Electronx’s Blog


Le crépuscule du dollar, par Robert Fisk
octobre 7, 2009, 7:54
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Le grand reporter Robert Fisk, correspondant de The Independent au Moyen Orient depuis de nombreuses années, fait état de réunions « secrètes » rassemblant les pays du Golfe, les BRIC, le Japon – mais aussi la France, selon lui – afin de définir un nouveau système de facturation pétrolière abandonnant le dollar comme monnaie de référence. Publié hier, cet article a provoqué une certaine nervosité sur les marchés des changes et de l’or, bien que de nombreuses informations reprises ici soient déjà du domaine public. Si la date limite prévue pour la mise en œuvre de cette nouvelle règle du jeu pétrolière est encore éloignée de neuf ans – autant dire une éternité pour les marchés spéculatifs – ces informations viennent cependant renforcer un sentiment général largement partagé. Le mouvement de dédollarisation, que tous les pays frappés par la crise financière « Made in USA » considèrent désormais comme une protection indispensable, est bel et bien engagé. Et les USA vont voir se déliter peu à peu l’ « exorbitant privilège » qui leur permettait de régler leurs déficits sans autre contrepartie que du papier vert.

Par Robert Fisk, The Independent, 6 octobre 2009

Les pays Arabes du Golfe Persique planifient – avec la Chine, la Russie, le Japon et la France – de mettre fin à la facturation du pétrole en dollars, et vont utiliser à la place un panier de monnaies, dont le yen japonais et le yuan chinois, l’euro, l’or et la nouvelle devise commune que doivent adopter les nations appartenant au Conseil de Coopération du Golfe, incluant l’Arabie Saoudite, Abu Dhabi, le Koweït et le Qatar. C’est là un tournant majeur sur le plan financier pour le Moyen Orient.

Des réunions secrètes ont déjà eu lieu, auxquelles participaient les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales de Russie, de Chine, du Japon et du Brésil, afin d’élaborer ce projet qui aura pour conséquence que le cours du pétrole ne sera plus exprimé en dollars.

Ces plans, confirmés à The Independent par des sources des milieux bancaires du Golfe et de Hong Kong, pourraient expliquer la hausse soudaine du cours de l’or, mais ils annoncent également une transformation en profondeur sur le marché du dollar dans les neuf ans à venir.

Les Américains, qui savent que des réunions ont eu lieu – bien qu’ils n’aient pas encore appris les détails – vont sûrement lutter contre ces manoeuvres internationales auxquelles participent des alliés jusque-là fidèles comme le Japon et les pays Arabes du Golfe. Parallèlement à ces rencontres, Sun Bigan, l’ancien envoyé spécial chinois au Moyen-Orient, a mis en garde contre le risque d’aggraver les différends entre la Chine et les Etats-Unis dans leur (Lire la suite…)



Le capitalisme cognitif – phase trois du grand dessein
août 18, 2009, 7:08
Classé dans : Culture, Libertés, anthropologie, consumérisme, économie | Mots-clefs: , , , , ,

http://jeanzin.fr/images/2008/born.gifLe capitalisme mercantile, c’est fait.
Le capitalisme industriel, c’est fait.
La production est en Asie, les esclaves aussi, les usines infectes également.
Et les ressources ont été pillées un peu partout sur la planète. Les occidentaux commencent à se lasser des biens matériels qu’on leur a fait entasser dans leurs maisons toujours plus grandes et toujours plus éloignées. Et d’abord, ils n’ont plus les moyens, puisqu’on leur a piqué les emplois industriels pour leur refiler des emplois de service précaires et mal payés.
Quand ils ont du boulot. Et quand ils ne sont pas obligés de quitter leur maison et de partir sur les routes parce qu’ils ne peuvent plus payer le crédit.
Evidemment.
Faut trouver un moyen de faire du big pognon avec autre chose.
Passons donc au capital immatériel ou à l’économie du savoir
En vlà une idée qu’elle est bonne.

