un renchérissement de l’assurance sociale pour les patients âgés.
1,1 millions de foyers dépendaient de l’assistance sociale en 2007, en augmentation de 300 000 depuis 2001.
Humour : les nouveaux travailleurs journaliers

Les centaines de milliards qui ont été injectés dans les systèmes bancaires, ne sont parvenus pour le moment qu’à ramener le TED spread sous les 2%, alors qu’une valeur « normale » serait de l’ordre de 0,5%.
On peut sans doute sourire aux propos de René Ricol avertissant qu’il allait dénoncer – menace suprême ! – à Nicolas Sarkozy les banques qui refuseraient d’octroyer des crédits. Ils manifestent le désarroi d’autorités qui, si elles sont parvenues à interrompre la chute vers les abysses, ne savent toujours pas comment elles parviendront à relancer la machine économique et financière, tant les dégâts sont importants.
Cette première phase aigue de la crise financière semble derrière nous. Mais ce n’était pourtant que le prologue de ce qui s’annonce aujourd’hui. La pire récession jamais vue depuis les années 1980, avec son lot de faillites, de chômage et de misére sociale.
Et ce deuxième round est abordé avec un lourd handicap.
Brad Setser notait récemment la naissance d’un club très fermé. Celui des banques centrales dont le bilan excède les 2000 milliards, constitué par la Chine et les USA.

Il a pourtant commis un oubli de taille : la BCE et l’ensemble de l’Eurosystème a atteint un bilan consolidé de 2 031 milliards au 31 octobre, dont 839 sous forme de prêts accordés aux banques.
La Fed et la BCE, les deux quartiers généraux de l’opération de sauvetage désespérée de l’économie et de la finance mondiale sont chargées à ras-bord de créances douteuses déposées en gage des refinancements qui se traduisent déjà côté US par une augmentation de la dette de plus de 900 milliards en deux mois.
Le risque est grand de ne pouvoir soutenir encore longtemps ce rythme effréné de la valse des centaines de milliards engloutis dans les renflouements pour soutenir le cours d’actifs dévalués et invendables et venir en aide aux entreprises de l’économie réelle étranglées par la dette et l’effondrement de leur chiffre d’affaire, comme l’illustre la situation de General Motors qui a annoncé qu’elle serait à court de trésorerie avant la fin de l’année à défaut d’un soutien de l’Etat.
En l’absence de la mise en place d’une solution extraordinaire de refinancement à coup de Droits de Tirage Spéciaux – sorte de super monnaie qu’imprimerait le FMI – ne resterait alors face au coup de ciseau de la déflation des actifs et du ralentissement économique que l’arme ultime de liquidation de la dette, l’inflation généralisée.
General Motors Corp., burning cash as U.S. sales slide, is being pushed closer to bankruptcy as it waits to learn whether the auto industry will win a new round of government loans.
The shares slid for a fifth day on concern the biggest U.S. automaker won’t have enough cash to make it through the end of the year. Only federal aid could prevent a collapse, and reorganizing in court may not be possible because the credit crunch has dried up financing, analysts said. (…)
Fannie Mae : bientôt zéro capital
L’Agence garantie par l’Etat qui rachète les emprunts hypothécaires émis par les banques a perdu 29 milliards durant le 3ème trimestre 2008.
Sur les 44 milliards de valeur nette déclarée en décembre 2007, il n’en restait fin septembre que 9,4. Mais sur cette somme la moitié correspond à un crédit d’impôt, dénué de valeur en l’absence de bénéfices.
Une entreprise propriétaire de centres commerciaux en quasi faillite
Ailing mall owner General Growth Properties Inc. warned Monday in a government filing that its failure to refinance or extend $1 billion in debt due this month could trigger default on billions of dollars in debt and its ability to continue operations would be in “substantial doubt.” … General Growth has $900 million in debt coming due Nov. 28 on two luxury malls on the Las Vegas strip. It has another $58 million in bonds due on Dec. 1.
Un cas d’école : une entreprise n’arrive pas à refinancer une dette à court terme, et sa faillite détruirait la valeur des milliards d’obligations qu’elle a émise.