Joe Bageant nous explique ça avec ses mots dans: “Consciousness Capitalism: Corporations Are Now After Our Very Beings
Publié dans AlterNet, le 1° août 2009.

Economie de la connaissance: c’est nos êtres-mêmes que veulent les capitalistes maintenant

Le capitalisme a violé les ressources de la planète. Actuellement, il ne reste plus aux groupes privés qu’à extraire l’expérience humaine de la vie, puis de nous la relouer.
Il y a quelques années, grâce à l’administration George W. Bush, j’ai bénéficié de cours de réalité politique. Le genre d’études qui vous fait prendre une cuite le soir et hurler et enrager à l’écoute de la moindre info: “Tu vois comment ces salopards de capitalistes se sont fait autant de pognon simplement en tuant des bébés en Irak? Et comment ils nous ont lavé le cerveau et nous ont escroqués pour tous les besoins humains, depuis les soins de santé jusqu’à l”‘eau potable?”, je disais à ma femme, furieux.
“C’est comme ça, pas autrement”, me répondait-elle. ‘”C’est un système”.
Ma chère femme pense souvent que j’ai pété un câble. Mais elle ne dit pas carrément à haute voix que je suis cinglé, parce que, faut dire, la franchise dans le mariage a des limites. En plus, je serais le premier à dire qu’elle a raison.
J’ai pété un câble, et je suis carrément en plein délire, vu à quoi est amarrée aujourd’hui la conscience collective aux Etats-Unis. Peu importe, je suis, comme je l’ai dit, en plein délire.
Quand je ne suis pas profondément déprimé. Ce qui est fréquent. Et c’est toujours, toujours, toujours, à cause de la dernière ignominie qu’a sortie le gouvernement/le capital – ces termes sont devenus ici interchangeables depuis au moins 50 ans, peut-être depuis plus longtemps.
Malgré ses faux-semblants et le consentement fabriqué, notre gouvernement n’est plus aujourd’hui qu’une arnaque d’intérêts privés, et il en sera probablement ainsi désormais.
C’est un truc de blancs, une tradition anglo-européenne. De plus, nous n’avons plus des dictateurs comme Hitler, ou un bon vieux despote implacable comme Idi Amin. Nous avons maintenant des bandes d’escrocs financiers en perruque poudrée ou qui portent des costumes achetés à Savile Row , des cartels de “larrons” de l’industrie et des banquiers racketteurs.
Les arnaques privées des blancs européens, en particulier dans le secteur bancaire, ont un passé vénérable de légitimité qui remonte au moins à l’époque où Guillaume le Conquérant avait accordé aux autorités qui administrent la Cité de Londres le droit de gérer le butin qu’il s’était constitué en Angleterre.
Malgré sa cruauté (il faisait écorcher les gens et pendre leur peau à leurs propres fenêtres, et si ça, c’est pas un signe de barbarie, je ne sais pas ce qui l’est!) Guillaume, exactement comme Allen Greenspan ou Bernie Madoffavit avait compris que la véritable puissance réside dans les temples de la banque et des opérations de change.
Même deux mille ans avant cela cependant, personne un tant soit peu sensé n’aurait osé s’en prendre aux cartels financiers.

Judée, année 26 après JC – “Ponce Pilate à Jésus: “Ecoute voir, tu es, il me semble, un jeune Juif sympa de … d’où ça déjà? Nazareth? Mais va falloir arrêter de faire le con avec les agents de change, parce que je récupère un pourcentage sur ces transactions, tu comprends? Alors, arrête de déconner avec eux. Et d’abord, tu vas renoncer à ce truc de Fils de Dieu, Roi des Juifs. il n’y a qu’un roi dans le coin et tu es pile devant lui. Alors, laisse tomber ces conneries, et on oublie tout ça, toi et moi. Sinon, j’ai deux larrons à crucifier demain, tu peux leur tenir compagnie, si tu veux. A toi de choisir.
Alors, c’est qui ton papa?
Je suis le fils de Dieu.
Prends-toi une croix en sortant”.