Voilà le schéma cauchemardesque auquel aucune banque centrale, aucun Etat ne peut faire face. L’économie ces dernières années carburait à un octane élevé de crédit qui ne sera plus disponible. Cette phase de désintoxication, se déroulant au milieu de la plus sévère contraction d’activité depuis des dizaines d’années, risque de se transformer en hécatombe.
Avec pour chaque entreprise qui défaille, de nouvelles pertes pour les banques, renforçant encore le crédit crunch, et de nouveaux chômeurs sans ressources, déprimant d’autant la demande.
Encore une fois : aucun bilan de Banque Centrale, aucune dette d’Etat ne sont suffisants pour soutenir l’ensemble de l’économie telle qu’elle est organisée aujourd’hui. Bien que le directeur de la Fed de Dallas envisage calmement l’extension du bilan de sa maison mère jusqu’à 3 000 milliards – rien moins que 20% du PIB US – le risque est réel de voir le déréglement massif né de la liquidation généralisée de la dette excéder les capacités d’intervention et se solder par une purge éreintante.
Les refinancements de la Fed, jusqu’où ?
Richard Fisher, directeur de la Fed de Dallas
On peut constater l’ampleur et le rythme des efforts de la Fed pour lutter contre l’effondrement du crédit en observant son livre de compte. Au début de l’année, les actifs au bilan de la fed totalisaient 960 milliards. Aujourd’hui, ils dépassent les 1 900 milliards. Je ne serai pas surpris si le bilan de la Fed atteignait 3 000 milliards – de l’ordre de 20% du PIB – d’ici à la nouvelle année.
China Business : récession sévère
The Anglo-Saxon economies will follow a similar pattern to that which East Asian economies experienced a little over a decade ago, when the Asian financial crisis led to a 70-90% drop in asset prices, and a 5-10% contraction in most East Asian economies. Australia, the UK, and the US could contract by 2-5%, only held up by their large service economies and strong social welfare systems.
A contraction of such magnitude for large developed economies has not occurred since the Second World War. Hence, the term “nuclear winter” to describe the coming economic downturn may not be an exaggeration. (…)
Steve Waldman : des trous noirs à l’inflation ou la déflation
(…)
Once AIG was too big to fail, it cannot fail, no matter how big the black hole grows. Once GM enters the penumbra, very soon now, it also must not fail. Of course, we will not count this terrible loss of policy freedom as a cost.
That cost may be quite large. A commonly held view is that yes, the Fed’s interventions are extraordinarily expansionary, and yes that could lead to inflation sometime far in the future. But for now we have D-leveraging, D-flation, D-pression to worry about. The Fed retains its traditional tools to fight inflation with, when the time comes. It will be able to sell Treasury bonds for cash and “mop up” all this “liquidity” it has “injected” into “the system”.
But wait. The Fed doesn’t hold very many Treasury securities any more (see Kady Liang). It would have to sell off some of the other stuff. Maybe we get lucky, and by the time we need to fight inflation, all those “money good” CDOs turn marketable again. Maybe not, though, and then the Fed will have little choice but to tolerate a great inflation or watch its own balance sheet implode. When the inflation comes, bright investment bankers will have already converted the bonuses we paid them into real property. It will be ordinary savers, and especially workers without bargaining power, who will be stiffed with the bill.
I think either a great inflation or a catastrophic deflation are pretty much unavoidable.
La Fin, ou les mémoires d’un apostat
The era that defined Wall Street is finally, officially over. Michael Lewis, who chronicled its excess in Liar’s Poker, returns to his old haunt to figure out what went wrong.
To this day, the willingness of a Wall Street investment bank to pay me hundreds of thousands of dollars to dispense investment advice to grownups remains a mystery to me. I was 24 years old, with no experience of, or particular interest in, guessing which stocks and bonds would rise and which would fall. The essential function of Wall Street is to allocate capital-to decide who should get it and who should not. Believe me when I tell you that I hadn’t the first clue.
I’d never taken an accounting course, never run a business, never even had savings of my own to manage. I stumbled into a job at Salomon Brothers in 1985 and stumbled out much richer three years later, and even though I wrote a book about the experience, the whole thing still strikes me as preposterous-which is one of the reasons the money was so easy to walk away from. I figured the situation was unsustainable. Sooner rather than later, someone was going to identify me, along with a lot of people more or less like me, as a fraud. (…)