Et c’est sans fin. Comme l’a récemment montré le renflouement des banques, même Barack Obama, qui est descendu sur terre depuis Chicago avec 10 séraphins d’or qui lui tenaient les roupettes, ne déconne pas avec les agents de change. Ni avec les groupes bancaires, et pas (Lire la suite…)



La Peste publicitaire
mai 29, 2009, 10:00
Classé dans : Libertés, Sociologie, consumérisme, économie | Mots-clefs: , , , ,

La publicité, propagande de la marchandise, est devenue progressivement la principale instance éducative chargée de façonner le nouveau type d’humain que réclamait le productivisme capitaliste: le consommateur, individu soumis au despotisme insatiable de ses envies du moment et dont l’essence sociale tend à se réduire à son pouvoir d’achat.

http://leplancherdesvaches.net/wordpress/wp-content/uploads/2008/02/bebe-marques.jpg

Que la peste publicitaire, dont la pandémie affecte désormais toute la planète, ait atteint aussi l’Ecole, voilà qui ne peut guère surprendre.

Car c’est bien d’un fléau qu’il s’agit, et le terme de peste utilisé ici ne doit pas être entendu comme une simple métaphore. La publicité est effectivement, comme la peste, la lèpre ou le sida, une saloperie, une infection de l’organisme (social en l’occurrence) extrêmement virulente, contagieuse et meurtrière. Elle peut certes avoir des effets physiques, ne serait-ce qu’indirectement, comme c’est le cas par exemple avec les maladies provoquées par l’alcool et le tabac, ou l’obésité des jeunes entraînée par l’abus des sucres et des graisses de la «fast-food», ou la traumatologie lourde liée aux accidents de la pratique sportive, etc. Mais les effets spécifiques de la publicité sont symboliques, c’est-à-dire qu’ils concernent le psychisme humain, le façonnement des structures intellectuelles et affectives de personnalité, l’aptitude des individus à percevoir le réel et à lui donner sens.

La publicité est fille de l’économie capitaliste. C’est une arme forgée dans la concurrence impitoyable des entreprises, et qui n’a jamais eu d’autre finalité que de maximiser ou optimiser la part de profit prélevée sur un marché donné. A l’origine elle était censée diriger les besoins solvables existants vers une offre ponctuelle (Lire la suite…)



Amadouer la Chine?
mai 29, 2009, 12:07
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http://www.e24.fr/multimedia/dynamic/00008/billets_dollar_yuan_b_8175b.jpg

Les Américains se précipitent en Chine. On parle des divers canaux, réseaux, officiels ou moins officiels, c’est-à-dire tout l’appareil d’influence et de représentation politique, lorsque Washington monte une offensive d’accommodement, voire de séduction vers une autre puissance. Comme avec toute initiative US de ce genre, celle-ci est cousue de fil blanc. Il s’agit d’amadouer la Chine pour empêcher que les rapports de puissance entre la Chine et les USA évoluent plus ou moins rapidement en faveur de la première. La visite (25 au 31 mai) d’une puissante délégation parlementaire en Chine, menée par l’élégante Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre), qui avale pour cette occasion une couleuvre de dimension, est le signe le plus spectaculaire de l’offensive d’amadouement.

Pelosi, farouche gardienne standard des droits de l’homme (et de la femme puisque nous y sommes), a pris plus d’une fois position contre les pratiques chinoises à cet égard, qu’elle juge déplorables; de même s’est-elle insurgée contre les affaires tibétaines, autre standard du genre. Qu’importe, elle est partie en Chine en mettant une sourdine à ses angoisses, les remplaçant en général par des appréciations très élogieuses sur les réalisations économiques chinoises. Elle suit le même chemin qu’Hillary Clinton, avec pour but général d’assurer les Chinois de la bonne volonté US et d’obtenir d’eux qu’ils ne cessent pas leur soutien aux USA, notamment via l’achat de bons du trésor. La mission Palosi a été suggérée par le député Kirk, qui a été un de ceux qui ont sonné l’alarme concernant l’évolution du comportement de la Chine.

Tout cela se déroule sur le fond des inquiétudes extrêmes des USA pour la position du dollar comme monnaie de (Lire la suite…)



Crise systémique globale : Juin 2009 – Quand le monde sort définitivement du cadre de référence des soixante dernières années
mai 18, 2009, 7:47
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Le surréalisme financier qui aura présidé aux évolutions boursières et aux indicateurs financiers et commentaires politiques de ces deux derniers mois est le chant du cygne du cadre de référence dans lequel le monde vit depuis 1945.

De la même manière que, en Janvier 2007, dans le GEAB N°11, LEAP/E2020 avait décrit la charnière 2006/2007 comme caractérisée par un « brouillard statistique » typique de l’entrée en récession et conçue pour faire douter les passagers que le Titanic était bien en train de couler [1], notre équipe considère aujourd’hui que cette fin de Printemps 2009 marque la sortie définitive du référentiel utilisé depuis une soixantaine d’années par les acteurs économiques, financiers et politiques mondiaux pour effectuer leurs prises de décisions, et en particulier de sa version « simplifiée », utilisée massivement depuis la chute du bloc communiste en 1989 (le référentiel étant alors devenu purement américano-centré). Au-delà de tout aspect théorique, cela signifie concrètement que les indicateurs que chacun a l’habitude d’utiliser pour ses décisions d’investissement, de rentabilité, de localisation, de partenariat, etc… sont devenus obsolètes, et qu’il faut désormais chercher ailleurs les indices pertinents si l’on veut éviter de prendre des décisions désastreuses.

Ce phénomène d’obsolescence s’est accentué fortement depuis quelques mois sous la pression de deux tendances :

. d’une part, les tentatives désespérées de sauvetage du système financier mondial, et en particulier des systèmes américain et britannique, ont de facto « brisé les instruments de navigation » du fait des manipulations en tout genre effectuées par les établissements financiers eux-mêmes et par les Etats et banques centrales concernées. Parmi ces indicateurs affolés et affolants, les bourses sont le meilleur exemple. Nous y revenons d’ailleurs plus largement dans les recommandations de ce GEAB N°35. Et les deux graphiques ci-dessous illustrent magistralement comment ces efforts désespérés n’ont pas empêché un bouleversement majeur du classement des grandes banques mondiales (c’est essentiellement depuis 2007 que s’est enclenchée la fin de la domination historique américano-britannique de ce classement)

. d’autre part, les quantités astronomiques de liquidités injectées en une année dans le système financier mondial, et en particulier dans le système financier américain, ont conduit l’ensemble des acteurs financiers et politiques à une perte totale de contact avec la réalité. De fait, à ce stade, ils semblent tous atteints du syndrome de l’ivresse des profondeurs – qui déclenche chez ceux qu’il affecte une impossibilité à se repérer dans les profondeurs marines et les conduit à s’enfoncer toujours plus profondément en croyant en fait remonter vers la surface. L’ivresse des profondeurs financières a visiblement les mêmes effets que son homologue aquatique.

Capteurs détruits ou pervertis, perte du sens de l’orientation des dirigeants financiers et politiques, voilà les deux facteurs-clés qui accélèrent la sortie du système international hors du référentiel de ces dernières décennies.


Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 1999 (en Milliards USD) – Source : Financial Times, 05/2009



Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 2009 (en Milliards USD) – Source : Financial Times, 05/2009


C’est bien entendu l’une des caractéristiques de toute crise systémique. On peut d’ailleurs aisément constater que le système international auquel nous sommes habitués voit se multiplier les évènements ou les tendances qui sortent de cadres de référence multi-séculaires, prouvant à quel point cette crise est d’une nature sans équivalent dans l’histoire moderne. Et le seul moyen de mesurer l’ampleur des mouvements en cours est de prendre le recul de plusieurs siècles. A se limiter aux statistiques sur quelques décennies, on ne perçoit en fait que les détails de cette crise systémique globale ; on n’a pas la vue d’ensemble.

LEAP/E2020 citera ici pour l’exemple trois cas qui montrent que nous vivons une époque de rupture comme il n’en survient qu’une fois tous les deux ou trois siècles :

1. En 2009, le taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre a atteint son plus bas niveau depuis la création de cette vénérable institution (0,5%), soit depuis 1694 (en 315 ans).


Evolution du principal taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre depuis sa création en 1694 – Source : Banque d’Angleterre, 05/2009


2. En 2008, la Caisse des Dépôts et Consignations, bras financier de l’état français depuis 1816 sous tous les régimes (royauté, empire, république, …), a connu sa première perte annuelle (en 193 ans) [2].

3. En Avril 2009, la Chine est devenu le premier partenaire commercial du Brésil, une position qui depuis des siècles anticipe fidèlement les ruptures majeures de leadership mondial. En effet, depuis (Lire la suite…)



L’école, enjeu caché des bulles immobilières, par Julian Delasantellis
mai 8, 2009, 5:33
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Julian Delasantellis propose une intéressante lecture de l’histoire de la bulle immobilière américaine à travers celle de la sociologie des USA. S’appuyant sur les travaux de Mme Warren, une universitaire aujourd’hui chargée de la supervision du plan Paulson qui a étudié l’endettement des ménages, il identifie la carte scolaire comme étant l’un des facteurs déterminant de cette fuite en avant qui a poussé les familles à consacrer un budget toujours plus important au logement – dépassant parfois les 50% des revenus – pour assurer à leurs enfants l’accès à une école de qualité, sur fond de tensions raciales. Il cite en exemple un quartier de Philadelphie où, après la création d’une école bien dotée en financement, les maisons du voisinage ont vu leur prix multiplié par trois. Les américains, qui ont été les victimes de leur esprit « cow boy », selon ses propres termes, toujours prêts à aller s’inventer une nouvelle frontière – en l’occurrence au delà de la dernière sortie d’autoroute – auraient été mieux avisés, juge-t-il, de ne pas s’engager dans cette course à la ségrégation par l’argent qui les a épuisé financièrement en les contraignant à s’endetter au delà de leurs capacités. La situation française est certes différente, mais cette leçon n’en mérite pas moins d’être entendue, les mêmes facteurs étant à l’oeuvre ici. Le cas des quelques parents fortunés qui font l’acquisition d’un studio dans le cinquième arrondissement pour s’assurer une inscription à Henri IV illustre à l’extrême une stratégie de contournement et de différentiation qui est généralisée. Avec pour résultat un transfert vers la pierre de ressources qui seraient plus utilement employées à l’éducation, et l’éviction des célibataires, des jeunes ménages et des classes moyennes situées au bas de l’échelle. Autre accomplissement de l’allocation optimum de la main invisible, sans doute.

Par Julian Delasantellis, Asia Times, 30 avril 2009 (extrait)

Les travaux d’Elizabeth Warren, qui enseigne le droit à Harvard et est aujourd’hui présidente du groupe chargé de la supervision du Programme de Soutien aux Actifs Douteux (TARP), permettent de comprendre aisément les causes de la crise financière.

Au début de cette décennie, Mme Warren s’est fait connaître par la publication de remarquables études portant sur les facteurs qui acculent les familles américaines à la faillite. Après une analyse approfondie des volumineux fichiers de données que l’administration américaine maintient sur les habitudes de consommation des ménages, les clichés habituels sur les dépenses excessives pour les vêtements, les voitures, les appareils électroménagers, les vacances snobs, sont invalidés.

Dans un article publié en 2005 par la Boston Review, co-écrit avec sa fille Amelia Warren Tyagi, elle écrivait :

Il n’y a aucune preuve d’une « épidémie » de dépenses excessives – et certainement rien qui pourrait expliquer une augmentation de 255% des saisies immobilières, une augmentation de 430% des faillites, et une augmentation de 570% des crédits de carte bancaires. Un nombre croissant de familles se (Lire la suite…)



Les banquiers ont pillé les coffres publics, par David Leonhardt
mai 6, 2009, 9:37
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Dans nos sociétés, la fonction monétaire est en grande partie déléguée aux banques privées. Deux monnaies circulent côte à côte, l’une privée, l’autre publique, sans que nous en ayons en général nettement conscience, tant le passage de l’une à l’autre se fait « naturellement », en temps normal. La monnaie publique, les pièces et billets, ne représente qu’environ un dixième de l’argent en circulation. C’est en raison de son poids si considérable que le secteur bancaire, qui jouit de cette délégation et du même coup du privilège incomparable de se rémunérer sur la création monétaire, a fait l’objet de prudentes réglementations après la crise des années trente. Depuis cette époque, le crédit était encadré, et les banques devaient respecter sous le contrôle des autorités publiques des ratios dits « prudentiels » leur imposant de détenir d’une part des fonds propres en quantité jugée suffisante et d’autre part une réserve sous forme de monnaie d’Etat. Enfin, pour éviter un dangereux mélange des genres, l’activité de banque commerciale (soucieuse de la sécurité de ses clients) et de banque d’affaire (tentant de convaincre des investisseurs d’acquérir son papier) étaient distinctement séparées. Seules les premières, en raison de la délégation monétaire qui leur est accordée et de leur importance systémique, jouissaient de la garantie apportée par l’Etat et la banque centrale. Le big bang de la déréglementation impulsé par les USA dans les années 1990 a bouleversé ce paysage et fait sauter l’un après l’autre les gardes-fous prudemment installés par la génération précédente, qui était elle bien décidée à ne jamais plus s’exposer aux désastres entraînés par l’effondrement de l’avant guerre. L’aveuglement idéologique des uns, l’intérêt bien compris des autres – les mêmes, parfois – a permis de rouvrir cette dangereuse boite de pandore dont nous savions pourtant combien morbides étaient les forces qui y étaient emprisonnées. Une fois détruite la muraille de la loi Glass-Steagall qui séparait l’activité de dépôt de celle d’investissement, les banques ont pu se lancer dans des montages financiers irresponsables, abritées qu’elles étaient derrière la certitude que l’Etat leur apporterait sa protection le jour – inévitable – où l’on feindrait de redécouvrir que, décidément non, les arbres n’atteignent jamais le ciel. Comment qualifier un tel comportement ? De pillage, tout simplement, avaient écrit dans les années 1990 deux économistes dont un futur prix Nobel, après avoir analysé la faillite des caisses d’épargne américaines qui venait d’avoir lieu. Un dernier point. Les Etats se sont dessaisis de la fonction régalienne de l’émission monétaire pour s’éviter d’y recourir trop facilement, tant est grande, dit-on, la tentation de se servir dans le pot de confiture lorsqu’il est ouvert. Ce qui n’a pas empêché, depuis 20 ans, de ne jurer que par les mérites de l’auto-régulation du privé et en l’occurrence du secteur bancaire. Ainsi, les parlements, élus par les peuples pour le service du bien public, seraient donc moins responsables que les dirigeants mus par l’appât du gain facile et immédiat ? Voilà à n’en pas douter une jolie fable moderne, dont la morale n’est pas encore entièrement écrite, mais qui s’annonce déjà ruineuse aux dépens de ceux qui l’ont écoutée.

Par David Leonhardt, New York Times, 11 mars 2009

En 1996, deux économistes avaient publié une étude, intitulée avec une charmante simplicité : « le pillage ».

Les auteurs étaient George Akerlof, qui allait plus tard se voir décerner un prix Nobel, et Paul Romer, un expert renommé de la croissance économique. Dans cette publication, ils affirmaient que plusieurs crises financières ayant eu lieu dans les années 1980, comme par exemple la bulle immobilière texane, avait été provoquées par des investisseurs privés qui s’étaient servi du gouvernement. Ces investisseurs avaient emprunté d’énormes sommes d’argent, fait de grands profits lorsque les affaires allaient bien, puis s’étaient défaussés sur le gouvernement pour les pertes prévisibles qui s’ensuivraient.

En un mot, ces investisseurs s’étaient livrés au pillage. Quelqu’un essayant de réaliser honnêtement un profit, s’y serait pris d’une toute autre manière, expliquaient les professeurs Akerlof et Romer. Ces investisseurs avaient fait preuve d’un « mépris total pour les principes les plus fondamentaux de l’activité de prêt », en ne vérifiant pas les informations de base sur leurs emprunteurs ou, dans certains cas, en ne demandant même pas qu’elles leur soient communiquées.

Ces investisseurs « ont agi comme si les pertes futures étaient le problème de quelqu’un d’autre », observaient-ils, avant de conclure qu’« ils avaient raison. »

Mardi matin à Washington, le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke a prononcé un discours qui peut être lu comme une post-face amère à cette étude sur le « pillage ». Le gouvernement ne voulant pas que les grandes sociétés (Lire la suite…)



Le Parlement Européen prolonge les droits sur la musique à 70 ans
avril 25, 2009, 6:12
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Le domaine public va être encore réduit. Le Parlement Européen a accepté jeudi d’allonger la durée d’exploitation exclusive des maisons de disques et des artistes-interprètes, qui verront leurs droits perdurer 70 ans après la date d’enregistrement.

Alors que toutes les études indépendantes réalisées jusqu’à ce jour s’opposaient à l’idée d’allonger la durée de protection des droits des maisons de disques et des artistes-interprètes, voire proposaient sa réduction, le Parlement Européen a voté jeudi l’allongement des droits voisins. Le compromis a été accepté par 377 voix pour, 178 contre, et 37 abstentions.

Pour convaincre les députés réticents, il a été décidé d’allonger les droits à 70 ans après l’enregistrement, contre 95 ans proposés initialement. Actuellement, les maisons de disques et les artistes-interprètes bénéficient d’un droit exclusif de 50 ans après le jour de l’enregistrement des oeuvres musicales. C’est donc l’ajout d’une génération supplémentaire d’artistes dans le catalogue d’exploitation exclusive des majors, et la réduction d’autant du domaine public, qui va être amputé de 20 ans de musique jusque là libre de droits (à l’exception des mélodies et paroles, si (Lire la suite…)



Eté 2009 : la rupture du système monétaire international se confirme
avril 16, 2009, 8:37
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- Communiqué public GEAB N°34 (15 avril 2009) -
16/04/2009
approachingstorm

La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve chinois. En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d’après Washington, dans le « piège Dollar » de ses 1.400 milliards d’actifs libellés en Dollars US [1] ? D’après les dirigeants américains et leur cortège d’experts médiatiques, à continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US [2].

Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s’évader bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute que Pékin cherche sans relâche désormais [3] à se débarrasser au plus vite de cette montagne d’actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de Chinois [4] est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les « tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois dans le système économique et financier mondial afin de s’évader du « piège Dollar » d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d’un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d’une dislocation géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l’analyse dans ce numéro du Global Europe Anticipation Bulletin.

Evolution trimestrielle de l’accroissement des réserves de change chinoises – Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009

Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu’une collaboration internationale « historique » [5] était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs. Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, … essayent de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment [6] imposer une telle réforme. Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une (Lire la suite…)



Dix principes pour préserver le monde des cygnes noirs, par Nassim Nicholas Taleb
avril 9, 2009, 6:33
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Nassim Nicholas Taleb est l’auteur du « cygne noir », un ouvrage dénonçant le peu de consistance des modèles mathématiques utilisés par la finance structurée qui tablaient sur une distribution normale, gaussienne, indemnes des singularités propres au réel, et incapables de les prendre en compte. L’aspect prémonitoire de ses avertissements, ignorés à l’époque de la publication de son livre, fait de lui aujourd’hui l’un des oracles, aux côtés de Roubini, dans lesquels Wall Street cherche son salut. Il y a dans cette gloire subite une forme d’illustration des travers de l’époque. Elle indique que la prépondérance acquise par une formalisation mathématique réductrice – mais venant de façon opportune confirmer le bien fondé des situations établies – lui a conféré une aura telle que même au milieu de la pire crise imaginable, elle apparaît comme le dernier recours. Au point qu’il semble encore nécessaire de faire appel à cet appareillage pourtant disqualifié pour rendre recevable une critique qui relevait depuis longtemps de la plus simple évidence. Quoi qu’il en soit, les dix points que M. Taleb énumère afin de définir les règles de conduite qui permettraient selon lui de « réguler la bête », et ont pour objet de restaurer – sans discuter de ses fins – la possibilité d’un capitalisme « version 2.0 », ne manquent pas d’intérêt, car ses préconisations pourraient utilement s’appliquer à de nombreuses formes d’organisation humaine. On peut résumer ses principales propositions ainsi : minimiser les risques systémiques induits pour les sociétés par l’apparition de pouvoirs démesurés, se débarrasser des élites qui ont failli, interdire les contrats maximisant le risque et les rémunérations au détriment de la sécurité, ne pas tabler sur l’appréciation des actifs pour assurer la prospérité et, last not least, faire en sorte que cette crise ne soit pas l’occasion d’un rafistolage d’un système à bout de souffle, mais bien l’occasion de bâtir un nouveau modèle.

Par Nassim Nicholas Taleb, Financial Times, 7 avril 2009

1. Ce qui est fragile doit se briser rapidement avant que de pouvoir grandir. Rien ne doit jamais atteindre une taille telle que cela ne puisse faillir. Les processus de l’évolution à l’oeuvre dans la vie économique favorisent les êtres porteurs du maximum de risques dissimulés – et donc les plus fragiles – qui deviennent ainsi les plus gros.

2. Pas de socialisation des pertes et de privatisation des gains. Quoi que ce soit qui doive être renfloué devrait être nationalisé ; quoi que ce soit qui ne nécessite pas de renflouement devrait être indépendant, de petite taille, et assumer ses risque. Nous avons réussi à associer les pires aspects du capitalisme et du socialisme. En France dans les années 1980, les socialistes ont pris le contrôle des banques. Aux États-Unis dans les années 2000, les banques ont pris le contrôle du gouvernement. C’est surréaliste.

3. Les gens qui ont conduit un bus scolaire les yeux bandés (et ont eu un accident) ne devraient jamais se voir confier à nouveau un autobus. Les institutions et les élites du monde économique ( universités, organismes de régulation, banques centrales, responsables gouvernementaux, organisations diverses employant des économistes) ont perdu leur légitimité avec l’échec du système. Il est irresponsable et stupide de placer notre confiance dans la capacité de ces experts pour nous permettre de sortir de ce pétrin. Au contraire, il convient de rechercher des gens intelligents, ayant les mains propres.

4. Ne pas laisser quelqu’un bénéficiant d’une prime de résultat gérer une centrale nucléaire – ou vos risques financiers. Il y a toute les chances qu’il rogne sur les sécurités pour faire état de « bénéfices » tout en affirmant agir de façon prudente. L’octroi de primes s’accorde mal avec les risques cachés de déflagration. C’est l’asymétrie [1] propre au système des bonus qui nous a conduit où nous en sommes. Aucune incitation sans mesures de dissuasion : le capitalisme est fait de récompenses et de punitions, et non seulement de récompenses.

5. Compenser la complexité par la simplicité. La complexité de la mondialisation et de la vie économique fortement (Lire la suite…)